Disparitions forcées  
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Nom : Bendoumia

Prénom : Kamel

Date de naissance (ou âge)  : 05 juin 1968

Etat-civil   : Célibataire

Nombre d'enfants :

Profession : Menuisier

Adresse : Soumaâ (Blida).

Date de l'arrestation : 09 août 1994

Heure :

Lieu de l'arrestation : Ecole de police de Soumaâ (Blida).

Agents responsables de l'arrestation : Sécurité militaire

Résumé des faits : Citoyen âgé de 26 ans, menuisier et propriétaire d'un fourgon de type J5 demeurant près de Soumaâ (Blida). Il s'est présenté avec sa mère à l'école de police de Soumaâ (Blida) le mardi 9 août 1994 où venait d'être emmené son frère Ahcène, arrêté quelques heures plus tôt par quatre civils armés à son domicile à bord d'une Mazda bâchée et d'une R4, civils qui s'étaient présentés comme étant des islamistes alors qu'ils étaient des agents de sécurité de l'école de police. Depuis aucune nouvelle. La mère a retrouvé les ravisseurs de son fils. Ils ramenaient régulièrement des prisonniers au tribunal de Blida. Elle les a retrouvés également au centre de la Sécurité militaire plus connu sous le nom de Haouch Chnou (CTRI de Blida).

Lieu (x) où la personne disparue a été localisée éventuellement :

  • Ecole de police de Soumaâ.

Démarches entreprises par la famille :

  • Plainte pour enlèvement.
  • Lettres à l'ONDH et au médiateur de la République.

Observations :

Témoignage de la famille   : (mère)

Je m'appelle Bentebal Aïcha. Mon fils s'appelle Bendoumia Kamel. Il est menuisier et propriétaire d'un fourgon de type J5. Nous habitions à Hallouiya, près de Soumaa (Blida). C'était le mardi 9 août 1994. Des gens en civils, au nombre de 4, sont venus le voir, l'ont appelé comme s'ils le connaissaient. Ils n'étaient pas masqués. Ils se sont présentés comme étant des « terroristes ». Ils étaient à bord d'une Mazda bâchée et d'une R4. Ils ont pénétré un de leurs véhicules jusque dans la cour. Ils m'ont dit de leur donner notre fourgon. Je leur ai répondu qu'ils avaient leurs véhicules. L'un d'eux me répondit : « Nous avons commis un attentat et notre voiture a été repérée » . Dès qu'il a entendu cela, mon fils a pris la fuite. Ces hommes qui se présentaient comme des « terroristes » étaient en réalité des policiers et des agents de la Sécurité militaire. Je les ai rencontré par la suite, à plusieurs reprises au tribunal où ils ramenaient des prisonniers. Ce jour-là ils se sont présentés comme étant des « terroristes ». Ils voulaient donc lui prendre le véhicule. Son frère Ahcène, qui était à la maison est alors venu me dire : « les « terroristes » réclament notre fourgon ». Je lui ai dis alors : « S'ils réclament le fourgon, ce ne sont donc pas des « terroristes » mais des policiers ».

Ils ont décidé alors d'emmener mon fils Ahcène, à la place de son frère Kamel et le fourgon. Je me suis accroché à mon fils en leur disant que je ne le quitterai pas même s'il fallait mourir. Ils nous ont alors embarqués en direction de l'Ecole de police de Soumaa. Une fois bien assurée qu'ils s'agissait de policiers, ils me dirent de ramener Kamel pour pouvoir récupérer Ahcène. Je revins à la maison à la recherche de Kamel qui était rentré après s'être caché dans les environs. Je lui ai dit que c'étaient des policiers qui s'étaient fait passer pour des « terroristes ». Il m'a dit alors : « Pourquoi se sont-ils présentés autrement, je n'aurais pas fui s'ils s'étaient présentés en policiers ». Nous sommes allés immédiatement à l'école de police pour retrouver Ahcène. Il était 15 heures. Nous avons trouvé notre véhicule complètement cabossé. Ahcène fut libéré et Kamel a été introduit à l'Ecole de police. Les policiers me dirent qu'ils allaient l'interroger puis le libérer. Cela dure depuis plus de quatre années. Je suis depuis ce jour-là, sans nouvelles. Mon fils gagnait son pain dignement. Il était menuisier et employait près de vingt personnes. Il n'a rien à voir avec ces événements.

Je passe depuis tout mon temps à courir dans tous les sens pour le retrouver. Je suis allée aux tribunaux, à la 1 ere région militaire, partout.

Les hommes en civils qui ont enlevé mon fils à l'Ecole de police, j'ai fini par les retrouver. Ils sortent d'une caserne de la sécurité militaire de Blida près de Joinville. J'ai accosté un jour l'un d'eux pour lui dire : « Qu'est devenu mon fils que vous avez enlevé ? », il me répondit dans un premier temps qu'il n'avait rien à voir avec l'enlèvement de mon fils. Puis devant mon insistance il me répondit cyniquement : «  Moi j'enlève là et je dépose là-bas, je ne sais pas ce qu'ils deviennent ». Je l'ai supplié de me dire où se trouvait mon fils. Il partit avec ses collègues sans me répondre.

Je pense que Kamel a été enlevé en représailles à son jeune frère Abderrazak âgé de 16 ans qui a pris la fuite et qui a été tué par la suite en 1994 dans une maison isolée. Il ne travaillait pas. Il était constamment à la mosquée. Au moment de la mort de Abderrazak, Kamal était à son premier mois de disparition. Abderrazak avait pris ses responsabilités et il est mort. Kamal n'a rien à voir avec tout ça.

 

   
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