Disparitions forcées  
Introduction
Ab-Ak
Al-Ar
As-Az
Ba-Bel
Ben-Bez
Bi-Boug
Bouh-Bouou
Bour-Br
C
D
E
F
G
H
I
J-K
L
M
N
O
R
S
T
Y
Z
 
 

Nom : Ounoughi

Prénom : Hakim

Date de naissance (ou âge)  : 29 mai 1970

Etat-civil   : célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : employé

Adresse : Les Eucalyptus, El Harrach (Alger)

Date de l'arrestation : 1 er mars 1995

Heure : 3 heures

Lieu de l'arrestation : domicile

Agents responsables de l'arrestation : gendarmes

Résumé des faits : Citoyen âgé de 25 ans, demeurant aux Eucalyptus (El Harrach, Alger), employé chez un industriel privé. Il est le frère de Ounoughi Sassi . Il a été arrêté le 1er mars 1995 à 3 heures du matin à son domicile par des gendarmes des Eucalyptus, gendarmes que le père a reconnu et qui portaient des tenues de paras. Deux d'entre eux étaient cagoulés. La brigade de gendarmerie des Eucalyptus a nié le lendemain l'avoir arrêté. Depuis, sans nouvelles.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • N'a jamais pu être localisé.

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du tribunal d'El Harrach.
  • Lettres à la présidence de la République, à l'ONDH et au médiateur de la République.

Observations :

  • Son frère Sassi a également été arrêté le 20 août 1993 et a disparu.

Témoignage de la famille   : (Père Ounoughi Mohamed)

Mon fils Ounoughi Hakim qui avait 29 ans a été arrêté le 28 février 1996 à son domicile à 3 heures du matin par des gendarmes des Eucalyptus que je connaissais bien et qui portaient ce jour-là des tenues de paras. Deux d'entre eux étaient cagoulés. Mon fils travaillait chez un industriel privé.

Je suis allé le lendemain à la brigade de gendarmerie des Eucalyptus. Ils nièrent l'avoir arrêté alors que je les avais reconnu. Puis je me suis adressé à la caserne militaire des Eucalyptus.

Après trois jours de recherches, une information nous est parvenue disant que trois cadavres avaient été jetés sur l'autoroute de Dar El Beïda. L'information nous est parvenue tardivement la nuit lors du couvre-feu. Lorsque nous sommes arrivés, des témoins nous dirent que les cadavres, après une journée d'exposition, avaient été transportés par la protection civile vers la morgue de Bologhine.

Nous sommes allés à cette morgue. Nous avons supplié les employés pour nous montrer les cadavres. Nous avons trouvé les cadavres de Hammadi Rachid et Tikniouine Moussa qui avaient été arrêtés le même jour que mon fils par les gendarmes des Eucalyptus accompagnés par des militaires. Ce jour là cinq personnes avaient été arrêtées : Ounoughi Hakim (mon fils), Salhi Riad, Maameri Rachid, Tikniouine Moussa et Hammadi Rachid.

Hammadi Rachid avait sept balles dans le crâne. Tikniouine avait le corps criblé de balles.

Le père de Tikniouine Moussa alla à la gendarmerie de Dar El Beïda pour retirer l'autorisation de récupération de la dépouille de son fils. Il tomba nez à nez avec l'un des gendarmes qui étaient venus arrêter son fils. Il lui dit : « C'est toi qui es venu l'autre soir à la maison pour arrêter Moussa ». Le gendarme se rua sur lui pour le frapper en lui disant : « Tu m'accuses de choses graves ».

A ce jour je n'ai aucune nouvelle de mes enfants. J'ai fais toutes les morgues, à commencer par Bologhine, Thénia et en terminant par Boufarik. J'ai vu des faits affreux. J'ai vu des cadavres mutilés. Certains étaient sans pieds, d'autres sans bras. J'ai vu des cadavres brûlés et d'autres sans tête. Je n'ai jamais vu de faits pareils même dans les cauchemars.

Ces exécutions sommaires étaient devenues monnaie courante dans l'axe Les Eucalyptus-Chérarba où nous habitons durant les années 1994 - 1995. Chaque matin, on retrouvait quatre à cinq cadavres jetés. Un jour des militaires et des gendarmes ont tué 45 personnes en une seule fois. Je les ai moi-même comptés. Des faits que nous n'avons pas vus durant la guerre de libération. Ils n'ont ni foi ni loi. Du jamais vu.

Je n'arrive pas à comprendre ce que fait ce gouvernement avec nos enfants. Ceux qui ont enlevé nos enfants ont été confondus par des témoins et ils osent nier en toute impunité.

Qui gouverne ce pays et qui se permet de pratiquer de tels actes au nom de l'Etat ? On nous a trouvé comme prétexte le « terrorisme » et on prend dans l'impunité la plus totale nos enfants qu'on mutile, qu'on tue et qu'on jette sur les autoroutes.

Mon autre fils Ounoughi Sassi né le 22 février 1958 est infirmier à l'hôpital d'El Harrach. Il était atteint de rhumatisme. Il avait demandé un congé sans solde à l'administration de son hôpital pour aller faire une cure thermale à Hammam Salihine de Ferdj M'zala (Jijel). Il est allé avec des amis à lui.

Ils ont été arrêtés au carrefour à l'entrée de Ferdj M'zala par des gendarmes le 9 août 1993. Le lendemain, il a été transféré avec ses compagnons de route sur Sétif. Ils ont été enfermés durant 45 jours dans une cave.

Puis ils ont été transférés au tribunal. Chacun d'eux a été condamné. Depuis, les compagnons de mon fils ont perdu toute trace de lui.

J'ai fais tous les tribunaux de Sétif, de Jijel, de Constantine, de Mila. Aucune trace de mon fils.

A Ferdj M'zala on m'avait dit qu'il venait d'être transféré sur Mila. A Mila, on m'avait dit qu'il venait de retourner à Ferdj M'zala. On me shootait comme un ballon, d'une région à une autre.

A Ferdj M'zala, on m'avait dit qu'il a été transféré à Constantine. Dans cette dernière ville, j'ai fais les tribunaux, les prisons, les commissariats et les brigades de gendarmerie. Rien !

Puis on m'avait dit que mon fils a été envoyé à la Cour spéciale de Constantine. Après m'être déplacé sur les lieux, on m'interdit l'accès pour aller me renseigner.

Après quelques mois je fus convoqué par la gendarmerie. On me demanda où se trouvait mon fils. Je leur ai répondu qu'il avait été arrêté par les gendarmes de Ferdj M'zala et qu'il serait aux dernières nouvelles à la cour spéciale de Constantine. Mais qu'il n'y avait rien de précis.

   
www.algeria-watch.org