RABAH BENLATRECHE
PRESIDENT DE L’A.F.D.F. CONSTANTINE
MEMBRE FONDATEUR DU COMITE DE
COORDINATION NATIONALE
DES FAMILLES DES DISPARUS
Cité Daksi Bt 6 Bis N°123.Constantine
Mobile: 072 80 83 72 / email : rabah394@yahoo.fr

A
MONSIEUR PRESIDENT
DE LA C.N.C.P.P.D.H.
ALGER

Monsieur Le Président,

Parlez clairement S V P. Vous nous rendez malade par vos déclarations inconsidérées et contradictoires. Je n’exagère pas ; beaucoup de familles que je rencontre chaque mercredi se plaignent d’être devenus sujet au diabète a la dépression artérielle et au stresse par suite de vos déclarations (Bien sur il est difficile d’établir la relation directe de ces états pathologiques).

Je dois vous rappeler que j’ai eu le plaisir de vous rencontrer à trois reprises en 2001 et 2002.
Je vous ai remis à l’époque un document qui établit pleinement la responsabilité des services de sécurité dans les enlèvements et les exécutions extrajudiciaires des personnes enlevées.
Vous avez admis que la responsabilité de l’état est bien établit du fait de la responsabilité des services de sécurité.

Par ailleurs j’ai pris connaissance de toutes vos déclarations parues dans nos quotidiens nationaux, particuliérement celle parue au journal arabophone El-Khabar du jeudi 22.04.04 par laquelle vous affirmez qu’il n’y a aucun survivant parmis les disparus qui sont de l’ordre de 7250 personnes.

Je suis très perplexe quant au sens qu’il faut accorder à cette affirmation. Si je m’en tiens à la qualité de vos fonctions de président de commission ad hoc, j’en déduit que vous avez exprimé une vérité avec cependant quelques ambiguïtés ; C’est à dire que vous êtes en possession de preuves qui établissent le décès de ces victimes dans le quel cas vous êtes dans l’obligation d’informer les familles du décès des leurs et du lieu ou ils sont enterres.
L’ambiguïté c’est de ne pas avoir préciser la nature de ces disparus est- ce que les 7250 victimes sont l’œuvre des services de sécurité ou bien de ce qui est appelé terroriste, Dans tous les cas ce n’est malheureusement pas le nombre exact, c’est le nombre des plaintes qui vous sont parvenus ; Ce qui n’exprime pas le nombre des victimes réelles.

S’agissant des victimes enlevées par des terroristes ou par des groupes d’oppositions armées, malheureusement votre affirmation ne peut être que vraie (je ne peux imaginer que des groupes terroristes qui sont traqués et pourchassés par les forces de sécurité tous corps confondu puisse s’encombrer de prisonniers) S’agissant des victimes enlevées par les services de sécurité votre affirmation est très grave ; elle peut être comprise par nous familles des disparus forcés comme un appel à liquidation de tout témoin (victime acteur).
Nous savons qu’il y a, ou qu’il y avait des vivants dans les prisons de : Constantine-
Annaba- Mila- Tazoult batna. Des informations parvenues discrètement à quelques familles l’attestent.

C’est pour quoi, je me crois fondé à ne pas accorder beaucoup d’importance à toutes vos déclarations rapportées par la presse et qui sont contradictoires, les unes aux autres ; tantôt vous affirmez que vous n’étés q’un organe de proposition et de consultation, tantôt vous vous créditez d’un pouvoir d’investigation.

Je pense que la démarche qui transparaît à travers vos déclarations a un relent politique visant à mettre dans la même dimension du malheur des familles victime du terrorisme et celle des familles de disparus victime des services de sécurité, (ce qui est au font très juste pour ce qui est du malheur qui les affectent) L’objectif politique qui me semble transparaître est celui de nous amener à souscrire les uns et les autres au processus de la réconciliation national.

Pour ce qui nous concerne, nous famille de disparus forces victimes des services de sécurité en dépit de l’ampleur du drame qui nous affecte. Nous souscrivons pleinement a la réconciliation, car elle est inévitable et irréversible a la condition qu’elle soit bâtie sur son véritable socle, celui de la vérité et la justice c’est le seul préalable a mes yeux qui peut réaliser le soulagement des cœurs et l’apaisement des consciences ce qui n’exclus pas l’autre aspect rechercher celui de la réconciliation politique.

