Gouvernement-familles des disparus : La rupture

El Watan, 26 mars 2010

La dernière sortie de Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), invitant les familles des disparus à « tourner la page » et déclenchant du coup leur indignation, renseigne sur la rupture entre les officiels et les représentants des familles de victimes.

Cette rupture intervient après quelques timides tentatives des pouvoirs publics de regarder en face le drame des 8024 disparus, selon les chiffres officiels (ils seraient 20 000 selon plusieurs ONG). La thèse de Ksentini est toute faite : sur le plan civil, l’Etat est responsable mais pas coupable des disparitions, et « sur le plan intellectuel, la demande de vérité sur les disparitions est parfaitement concevable et logique, mais, dans la pratique, elle est irréalisable », puisque, selon lui, « comment identifier, plus de dix ans après, des agents de l’Etat qui se sont rendus coupables de ces disparitions ? » « C’est parce que justement aucun travail de justice n’a été fait sur des milliers de cas documentés et précis », indique-t-on chez les proches de disparus dont les ONG disposent de plusieurs milliers de témoignages précisant les circonstances, les noms des responsables de l’arrestation, des noms de témoins, les lieux de détention, etc. La déception est d’autant plus grande chez les ONG algériennes puisque l’Etat a émis des signes d’amorcement de dialogue dont le plus significatif s’est manifesté à Genève en Suisse en mars 2009.

La présence alors à une rencontre sur les droits de l’homme en Algérie, d’un représentant de la très officielle CNCPPDH accompagné de Salah Djenouhet de l’UGTA (le syndicat officiel) comme « représentants de la société civile » aux côtés de SOS Disparus, du Comité des familles des disparus en Algérie (CFDA), de Somoud et de Djazaïrouna, un fait sans précédant, laissait présager qu’Alger était disposé à ouvrir un canal de dialogue avec des ONG tant décriées par les officiels et souvent interdites d’expression. A Genève, les participants à la conférence « La vérité en Algérie : bilan et perspectives un an après les recommandations onusiennes » avaient salué, dans leur déclaration finale, cette présence officielle qualifiée de « première ». Certain avaient même espéré qu’il s’agissait d’un signe avant-coureur d’une marche arrière dans l’application de la charte pour la paix et la réconciliation, qualifiée par Madjid Benchikh, professeur de droit émérite, d’un texte qui « établit un système de sanctions, de réparation, d’absence de poursuites sur la base d’une vérité que seul l’Etat a décidée ». Mais les récentes dénégations de Me Ksentini remettent les pendules à l’heure de l’orthodoxie officielle : les disparitions forcées sont le résultat de bavures individuelles, impossibles à dépister. Car là est le vrai enjeu des déclarations de Me Ksentini : démentir le moindre caractère systématique des disparitions forcées dont les auteurs sont des agents de l’Etat. Le droit international, spécifiquement la déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée par l’AG de l’ONU en décembre 1992, qui précise que « la pratique systématique » de la disparition forcée « est de l’ordre du crime contre l’humanité ».

Par Adlène Meddi


Constantine : Colère des proches de disparus

Une trentaine de familles de disparus s’est rassemblée, hier dans la matinée, devant le cabinet du wali de Constantine, pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « deux poids, deux mesures », affiché par le ministre de l’Intérieur à travers les nouvelles mesures prises, par ce dernier, en faveur des victimes du terrorisme. Des pensions à vie, faut-il le rappeler, dont bénéficieront les veuves, les ascendants (père et mère) et les enfants mineurs.

Les familles protestataires disent ne pas contester une telle décision, car, disent-elles, « nous sommes tous victimes du terrorisme », mais elles déplorent le fait qu’une vingtaine de familles de disparus à Constantine n’a pas bénéficié de la pension mensuelle mise en application à partir de mai 2000. « Quand nous nous sommes rapprochés de la commission chargée des affaires des victimes de la tragédie nationale, installée à l’APW, pour réclamer notre dû, il nous a été annoncé que cette mesure n’est plus en vigueur », affirment nos interlocuteurs, ajoutant au passage avoir « réclamé un droit ». Ces familles disent ne réclamer que justice et vérité sur la disparition de leurs maris, fils et frères. L’on saura auprès de l’Association des familles des disparus forcés (AFDF) que « pas moins de 1000 disparus ont été recensés à Constantine ».

Par Selma B.

 
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