Coordination Nationale des Familles de Disparus

Communiqué

Près d’un millier de familles de disparus saisissent la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU

La Coordination Nationale des Familles de Disparus (CNFD), soutenue par les organisations non gouvernementales Justitia Universalis (La Haye) et la Commission Arabe des Droits Humains (Paris), et représentée à Genève par Al Karama for Defending Human Rights, a déposé aujourd’hui, près d’un millier de dossiers de disparitions forcées auprès de la Commission des Droits de l’Homme (CDH) des Nations Unies à Genève. La totalité de ces cas de disparitions forcées sont imputables aux services de sécurité algériens (DRS, Gendarmerie Nationale et Police).

La CNFD qui regroupe des milliers de familles de disparus à travers le territoire national n’est pas à ce jour reconnue par les autorités algériennes et ses membres font régulièrement l’objet de pressions et de harcèlements policiers.

Plus de mille cinq cent plaintes avaient déjà été déposées par le passé devant le Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées, et des milliers d’autres cas sont encore à soumettre. Avec les cas déposés aujourd’hui, l’Algérie devient le pays où le plus grand nombre de disparitions forcées est enregistré, loin devant le Chili et l’Argentine.

Cette communication intervient au moment où les autorités algériennes cherchent une nouvelle fois, à travers un référendum dont les résultats sont connus par avance, à enterrer définitivement un dossier de crime contre l’humanité en violation des conventions internationales ratifiées par le pays. Il paraît en effet évident que l’Etat algérien, incarné en la personne du président de la république Abdelaziz Bouteflika en sa qualité de premier magistrat du pays, tente de se dérober à ses obligations envers les victimes de disparitions forcées et leurs familles.

En effet, en réduisant le drame de la disparition de milliers d’Algériens à « une conséquence de l’activité criminelle de terroristes sanguinaires » le chef de l’Etat s’efforce une nouvelle fois à soustraire à la justice les généraux auteurs du coup d’Etat du 11 janvier 1992, véritables responsables de cette effroyable tragédie et de la politique de terreur et d’éradication qui a endeuillé l’Algérie durant plus d’une décennie.

Cette attitude constitue une régression même par rapport aux conclusions de Farouk Ksentini président de la Commission ad hoc, désigné par M. Bouteflika lui-même, qui a eu au moins la décence en dépit de ses multiples contradictions et revirements, de reconnaître que plus de 6000 disparitions étaient « le fait d’agents des institutions de l’Etat » et d’admettre la responsabilité directe des services de sécurité, selon la formule « Etat responsable et pas coupable ».

La CNFD rappelle que quelle que soit l’issue du référendum soumis au peuple algérien, le crime de disparition forcée est en vertu du droit international un crime imprescriptible. C’est d’ailleurs l’avis des instances onusiennes. En effet, dans un Communiqué au Club de la Presse au Palais des Nations Unies à Genève, daté du 19 septembre 2005, le Rapporteur spécial de la CDH sur les exécutions sommaires, arbitraires ou extrajudiciaires, M. Philip Alston, et le Président–Rapporteur du Groupe de travail de la CDH sur les disparitions forcées ou involontaires, M. Stephen J. Toope, rappellent avec insistance qu'aucun plan de paix en Algérie ne peut ignorer le droit des victimes à la vérité.

La CNFD réaffirme avec force son engagement à poursuivre la lutte pour que la vérité soit faite sur le sort des victimes et que justice leur soit rendue. Elle réitère sa détermination à poursuivre les responsables et les commanditaires des crimes de disparitions forcées partout et toujours quelles que soient les pressions et les contraintes auxquelles elle est soumise.
Constantine le, 21/09/2005

R.Benlatreche
Président de L’A.F.D.F.C
Membre fondateur et président de la Coordination
National des Familles des Disparus (C.N.F.D)
Mobile : 072 80 83 72

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org