Mécanisme ad hoc de prise en charge de la question des disparus

Les assurances de l'Etat

Tahar Mohamed Al Anouar - El Moudjahid, 21 septembre 2003

Le Président de la République a installé, samedi dernier, les membres du mécanisme ad hoc de prise en charge de la question des disparus. Le Chef de l'Etat n'a pu, on l'a bien vu, cacher toute son émotion à l'occasion de cette manifestation

Le Président de la République a installé, samedi dernier, les membres du mécanisme ad hoc de prise en charge de la question des disparus. Le Chef de l'Etat n'a pu, on l'a bien vu, cacher toute son émotion à l'occasion de cette manifestation.
Son discours d'orientation s'en est d'ailleurs profondément ressenti, le Président ne manquera pas de renouveler sa solidarité et sa sympathie à l'égard des familles de personnes disparues.
C'est une des question les plus sensibles que vous avez à traiter à relevé le Président de la République à l'adresse des membres du mécanisme ad hoc, au nombre de sept. La présidence est assurée par Maître Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative et de protection des droits de l'homme.
Le Président de la République à travers l'installation des membres de ce comité démontre toute sa résolution à traiter en profondeur un dossier qui n'a pas manqué d'empoisonner d'ailleurs toujours, les relations entre les pouvoirs publics et les familles de disparus. Des associations sont nées de cette revendication, auxquelles le gouvernement a toujours prêté une oreille attentive en dépit de la très grande complexité du dossier, avant de se résoudre à mettre en place un mécanisme ad hoc pour sa prise en charge.
De très larges missions dans sa quête de vérité sont assignées à ce comité. Il est seulement précisé que cet organisme ne peut être considéré comme une commission d'enquête qui aurait à se substituer aux autorités administratives et judiciaires compétentes.
Le mécanisme ad hoc est plutôt vu comme une interface entre les pouvoirs publics et les familles de disparus. La précision concernant ce rôle et la mission du mécanisme ad hoc ont été rappelés d'ailleurs par M. Abdelaziz Bouteflika dans son discours d'orientation.
Dans une durée de 18 mois, les membres de cette institution devront remettre leurs conclusion aux autorités sous forme de rapport général.
Dans le cadre de ses attribution, il est évident que cette structure a toute latitude pour recueillir les témoignages et assurer leur exploitation.
Il s'agit d'un pas important franchi dans le cadre de la recherche d'une solution qui puisse atténuer la douleur des familles de disparus à défaut de la circonscrire. Il y a des engagements précis de la part du Chef de l'Etat dont les efforts pour apaiser les tensions nées d'une période la plus terrible vécue par le pays depuis l'Indépendance, sont sans relâche.
La question des disparus dans le cadre général de la politique d'apaisement a toujours occupé d'ailleurs une place importante.
Dans de nombreux discours et interventions publiques, M. Abdelaziz Bouteflika y a fait de très larges références apportant le soutien des pouvoirs publics à des familles lourdement éprouvées par le sort.
Cette aide s'est déjà matérialisée sous des formes multiples. Il faut noter que les associations de familles de disparus ont toujours bénéficié d'une grande écoute. La sensibilité extrême de la question ne doit ni prêter pourtant au désespoir ni à la manipulation politicienne. Elle réclame beaucoup de sangfroid dans son traitement, une recherche de la vérité qui peut s'avérer probablement longue et douloureuse à la fois.
C'est le pays dans son ensemble, il faut le savoir, qui aura pâtit de tout cet état de fait. C'est une page sombre de l'histoire du pays, comme l'a été celle du terrorisme barbare et sanglant que nous devons assumer aujourd'hui avec courage, en essayant d'en atténuer les effets dramatiques à travers la recherche de la vérité. Ce mécanisme ad hoc est né de cette volonté-là qui est d'abord et avant tout, une volonté politique.
Cette création s'inscrit bien dans le processus très vaste de réconciliation nationale comme l'a si amplement souligné le Chef de l'Etat.
Le pays doit impérativement se tourner aujourd'hui vers l'avenir, sans que l'Etat n'occulte bien sûr ni ses responsabilités, ni ses missions au regard de la protection des personnes et des biens.
S'il y a une assurance qui vient d'être renouvelée en ce sens, elle l'aura été lors de l'installation par le Chef de l'Etat, du mécanisme ad hoc, initiative qui ouvre de larges espoirs dans la clôture d'un dossier particulièrement douloureux.

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Edito :

Un autre tabou brisé...


Avec l'installation hier du mécanisme ad hoc de prise en charge de la question des disparus, un autre palier est certainement franchi pour briser un silence sur un dossier d'une extrême sensibilité et signifier un sentiment de détermination d'un Président de la République à aller jusqu'au bout de l'effort pour la réalisation de sa démarche de concorde civile, de concorde nationale, de réconciliation nationale ou tout bonnement de l'oeuvre de paix. En application des décisions de la réunion du Conseil des ministres tenue il y a quelques semaines, cet acte qui ne doit nullement se résumer à un aspect politique, ni d'ailleurs se confiner à un espace d'un contexte national pour susciter la polémique, s'inscrit en fait dans le prolongement d'une approche mise en oeuvre déjà et reposant fondamentalement sur les valeurs. Il obéit uniquement au souci de réhabiliter une notion de justice et de promouvoir celle des droits de l'homme à l'effet d'instaurer une culture en la matière guidant le fonctionnant de la société. C'est finalement toute une projection d'un système de gestion en mutation au gré évidemment des réformes engagées dans tous les secteurs pratiquement qui se dessine et prend graduellement forme malgré une résistance pour situer le commun des mortels sur un esprit prévalant à la faveur d'une ère nouvelle focalisé sur la recherche des voies et moyens à mobiliser pour la moralisation en général de la vie publique. Et il n'y a qu\'à se référer aux différentes phases parcourues depuis son investiture pour se rendre compte d'une évidence et s'apercevoir de l'attachement du premier magistrat du pays à l'équilibre et à l'harmonie de la société grâce à propos à un esprit de justice et à un respect pour les droits de ses composantes ou ses hommes. Aussi, la tendance est à l'intensification du traitement de choc prescrit pour s'attaquer aux racines d'un fléau du terrorisme et d'élever une génération sur la base d'une éducation de tolérance, de solidarité et de respect de son prochain. Toute une pédagogie est employée pour mieux inculquer les vertus de cette oeuvre de paix dont la concrétisation nécessite de par son caractère moral du temps et exige l'implication de l'élite. Aux objectifs multiformes, la création de ce mécanisme soulagera ces centaines de familles de disparus auxquelles le Chef de l'Etat n'a pas manqué de renouveler sa solidarité et sa sympathie pour apporter une autre pierre à la constitution de cette paix et rejeter toute forme de marginalisation ou d'exclusion en donnant de l'espoir à une frange de la population après tout algérienne. C'est sous cet angle qu'il faut également saisir la portée de cette décision à saluer certainement eu égard à ses effets dans la récupération de tous les enfants du pays et la consolidation d'un sentiment d'union si utile en cette période caractérisée par une crise et des catastrophes naturelles. L'expression de ce salut constitue indéniablement une forme de soumission au choix d'une écrasante majorité d'un peuple qui a revendiqué ou soutenu la démarche de la paix et manifesté le désir de renouer avec ses marques et ses repères. Une démarche mise en oeuvre et perpétuellement fortifiée par un discours accompagné constamment par des actes et des mesures à l'audace avérée brisant les ultimes tabous... C'est l'Algérie désormais des valeurs ...

 

 
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