LES FAMILLES REFUSENT LES «MILLIONS DE KSENTINI»

«SOS Disparus» prévoit une marche nationale en septembre

Le Quotidien d'Oran, 25 août 2004

Les récentes déclarations de Me Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH, à propos des indemnisations (allant de un à cinq millions de dinars), suscitent encore une fois la désapprobation des familles des disparus.

« Nos enfants ne sont pas à vendre», martèlent les familles des disparus présentes, hier, à la conférence de presse organisée au siège de «SOS Disparus» par Mme Nacera Dutour, présidente du Collectif des familles des disparus, en présence de Me Hocine Zehouane, vice-président de la LADDH.

Les conférenciers considèrent qu’en s’apprêtant à proposer des sommes «allant de 100 à 500 millions de centimes» (déclaration de Ksentini à un quotidien Al-Moustaqbal du 22 août 2004), «l’Etat persiste à fuir ses responsabilités» et «ne semble toujours pas prêt à affronter ce dossier avec la volonté nécessaire». «Ksentini est-il prêt à échanger son fils contre 500 millions de centimes?», lance une mère de disparu.

Selon Mme Dutour, le comité ad-hoc présidé par Farouk Ksentini a entamé une opération dans laquelle les familles «sont convoquées pour répondre à une série de questions parmi lesquelles figure celle relative à l’indemnisation et se voient refuser l’octroi d’une copie de cette déclaration qu’elles ont signée». Pour elle, si des familles ont répondu par «oui» à la question relative aux indemnisations «c’est que dans le questionnaire il n’est pas précisé que chaque famille qui accepte l’argent proposé renonce systématiquement à toutes poursuites concernant les auteurs de la disparition». De son côté, la responsable du collectif des familles des disparus de Constantine estime qu’il est du devoir de l’Etat d’aider les familles qui sont dans le besoin mais «ne doit, en aucun cas, leur offrir cette aide en échange de leur silence».

C’est cette crainte qui est exprimée par Me Zehouane qui considère qu’«une tragédie ne se règle pas par un appel à l’oubli».

Le vice-président de la LADDH estime que la campagne que mène la CNCPPDH «est une nouvelle agression contre ces familles et une perversion immorale de ce dossier». Par ailleurs, Me Zehouane dénonce ce qu’il appelle «les tentatives de décrédibiliser les témoignages des familles en considérant que ces milliers de disparus sont des terroristes ou des kidnappés par des groupes armés». L’information devient plus précise avec le témoignage d’un avocat des familles des disparus de la région de Médéa, présent hier à la conférence de presse, qui a déclaré que «l’Etat a sollicité l’ex-»émir» de la LIDH, Ali Benhadjar, pour se prononcer sur une liste de disparus». Me Zehouane estime qu’il ne faut pas se contenter des aveux des repentis mais «soumettre leurs déclarations à un contre interrogatoire». D’où l’idée de «mettre sur pied une commission d’enquête composée de personnalités moralement irréprochables pour traiter de la question de l’ensemble des disparus» que propose la LADDH par la voix de son vice-président.

Mohamed Mehdi


 

 
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