Disparitions forcées  
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Nom : Fettaka

Prénom : Zoubir

Date de naissance (ou âge)  : 07 avril 1961 à Hadjout (Tipaza)

Etat-civil   : Célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : Commerçant

Adresse : Hadjout (Tipaza)

Date de l'arrestation : 1 er août 1995

Heure : 2 heures

Lieu de l'arrestation : Domicile

Agents responsables de l'arrestation : Militaires et Policiers déguisés en militaires

Résumé des faits : Citoyen âgé de 34 ans, célibataire, commerçant de profession, demeurant à Hadjout (Tipaza), arrêté le 1er août 1995 à 2 heures du matin, selon le témoignage de sa famille  par des militaires et des policiers déguisés en militaires portant des chèches pour couvrir leurs visages. L'un des policiers du commissariat de Hadjout fut reconnu par un membre de la famille lorsque son chèche tomba, lui découvrant le visage. Les policiers défoncèrent la porte et la fenêtre pour entrer. Ils tuèrent le chien et tirèrent des rafales sur la voiture de Zoubir. A disparu depuis cette date malgré les multiples recherches entreprises par sa famille. Durant la même nuit, six autres citoyens furent arrêtés et ont également disparu.

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • N'a jamais pu être localisé par sa famille

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte auprès du procureur de la République
  • Lettres à l'ONDH et au médiateur de la République

Observations :

Témoignage de la famille   : (sour)

« Les militaires prenaient durant cette période des citoyens qu'ils tuaient. Mais ils ne s'étaient à ce moment jamais itéressés à nous. Notre frère Zoubir nous écoutait. Nous lui disions toujours de rentrer tôt à la maison pour éviter les problèmes. Il était commerçant.

Ce sont les policiers Rachid et Slimane qui était commissaire qui jurèrent d'avoir la peau de mon frère. Avec d'autres policiers, déguisés en militaires, le visage couvert par un turban (chèche), ils vinrent de nuit à 2 heures. J'ai reconnu l'un d'eux qui était policier au commissariat de Hadjout, son chèche lui tomba, lui découvrant le visage. Ils encerclèrent la maison. Nous avons entendu des cris et du bruit. Ils se sont présentés en appelant mon frère et en lui disant : « Ouvre la porte, c'est la police ».

- Que me voulez-vous. Si vous voulez les clés ou la voiture, je vous les donne. Mais laissez-moi, je vous en supplie ».

- Nous ne voulons ni les clefs ni la voiture, nous te voulons toi, ouvre-nous la porte ».

Les policiers défoncèrent alors la porte et la fenêtre. Ils tuèrent notre chien et tirèrent des rafales sur notre voiture.

Ils prirent notre frère. Ce dernier rassura notre mère en lui disant de ne rien craindre car il était innocent.

Mes frères allèrent le lendemain au commissariat de Hadjout pour s'enquérir de la situation de Zoubir. Ils furent menacés par les policiers de subir le même sort que leur frère s'ils persistaient à revenir au commissariat.

Je suis allée alors avec ma mère au commissariat voir l'un des policiers que j'avais reconnu lors de l'arrestation de mon frère lorsque le turban avec lequel il masquait son visage lui est tombé accidentellement.

Confondu, le policier reconnut qu'il avait reçu des ordres d'arrêter mon frère et qu'il n'a fait qu'exécuter les ordres. Il nous dit alors textuellement : : « S'il n'a rien fait il réapparaîtra, s'il est coupable, que Dieu ait son âme, nous le tuerons ».

Le lendemain, il pleuvait à torrent. Nous sommes allés voir le commissaire Slimane. Ma mère, les larmes aux yeux, lui a alors dit : «  Pourquoi m'avez-vous privé de mon fils Zoubir. C'est le seul qui subvient à nos besoins ? ».

- Celui qui a fait quelque chose doit payer, lui répondit le commissaire Slimane. Nous allons les exterminer comme des mouches. Comme le fly-tox contre les mouches.

Ma mère se mit à pleurer. Le commissaire nia ensuite que ses hommes soient les auteurs de l'enlèvement. Je lui dis alors que j'avais reconnu l'un d'eux. Il me répliqua que c'était faux et que c'est certainement les maquisards islamiques qui l'ont enlevé.

Nous avons couru un peu partout, Nous avons fait le commissariat de Tipaza, la prison de Serkadji, le tribunal militaire de Blida. Sans résultats.

Mon frère était la sixième personne enlevée à la même période. Ils ont tous disparus.

Il y a eu avant et après l'enlèvement de mon frère, d'autres kidnappings par les services de sécurité. Mais on les a rapidement retrouvés tués. Certains ont été enlevés à 2 heures du matin et leurs cadavres ont été retrouvés le lendemain à 10 heures.

Des policiers honnêtes nous ont dit que mon frère était innocent et qu'on lui avait préfabriqué un dossier noir pour l'impliquer. Il aurait alors été transféré à Alger pour le liquider. Il aurait été mis au secret à Serkadji.

Dieu seul sait où se trouve notre frère. »

   
www.algeria-watch.org