EN ATTENDANT LES ANALYSES ADN

Le dossier des disparus en stand-by

L'Expression, 16 mai 2004


Les autorités n’arrivent pas à cerner le dossier dans tous ses aspects.


Le dossier des disparus est loin d’être clos. Ayant été pour longtemps un sujet tabou, la problématique a été «exhumée» à la faveur de l’installation par le président Bouteflika de la commission chargée de faire la lumière sur cette affaire, vieille d’une dizaine d’années. En sus de la bataille des chif-fres - le nombre des personnes disparues ayant toujours été approximatif - les autorités n’arrivent pas à cerner le dossier dans tous ses aspects.
D’après Me Farouk Ksentini, président de la commission consultative chargée des droits de l’homme, il existe près de 10.000 disparus, fait des terroristes et quelques 7250 au-tres cas de disparitions imputées aux forces de l’ordre, précise notre interlocuteur qui cite les témoignages recueillis au niveau de chaque wilaya du pays, auprès des parents des disparus. Pour cette deuxième catégorie, à savoir, les disparus du fait des services de sécurité, Me Ksentini, estime qu’il est du droit des familles de refuser les indemnisations et d’exiger que toute la vérité soit connue.
« Ce qui permettra à ces familles d’être rétablies sur le plan juridique et de faire le deuil dans la dignité.» Pour ce qui est des personnes enlevées par les terroristes, le recours aux analyses ADN constituerait, d’après les familles, le seul moyen pour parvenir à identifier les dépouilles. Ce que Me Ksentini récuse catégoriquement pour la simple raison que ce genre d’analyses est trop coûteux et que la liberté est laissée aux familles des disparus de demander l’assistance des ONG internationales, «qui ont proposé de mettre des moyens adéquats à notre disposition». Par ailleurs, l’avocat qui, tout en affirmant que les analyses ADN ne sont pas en cours, parle de moyens aussi fiables que lesdites analyses, notamment «les techniques utilisées en Bosnie Herzégovine» et qui sont moins coûteuses. Il est utile de rappeler que des charniers ont été découverts et des dizaines de dépouilles exhumées, sans qu’elles ne soient, pour autant identifiées, ce que les familles des disparus ont tenu à dénoncer, tout en accusant les autorités de vouloir «enterrer» définitivement le dossier. Ayant longtemps servi de carte électoraliste, l’affaire des disparus est désormais prise en charge dans le cadre de la démarche réconciliatrice du président de la République qui veut en finir, dans les plus brefs délais, avec cette véritable bombe à retardement. Pour leur part, pris entre l’impératif de justice et la tentation des indemnisations, les familles des disparus veulent être définitivement fixées sur le sort réservé à leurs enfants et proches. Me Ksentini qui dit attendre la réconciliation «avec insistance» cache mal, l’impuissance des pouvoirs publics devant la complexité du problème, qui, un jour, connaîtra une issue, dans le strict respect de la volonté des familles et de la mémoire des disparus. Le président de la République, qui promet de prendre le problème des disparus à bras le corps, dans le programme du gouvernement, dit oeuvrer à la résolution de ce drame dans le cadre de l’action menée par la commission chargée de ce dossier.


Arezki LOUNI

 

 
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