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| En marge de la conférence nationale Les disparitions forcées passées au crible
El-Kadi Ihsane, Le Quotidien d'Oran, 23 janvier 2003 Un document, tout en chiffres, distribué lors de la conférence nationale sur les disparitions forcées, permet de mieux comprendre ce qui s’est passé durant les années les plus noires. Près de 67% des disparitions forcées ont eu lieu en 1994 et 1995 et 32,8% se sont produites dans la seule wilaya d’Alger. C’est ce qui ressort d’une base de données traitée par SOS disparus, la LADDH et l’ANFD (familles de disparus) et distribuée lors de la conférence nationale sur les disparitions forcées qui s’est tenue samedi dernier à Birkhadem, près d’Alger. Le chiffre global sur lequel porte cette base de données est voisin des 7.200 cas de disparitions forcées répertoriées par les associations des familles de disparus et reconnues comme telles par l’ONDH avant sa dissolution. Après la wilaya d’Alger, c’est celle d’Oran avec 12,1% des cas de disparitions qui arrive en second rang, suivie de Tipaza 9,9%, Blida (6,5%), Constantine (4,8%), et Médéa (4,7%). Une disparition forcée sur deux a eu lieu dans les wilayas du centre du pays qui étaient sous couvre-feu de fin 1992 à 1996. L’étude montre d’ailleurs que 38,3% de ces enlèvements avaient lieu entre minuit et 6h du matin, avec un pic entre 1h et 3h du matin. Il est donc naturel de retrouver le domicile comme premier lieu d’enlèvement avec 48,5% des cas recensés à travers le pays. Les enlèvements à partir des lieux de travail concernent 16% des cas, arrivent ensuite «les rues du quartier» avec près de 15% des cas. Il faut noter ici, selon l’étude, que 1,7% des disparitions forcées se sont produites à la sortie des mosquées, 1,5% lors de barrages et 1,1% consécutivement à des convocations au poste de police. C’est le corps de la police justement qui arrive en tête au tableau intitulé «responsables des enlèvements». 21% des cas sont attribués à la police contre 16% à l’armée et 3% seulement à gendarmerie. Toutefois le cumul de tous les corps sous tutelle de l’ANP -forces combinées 13% des cas, sécurité militaire 3%, parachutistes 3% - met l’armée largement en tête des institutions impliquées dans les disparitions forcées. 8% des fiches signalétiques des organisations de famille de disparus ne tranchent pas sur l’identité des ravisseurs. 5% sont classés comme civils et 5 autres pour cent sont attribués aux milices. La base de données évoque aussi les premiers lieux de détention à partir desquels de nombreuses familles ont reçu, au début et par différents canaux, des signes de leurs parents enlevés avant qu’ils ne perdent leur trace. L’essentiel des répartitions concernent Alger et ses proches alentours avec Chateauneuf comme lieu de détention secrète, le plus évoqué (32,6%) devant Bourouba (14%) Ben Aknoun (13,2%) et Blida (7,0%). L’âge des disparus est également traité dans cette étude. Il ressort que 62% d’entre eux avaient entre 21 et 35 ans, au moment de leur enlèvement. Cependant 8,5% avaient aussi moins de 20 ans et 4,5% plus de 50 ans. La tranche d’âge des 26-30 ans a été la plus ciblée avec un enlèvement sur quatre. Les promoteurs de cette étude n’ont pas rendu publique la répartition des disparus par occupations. Les données existent toutefois et il est possible de centrer l’étude sur le profil-type du disparu dont on sait déjà qu’il est plutôt jeune et qu’il habite prioritairement les grandes agglomérations. L’intérêt de ce type de base de données est d’aider l’opinion nationale à mieux comprendre ce qui s’est produit et selon quels mécanismes. Ainsi on peut découvrir, par exemple, qu’une wilaya globalement ménagée par le déchaînement de la violence, comme la wilaya de Sétif affiche un nombre d’enlèvements déclarés voisin de celui de Médéa ou de Relizane plus réputées pour avoir été particulièrement frappées par l’activité terroriste et la répression. En outre le tableau de l’évolution du nombre des enlèvements à travers les années, montre clairement qu’elles ont continué après les premières manifestations à Alger des familles de disparus à l’automne de 1997. Le tournant psychologique qui a stoppé la pratique de ces enlèvements s’est produit durant l’année 1998 (1,3% des cas), sans doute après l’arrestation pendant 12 jours de Mohamed Ferguène et de sa milice de la wilaya de Relizane et les révélations qui s’en sont suivies dans la presse nationale sur la pratique de l’enlèvement et de l’exécution sommaire. La même année le président Zeroual, partant, a décidé d’ouvrir des bureaux de wilaya afin de recenser les cas de disparitions forcées à travers tout le pays. 94% des cas d’enlèvements, officiellement enregistrés, se sont déroulés durant sa double législature de président de l’Etat (février 94-novembre 95) et de président de la République (novembre 95-avril 99). Lors de son intervention à la conférence nationale de Birkhadem, Me Mustapha Bouchachi a rappelé que le droit international a déclaré imprescriptible le crime de disparition forcée. ------------------------------------------------------------------------ Voir Rapport d'Algeria-Watch
sur les disparitions:
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www.algeria-watch.org
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