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Farouk
Ksentini, président de la commission
ah doc des droits de l'homme
«
Beaucoup reste à faire pour les droits de l'homme en Algérie »
Le Matin, 19 avril 2004
Dans cet entretien,
Farouk Ksentini annonce que sa commission transmettra ces prochains
jours
au président de la République un rapport
qui attire l'attention sur la dégradation des droits de l'homme
dans notre pays.
Le Matin : Au
cours de la semaine dernière, l'ex-FIS a publié un
communiqué exigeant du président de la République
une solution rapide au problème des disparus. Un problème
qui entre, selon le parti dissous, dans le cadre de la mise en uvre de
la politique de la réconciliation nationale. L'appréhendez-vous
de la même manière ?
M. Ksentini : Fatalement, le problème des disparus fait partie
de la réconciliation nationale. Le problème se pose de
la manière suivante : la réconciliation nationale c'est
le pardon accordé par l'Etat à ceux qui ont commis une
faute pénale et qui se sont amendés, mais là il
s'agit du premier volet. Dans le second volet, s'il est démontré que
l'Etat a commis une faute ou a manqué à ses engagements,
il faudra à ce moment-là pardonner à l'Etat comme
aux citoyens. Vous me posiez la question : oui la réconciliation
nationale est étroitement liée aux droits de l'homme. Vous
savez, à travers le monde il a été démontré que
toutes les situations de violence internes se terminent par une réconciliation
nationale, il n'y a qu'à interroger l'histoire, cela est nécessaire à la
survie des nations, de l'Etat et du peuple.
On peut en conclure
que la commission que vous présidez travaille
pour la réconciliation nationale ?
Nous essayons de faire en sorte que cela se concrétise.
De quelle manière agissez-vous ?
Ecoutez, la réconciliation nationale est une notion éminemment
politique. Ce n'est pas notre rôle d'empiéter sur cette
prérogative. Par contre, nous encourageons la réconciliation
nationale, nous faisons des propositions qui j'espère seront acceptées.
J'espère aussi qu'elle ira le plus loin possible. Je veux dire
par là qu'elle englobe les cas extrêmes, dans les limites,
cependant, de la légalité constitutionnelle et juridique.
Que proposez-vous
concrètement à ce
sujet ?
Notre rapport annuel sera remis ces jours-ci à la présidence
de la République. Le rapport final, vous le savez, sera remis
dans neuf ou dix mois étant donné que le président
de la République nous a donné dix-huit mois pour travailler.
Pouvons-nous savoir sur quoi porte votre rapport ?
Il porte, entre autres, sur la réconciliation nationale, et nous
proposons à ce sujet que la loi soit observée. Nous refusons
l'impunité. Nous sommes des juristes, je vous le rappelle, c'est
pourquoi nous insistons pour que la loi soit appliquée. Par contre,
et là je peux vous le dire, le rapport est assez critique sur
les droits de l'homme. La commission n'est pas du tout satisfaite à ce
sujet.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
Cela va de la justice en état perpétuel de dysfonctionnement,
de l'Administration qui entretient toujours de très mauvais rapports
avec les citoyens, et c'est peu dire, aux brutalités qui continuent à avoir
lieu dans les commissariats, et enfin aux droits sociaux. J'entends par
là le droit au logement, à l'eau potable, au travail Notre
rôle est d'attirer l'attention pour l'amélioration de ces
droits.
Pour revenir
au problème des disparus, où en est le travail
de la commission à ce sujet ?
Je voudrais vous rappeler que nous avons été les premiers à parler
de statut pour les disparus, un statut sur la base d'une approche juridique,
aucun parti politique ne nous effraye par conséquent. C'est l'affaire
de tous les Algériens. A présent, et en ce qui concerne
le dossier, j'estime qu'il a connu une avancée substantielle en
deux ans. Je ne le dis pas dans un souci d'autosatisfaction, c'est vérifiable,
dans le sens où le sujet n'est plus tabou aujourd'hui puisqu'il
est évoqué dans la presse et les médias lourds.
Ce qui est également important c'est la reconnaissance par l'Etat
de sa responsabilité civile dans ce problème. L'Etat endosse
cette responsabilité sur le plan civil par opposition à la
responsabilité pénale dans la mesure où la sécurité du
citoyen est à la charge de l'Etat selon la Constitution. Le problème
a donc officiellement été pris en charge à travers
la création de notre commission qui a pour mission de réfléchir
et de suggérer des solutions.
En avez-vous
trouvé ?
Nous essayons de trouver la solution la plus correcte possible afin qu'elle
puisse satisfaire l'opinion, les concernés et l'Etat.
Que pense la
commission de la proposition de la levée de l'état
d'urgence ?
Je pense sincèrement que l'état de la sécurité ne
le permet pas encore. Je le souhaite personnellement, mais nous enregistrons
quotidiennement des informations, et la presse est la mieux placée
pour le savoir, rapportant l'assassinat de citoyens. Ceci dit, je suis
tout à fait contre le fait que l'état d'urgence soit un
prétexte pour restreindre les libertés.
Quel est votre
avis sur la récente déclaration du Président,
durant la campagne électorale, laissant entendre que l'affaire
de l'assassinat des moines de Tibhirine n'avait pas encore livré tous
ses secrets. Doit-on nous attendre à du nouveau, selon vous ?
Je peux uniquement vous dire que s'il y a une information judiciaire à ouvrir
il faut le faire en Algérie. L'ouverture d'une information judiciaire
en France est une ingérence dans les affaires de notre pays. Imaginez
un peu l'inverse ? Cela étant, dans tous les crimes, la justice
doit être présente.
Propos recueillis par Abla Chérif
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