Disparitions forcées  
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Nom : Gridi

Prénom : Youcef

Date de naissance (ou âge)  : 24 août 1968

Etat-civil   : Célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : Cordonnier

Adresse : Cité La Montagne, Bourouba, Alger

Date de l'arrestation : 15 mars 1994

Heure : minuit

Lieu de l'arrestation : Domicile

Agents responsables de l'arrestation : Policiers et militaires

Résumé des faits : Citoyen âgé de 26 ans, célibataire, demeurant à la cité la Montagne, Bourouba, Alger, cordonnier, arrêté le 15 mars 1994 à minuit à son domicile par les policiers de Bourouba accompagnés de militaires. Les policiers S., B., B.H., O.H.B. de Bourouba ont été reconnus par les membres de la famille. Aurait été séquestré au commissariat central d'Alger durant huit mois jusqu'à janvier 1995. Depuis, aucune nouvelle. Le frère a été arrêté le 7 avril 1994 par les mêmes policiers. Plainte et lettres diverses aux autorités.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

•  Commissariat de Bourouba

•  Centre de la SM de Châteauneuf

•  Sûreté de daïra d'Hussein Dey

•  Commissariat Central (huit mois et demi).

•  Prison de Serkadji.

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du procureur de la République du tribunal d'Hussein Dey.
  • Lettres diverses aux autorités et à l'ONDH, sans suites.

Observations :

Témoignage de la famille   : (mère)

Les policiers de Bourouba accompagnés de militaires sont venus à minuit. J'ai reconnu les policiers Saïd, Brahim et Habib. Ils sont venus à la recherche de Gridi Youcef, âgé de 29 ans. Ils l'ont brutalisé tout en lui demandant de leur remettre le pistolet qu'il cacherait. Il a répondu qu'il n'avait aucun pistolet. Le policier Habib l'a frappé avec la crosse de son arme. Ils l'ont sorti dans la cour puis on appelé mon second fils Gridi Rédha. En fouillant ils avaient retrouvé une somme de 5000 DA sous son matelas qu'ils mirent dans leur poche.

Mon mari protesta en disant au policier Saïd : « Tu n'as pas de Rahma dans ton cour, en faisant de telles choses à mes enfants ».

Le policier Saïd lui répliqua : «  Tu le payeras très cher ! ».

Ils prirent avec eux mes trois enfants Youcef, Rédha et Nacereddine.

Le lendemain je me suis rendu au commissariat de Bourouba. Les policiers nièrent les avoir arrêtés. Je me suis adressée au policier Habib que je connaissais car il était du quartier et il avait participé la veille à l'arrestation de mes enfants. Il me répliqua vertement : « Je ne te connais pas ! ».

Ils sont restés 25 jours au commissariat de Bourouba. Mon fils Youcef, avant son transfert vers une destination inconnue remis à son frère Nacer dans sa cellule, sa montre et sa veste et l'a chargé de me les remettre s'ils étaient éventuellement libérés. Puis Youcef fut transféré vers un lieu inconnu.

Mes deux autres fils furent après 25 jours de séquestration au commissariat de Bourouba, transférés vers la prison de Serkadji.

J'ai cherché partout mon fils Youcef dit Hammoudi. J'ai fais toutes les prisons d'Alger, les tribunaux, les droits de l'homme, la présidence, mais en vain. Personne n'a pu me renseigner sur le sort d'Alger.

Je me suis même rendu à une prison militaire secrète situé sur une montagne en bord de mer. C'était à l'ouest d'Alger. Je n'ai pas pu la localiser. J'ai fais plusieurs kilomètres à pied avant de trouver le lieu caché au milieu d'une montagne boisée. Les militaires m'ont chassé.

Je suis allé au centre de Châteauneuf. Un militaire qui avait encore un peu de bonté au cour me dit furtivement qu'effectivement mon fils était chez eux mais par peur des chefs, il ne pouvait faire plus.

Un mois plus tard, un ancien détenu de droit commun qui était détenu avec lui, m'informa que mon fils Youcef se trouvait au siège de la sûreté de daïra d'Hussein Dey. Je me suis rendu. Un policier m'informa qu'il avait été transféré ailleurs depuis une semaine et que c'était le policier Habib de Bourouba qui l'avait pris.

Puis j'ai appris qu'il a été séquestré durant huit mois et demi au Commissariat Central. Lorsque ce dernier a été détruit par une bombe en janvier 1995, il fut transféré à la prison de Serkadji. Mon fils Youcef m'envoya alors un message de cette prison pour m'informer de sa présence. Je me suis rendue à plusieurs reprises à Serkadji, les gardiens me disaient que cette personne n'existait pas. Au tribunal, on m'a délivré une autorisation de visite. Mais quand je me présentais à la prison, les gardiens me racontaient la même histoire : « Il n'est pas ici ».

Un an plus tard en me rendant au tribunal pour m'informer du sort de mon fils, le greffier me répondit : « Ton fils est en fuite, il est recherché ».

Comment peut-il être en fuite et recherché alors qu'il a été arrêté par les policiers de Bourouba et que j'avais retrouvé ses traces mais sans jamais le voir, à Bourouba, à Châteauneuf, à la Sûreté de daïra d'Hussein Dey, au commissariat Central puis à la prison de Serkadji.

Je demande au gouvernement de me dire si mon fils est vivant et qu'il soit présenté à la justice. S'ils l'ont tué, qu'ils me montrent sa tombe pour que je puisse m'y recueillir.
   
www.algeria-watch.org