Pour appuyer l’idée de la commission d’enquête

Ksentini demande le soutien des familles

Le Quotidien d'Oran, 12 avril 2003

La rencontre, jeudi, entre le président de la Commission nationale
consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme
(CNCPPDH) et des représentants des familles des disparus s’est terminée en
queue de poisson. Les organisations voulaient centrer le débat sur les
déclarations de Farouk Ksentini à propos des «3.300 corps enterrés sous X»
et de la commission d’enquête sur les disparitions forcées, proposée dans le
rapport de la CNCPPDH remis au président de la République le 31 mars 2003,
mais leur dispersion a fait que les thèmes en question n’ont eu droit qu’à
un quart d’heure sur les deux heures de discussion. Désorganisés et sans
avoir préparé la rencontre, les représentants des familles des disparus ont
surtout exprimé leurs détresses en relatant, pour la plupart, les
circonstances de la disparition de leurs proches et du silence des
autorités. «Je n’ai jamais lié le problème des 3.300 corps enterrés sous X à
celui des disparus», a précisé Me Ksentini ajoutant que ces chiffres lui ont
été donnés par le patron de la direction générale de la sûreté nationale
(DGSN), M. Ali Tounsi. «Mais la question qui vous a été posée au forum d’El
Moudjahid concernait les disparus», rétorque l’épouse de Djamil Fahassi, un
des cinq journalistes disparus. «Non, j’ai seulement expliqué qu’entre 1992
et 1997 la situation était chaotique, que personne ne contrôlait personne,
que les choses allaient dans toutes les directions, qu’il y a eu beaucoup de
morts du côté de la population civile et des morts enterrés sous X dont on
ne connaît pas l’identité ni celle de ceux qui les ont tués».

A propos de la commission d’enquête, Ksentini considère que c’est l’unique
solution étant donné que la CNCPPDH ne peut pas mener des investigations.
Pour convaincre du bien-fondé de cette idée, Ksentini met en garde les
familles en estimant que l’on risquait de «tourner en rond pendant 10 ans
encore sur ce dossier». «Vous allez continuer à m’envoyer des requêtes et de
mon côté je vous transmettrais les réponses des autorités concernées»,
a-t-il relevé. Certains ont refusé cette idée estimant plus urgent de
«libérer les vivants». D’autres représentants des familles des disparus ont
exprimé leur crainte qu’une telle structure ne connaisse le sort des autres
commissions d’enquête, d’où l’idée d’une «commission d’enquête
internationale». «Pas question, répond Ksentini, ils ne vont pas l’
accepter», ajoute-t-il. Par contre, il considère tout à fait logique que les
familles des disparus et des ONG algériennes soient représentées dans cette
commission. L’essentiel pour lui étant que cette structure soit dotée de
«vrais pouvoirs» et qu’elle puisse convoquer les membres des services de
sécurité accusés par les familles d’avoir été à l’origine de la disparition
des leurs. A ce propos, il a accepté de transmettre au ministre de la
Justice, «seul, dit-il, habilité à enclencher une action publique», les noms
que veulent lui remettre les familles. Par ailleurs, Ksentini n’a pas
écarté, devant l’insistance de certains représentants, l’idée que des ONG
internationales y participent à titre d’observateurs. Le père d’un disparu,
ancien moudjahid, avoue ne pas comprendre le silence décennal des autorités
au moment où, dit-il, «1.200 militaires ont été mobilisés pour retrouver 29
touristes étrangers disparus depuis un mois». Farouk Ksentini dit comprendre
la détresse des familles et affirme avoir écrit dans le dernier rapport
remis à Bouteflika que, du point de vue du droit international, «laisser les
familles sans informations est assimilé à une torture». Avant de clôturer la
rencontre, Ksentini a demandé aide et compréhension des familles. «J’ai
besoin d’être soutenu pour que je puisse amener l’Etat à solutionner ce
problème», a-t-il dit. «Ce n’est pas facile, il y a des résistances,
avoue-t-il, certains veulent que ce dossier soit voué aux oubliettes».

Mohamed Mehdi

 

 
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