| |
|
A
LA VEILLE DE LA PRESIDENTIELLE
Les
familles des disparus tournent le dos à Bouteflika
L'Expression,
26 janvier 2004 Le comité a décidé à l’unanimité le
rejet du mécanisme ad hoc installé récemment par
le président de la République.
Les représentants des familles de disparus de quinze wilayas
du pays ont procédé, dans la journée d’hier, à l’installation
officielle et publique du Comité national de coordination des
familles des disparus (Cncfd). Selon les membres de ce comité,
qui ont tenu hier une conférence de presse au siège SOS
disparus à Alger, cet organe sera le seul porte-parole et représentant
des familles des disparus et l’unique intermédiaire entre
les vrais concernés par cette question et les autres organismes
nationaux et/ou internationaux. Ce comité a décidé à l’unanimité le
rejet du mécanisme ad hoc installé récemment par
le président de la République, «c’est un
organe créé dans le but de faire perdurer le problème
des disparus et canaliser la colère des familles, nous rejetons
pleinement cette initiative, nous ne désirons pas les indemnités
de M.Ksentini, nous exigeons la vérité et la justice»,
a lancé la présidente de ce comité, Nacéra
Yous.
Les orateurs ont tenu également à indiquer que ce dispositif
n’a pas les pouvoirs de mener une véritable enquête, «il
a été constitué sans consultation aucune, ni avec
les familles ni avec leurs délégués, nous n’avons
plus confiance en ce pouvoir qui ne s’est jamais manifesté disponible à prendre
en charge les récriminations formulées par les familles
des disparus», a-t-on ajouté. Les responsables de ce comité mènent,
depuis quelque temps, une vaste opération de sensibilisation
et de solidarité. Une série de contacts avec les candidats à la
prochaine présidentielle et avec d’autres personnalités
politiques a été d’ores et déjà entamée.
L’objectif de ces contacts, selon les conférenciers, est
de créer un front pour dénoncer collectivement les «pratiques
irresponsables des autorités de la justice».
Quant au président de la République, les délégués
ont indiqué - d’un air visiblement courroucé -
qu’une série de demandes d’audience a été présentée
mais aucun écho n’a été réservé à leurs
doléances.
Dans la journée d’hier, les représentants des familles
des disparus ont rencontré le sous-secrétaire d’Etat
américain L. W.Craner, la question des disparus a été longuement
débattue entre les deux parties. Il semblerait, d’après
les membres du comité, que les Américains soient disponibles à aider
les autorités algériennes et ce, par des moyens scientifiques, à identifier
les corps des victimes découvertes puis enterrées par
les services de sécurité. Pour les jours à venir,
le comité compte organiser un séminaire à Alger
sur la question des disparus, tous les candidats en lice seront invités,
et des noms d’autres personnalités figurent aussi sur
la liste des animateurs. Un rassemblement devant le ministère
de la Justice est prévu également pour aujourd’hui.
Les autorités du pays sont donc, et encore une fois, face à la
colère des familles des disparus qui ne cessent de réclamer
une véritable enquête. Un dossier épineux est une
dure épreuve pour l’actuel président et l’heureux
candidat du prochain rendez-vous électoral.
Ali TITOUCHE
|
|
|