ACCEPTER LES INDEMNISATIONS NE SIGNIFIE PAS RENONCER A LA VERITE

Collectif des familles de disparu(e)s, Sos Disparu(e)s, 28 octobre 2008

Aucun bilan précis de la politique d’indemnisation n’a encore été publié par les autorités algériennes! Les familles de disparu(e)s doivent-elles se contenter de la déclaration, ce 23 octobre 2008, de Farouk Ksentini, Président de la CNCPPDH, selon laquelle « une solution a été apportée au problème, 96 à 97% des familles de disparu(e)s ont accepté les indemnisations » (Quotidien Liberté, 25/10/2008)? De quelle solution s’agit-il ? Qui, a dit qu’accepter les indemnisations signifiait renoncer à la Vérité ? De quelle source proviennent ces chiffres ? 96 à 97% de quel nombre précis ? Des familles de disparus du fait d’agents de l’Etat uniquement, ou de l’ensemble des victimes dites de « la tragédie nationale » pouvant prétendre aux indemnisations ?

Les victimes sont, depuis des années, renvoyées d’un poste de police à l’autre. Là, elles ont été convoquées par les commissariats et gendarmeries de leur quartier pour entamer la procédure d’indemnisation. Certaines illettrées, d’autres, découragées par des années de silence, fatiguées par les multiples difficultés liées au drame qui entoure leur vie. Une large majorité des familles de disparus sont psychologiquement traumatisées et vivent dans une désespérante pauvreté. Diverses causes expliquent ainsi qu’un nombre important d’entre elles se soit résigné à entreprendre les démarches. Pour autant, aucun proche de disparu(e)s n’a jamais considéré les indemnisations comme une solution. Le droit à une réparation pleine et entière comprend un élément matériel, certes, mais l’élément essentiel est le droit à la Vérité.

Et, contrairement à ce que pensaient les autorités algériennes, l’indemnisation n’a pas fait taire les familles qui continuent à saisir les autorités policières et judiciaires algériennes pour qu’une enquête effective, aboutissant à l’entière vérité sur la disparition de leurs proches, soit menée. Aucune plainte n’a, pour l’instant, abouti mais elles gardent l’espoir de voir un jour leurs revendications prises en compte et savent que le droit national peut évoluer pour faire triompher la justice.

Pour preuve, les familles de disparu(e)s sont fidèles au rendez vous de leur rassemblement hebdomadaire. Depuis 1998, elles n’ont pas désarmé ; qu’il vente, qu’il pleuve, sous un soleil de plomb, elles sont toujours là ! Avec ou sans les indemnisations, elles sont toujours là, tous les mercredis matin, devant la CNCPPDH et Monsieur Ksentini ne les pas vues !

Le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, dans ses observations du 2 novembre 2007, a recommandé l’abrogation des dispositions de l’Ordonnance et déclarait : « Le Comité craint que l’Ordonnance nº06-01 portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui interdit toute poursuite à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité, semble ainsi promouvoir l’impunité et porter atteinte au droit à un recours effectif ».

Dans la situation actuelle, le CFDA et SOS disparus invitent les membres de la CNCPPDH à repenser la question des disparitions forcées en coopération avec les associations de victimes, afin d’envisager le problème dans toute sa complexité, et exhortent les autorités algériennes à appliquer les recommandations du Comité des droits de l’Homme de novembre 2007 et celles du Comité contre la torture de mai 2008, pour permettre aux familles l’accès à la Vérité et à une réparation effective de leur préjudice.

Le 28 octobre 2008


P/SOS disparus P/ le CFDA
Fatima Yous, Présidente Nassera Dutour, Porte-parole

 
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