Disparitions forcées  
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Nom : Mostefaoui

Prénom : Mohamed Arezki

Date de naissance (ou âge)  : 16 ans

Etat-civil   : célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : sans

Adresse : Alger

Date de l'arrestation : fin 1992

Heure :

Lieu de l'arrestation : domicile

Agents responsables de l'arrestation : militaires et policiers

Résumé des faits : A été arrêté fin 1992 à Alger par des militaires et des policiers. Il sera conduit vers une destination inconnue. Son frère aîné était recherché à la même période. Il avait pris le maquis fin 91 et sera tué à Oran. Par la suite la famille apprendra que Mohamed Arezki a été condamné à 5 ans de prison. Les militaires et policiers viendront près de dix sept fois au domicile familial.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • N'a jamais pu être localisé.

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du procureur de la République.
  • Lettres aux diverses autorités.

Observations :

Témoignage de la famille : (mère)

Les militaires et les policiers sont venus à minuit pour prendre mon fils, Mohamed Arezki, à la fin de l'année 92 alors que son frère aîné était recherché à la même période. Ils sont venus en nous disant où est Mohamed Arezki. Ils l'ont trouvé dormant dans une pièce exiguë, car nous étions nombreux et à l'étroit. Ils l'ont alors arrêté et emmené vers une destination inconnue. On m'a dit par la suite qu'il a été condamné à 5 ans de prison. Nous n'avons rien compris. On nous a dit que c'est Mohamed des Eucalyptus qui distribuait les armes, sans préciser s'il s'agissait de Mostéfaoui. Ils ont collé ça à mon fils. Son frère, lui, avait pris le maquis fin 91 et il est mort à Oran.

Les militaires et policiers sont venus près de dix sept fois chez moi.

Des rumeurs circulaient comme quoi Mostéfaoui préparait des bombes chez lui. Les militaires ont encerclé la maison à une heure du matin. Ils ont jeté une grenade aux environs de trois heures du matin sur notre toit qui était fait de tolles d'éternit. Mon mari s'est alors levé du lit pour sortir dans le jardin et voir. J'ai essayé de l'empêcher en lui disant que c'est peut être les militaires. Il sortit dans le jardin et en ouvrant la porte il fut immédiatement encerclé dans des militaires qui lui ordonnèrent de lever les mains et de faire sortir les hommes qui étaient à la maison. Un de mes fils, les deux filles et un petit garçon s'étaient accrochés à leur père. Mon autre fils dormait à l'intérieur. Les militaires m'ordonnèrent à nouveau de faire sortir les hommes qui restaient à la maison. Je leur ai répondu qu'il n'y avait pas d'hommes chez moi et que seul mon fils dormait. Je suis allé le réveiller en lui disant : « Réveille-toi, mon fils, la maison est envahie de militaires. » A sa sortie, les militaires nous ordonnèrent à nouveau de sortir les hommes « cachés » à la maison. Je leur ai répondu qu'il n'y avait plus personne et qu'ils n'avaient qu'à rentrer pour constater.

Mon fils a été arrêté à plusieurs reprises. Une fois, il a été gardé durant trois jours par les militaires. Une autre fois, il a été gardé de 10 heures du matin à 22 heures. Il n'avait que 16 ans.

Les militaires en rentrant, recherchaient mon fils Hocine. Ils m'ont fait le reproche de n'avoir pas élevé un homme mais un tueur qui assassine ses frères.

Je leur ai répondu que ce n'est pas moi qui lui ai appris à faire cela. L'un d'eux me dit : « Sais-tu que ton fils tue dix policiers par jour ? ». Je lui répondu alors : »S'il tuait vraiment dix par jour, il n'y aurait plus de policiers en Algérie depuis. Bien au contraire, vous voilà comme des fauves remplissant la maison. Qui a-t-il tué ? Allez l'arrêter si vous savez où il est ».

« Le jour où nous l'arrêterons, nous le couperons en morceaux et on ne te permettra pas de le voir  et même de pleurer sur lui » me dit-il.

« C'est un homme, lui dis-je, je ne pleurerai pas pour lui ».

Ils m'insultaient souvent sans retenue me disant : « Espèce de chienne, ton fils est un chien » ou du genre « Espèce de cochonne, ton fils est un cochon ».

Les militaires revenaient fréquemment à la maison. A chaque fois que la fausse rumeur du passage de mon fils circulait dans le quartier, on recevait la « visite » des militaires.

Quand ils ont appris qu'il est mort à Oran, ils ne sont plus revenus. Cela fait quatre années.

Mais l'année dernière, j'ai reçu la visite de la police qui m'a demandé le livret de famille et m'a demandé où se trouvait mon mari. Ce dernier, âgé de 58 ans était au travail. Ils m'ont demandé de lui dire de passer au commissariat le lendemain. Et c'est ce qu'a fait mon mari qui s'est présenté le lendemain à la police. Ils ont pris toute la filiation de la famille et d'autres renseignements consignés dans un procès-verbal. Ils ont posé des questions sur mon fils qui avait pris le maquis (et qui est mort)  du genre : «  Buvait-il de l'alcool ? Se droguait-il ? Faisait-il la prière ? Portait-il une barbe ? ».

- Pourquoi a-t-il pris le maquis, l'interrogea le policier ?

- Il a pris le maquis comme de nombreux autres algériens, il n'est pas le seul, lui répondit mon mari.

Mon mari fut convoqué quelque temps plus tard au tribunal pour comparaître.
 
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