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La création par Alger d'une commission sur les disparus laisse sceptiques les familles Le Monde, 25 septembre 2003 En mettant en place cet organisme, l'Etat reconnaît une partie de ses responsabilités dans la guerre contre les islamistes des années 1990. Alger de notre envoyée spéciale En ce mercredi matin 24 septembre, elles avaient l'intention d'être encore plus nombreuses que d'habitude devant le siège de la Commission nationale des droits de l'homme, à Alger, pour dire leur colère et leur détermination. Chaque semaine, elles arrivent de partout, en bus, en train, en taxis collectifs, le plus souvent du fin fond des campagnes. Elles sont entre 100 et 200, fatiguées, usées, brandissant les photos de leurs enfants. Leurs vêtements respirent la misère, et leurs visages, la souffrance. Cinq des "mères du mercredi" d'Alger sont décédées en 2003, de maladie et de chagrin. Une autre a été emportée par le tremblement de terre du 21 mai. Rien ne les fera renoncer, disent-elles. Elles iront "jusqu'à la mort". A la même heure, tous les mercredis matins, d'autres mères, d'autres grands-mères, des pères, des frères, observent un mouvement de protestation identique à des centaines de kilomètres de là, à Oran, Relizane et Constantine. Le sit-in des familles de disparus, chaque semaine depuis 1998, rappelle aux autorités civiles et militaires que ce drame national, né du terrorisme et de la guerre civile des années 1990, entachera l'image de l'Algérie sur la scène internationale aussi longtemps qu'il ne sera pas réglé. C'est parce qu'il le sait que le président Bouteflika a annoncé solennellement, samedi 20 septembre, la mise en place d'une commission ad hoc. Pour la première fois, l'Etat algérien a reconnu qu'il avait à cet égard " des responsabilités qu'il doit assumer" et affirmé son intention de prendre en charge ce dossier. Composée de sept membres, la commission va avoir pour mission d'"informer les familles des disparus du résultat des recherches entreprises" et de les assister dans l'obtention d'aide et d'indemnités. Elle sera en droit de "recevoir tout témoignage utile, solliciter toute information et demander tout document utile à l'exécution de sa mission", mais, a précisé le chef de l'Etat, elle ne sera pas une "une commission d'enquête". Il faudra la considérer comme "un centre de gestion et une interface entre les pouvoirs publics et les familles concernées". Si le président Bouteflika s'est gardé d'avancer un chiffre concernant le nombre de disparus, le président de la nouvelle commission, l'avocat Farouk Ksentini, s'y est risqué un peu plus tard, devant la presse. "10 000 cas de disparitions forcées sont imputables aux groupes terroristes" a-t-il déclaré, et "7 200 cas sont imputables aux institutions -selon les allégations des familles, devait-il ensuite rectifier-". Jusque-là, seuls les organismes de défense des droits de l'homme avançaient un nombre de disparitions aussi élevé, tournant autour de 18 000. En décembre 2002, l'état-major de la gendarmerie algérienne avait officieusement admis avoir reçu 7 045 dépôts de plaintes, tout en précisant que "la responsabilité des forces de sécurité-n'avait- jamais été retenue" dans ces disparitions (Le Monde des 8 et 14 janvier 2003). Sur cette question des responsabilités de la "sale guerre" - qui demeure taboue en Algérie -, personne ne semble se faire d'illusions. Il paraît clair que la commission ad hoc va surtout s'atteler "à la prise en charge sociale et matérielle des familles dont la majorité é crasante est dans le besoin", comme le répète Farouk Ksentini. De "vérité et justice", il risque de ne pas être plus question aujourd'hui qu'hier. D'où la colère de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) qui parle de " mascarade". Pour son président, Ali Yahia Abdenour, ce nouveau mécanisme est "à usage externe pour couvrir les auteurs, les complices et surtout les commanditaires de ces crimes contre l'humanité". Pour Nacera Dutour et sa mère, Fatima Yous, fondatrices de SOS-Disparus, l'instance mise en place par le président Bouteflika " n'a aucun sens". Aucune des revendications des familles, ont-elles dit au Monde, n'a été prise en compte : la commission ne compte pas un seul de leurs représentants, ni un seul de leurs avocats, ni le moindre délégué des Ligues des droits de l'homme. Pour SOS-Disparus, il est clair que "le pouvoir cherche une fois encore à gagner du temps et veut moins que jamais entendre parler de vérité et justice". Seul écho prudemment optimiste : celui de l'Association nationale des familles de disparus (ANFD). Sa présidente, Dalila Kouidri, voit "une avancée" dans le fait que le président de la République en personne se soit emparé du dossier. L'association espère qu'il s'agit d'une première étape. Florence Beaugé
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www.algeria-watch.org
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