Car en fait qui se réconcilie avec qui ?

ü Est- ce que une partie de la population qui a pris les armes contre une autre partie ?
ü Est- ce que les Kabyles se sont révoltées contre les Arabes ?
ü Est- ce que le Nord s’est soulevées contre le sud ?
ü Est-ce que l’est c’est dressé contre l’Ouest ou le centre ?

Il n’y a rien de tous cela. C’est le peuple qui a rejeté un 11 décembre 1991, le pouvoir militaire sous un travesti civil.

C’est une partie de l’opposition qui a pris les armes contre ce même pouvoir. Donc c’est le pouvoir qui doit se réconcilier et avec le peuple et avec l’opposition armée et non armée.
Pour quoi veut-on encor nous opposer entre victime du terrorisme et victime des services de sécurité ? Nous sommes tous victime d’un pouvoir militaire bâti sur un système mafieux.

Qui a crée les centres d’internements du sud, qui a poussé aux maquis, qui a crée les milices qui a crée les patriotes, qui a crée les G.L.D, qui les a armés ?

Pour quoi le djoundi est mort, pour quoi le gendarme est mort, pour quoi le policier est mort pour quoi le moudjahid est mort, pour quoi le terroriste est mort, pour quoi les uns et les autres sont devenu assassins et tortionnaires.
Dans qu’elle catégorie situer la famille du président Boudiaf, victime de qui ?
La famille du regretter Kasdi Merbeh victime de qui ? La famille du défunt Hachani, victime de qui ?
Pour quoi tant d’intellectuels sont morts, pour quoi tant d’intellectuels sont exilés, pour quoi ? Pour quoi ? Pour quoi ?

L’état est responsable mais pas coupable dite vous. Qu’elle belle trouvaille, je ne peu épiloguer là dessus, mes capacités intellectuelles limitées ne me permettent de ne retenir du concept état que la notion de morale.

Pour ce qui m’intéresse je ne veux retenir que la notion de responsabilité des personnes physiques incarnant l’état. Dans quel cadre ont-il agit est-ce en conformité de la charte et conventions de l’état, aux respects des chartes et conventions internationales ratifiées par l’état, ou bien en violation de ces préceptes ?
Vous avez également déclarez « le PREMIER DISPARU ETAIT L’ETAT DE 1992 A1998 » Je vous concède cette vérité en ajoutant seulement cette question :

QUI EST RESPONSABLE DE CETTE DISPARITION ET QUE REPRESENTE LES ACTEURS QUI SE SONT ARROGER LES FONCTIONS DE L’ETAT DURANT CETTE PERIODE ?

Vous avez également affirmez que des agents de service de sécurité se sont rendu coupable de dépassement sur des citoyens civils en violation des ordres de leurs chefs.

Excusez-moi maître je me retiens devant cette assertion, la meilleure réponse, maître est celle de la vérité, de la raison. Croyez-vous sincèrement que les cadavres qui s’exposés délibérément dans les quartiers populaires de Constantine particulièrement et ceux des autres villes soient l’œuvres des agents de sécurité subalternes qui auraient contre-venu aux ordres de leurs chefs.

Dans ce cas pourquoi le procureur du tribunal militaire, le général de la 5em région militaire que j’avais saisi par lettre recommandée avec accuse de réception pour l’enlèvement de mon fils en évoquant le cas des cadavres dans les quartiers de Constantine, n’ont pas réagit par l’ouverture d’une enquête ou par mon implication pour dénonciation calomnieuse portant atteinte à corps constitué.

Pourquoi ne pas avoir répondu au document que je vous ai remis ! N’y avait-il pas matière.

Maître vous êtes bien placé pour appréhender les malheurs de notre société de par la fonction que vous avez choisie et de par la mission qui vous est confié.
Notre malheur est immense, notre drame est incommensurable pour ne pas le travestir par de fausses assertions menant aux solutions trompeuses.

Faut-il pour régler le problème de nos disparus en faire d’autres victimes en actionnant la justice contre ceux qui étaient sensés SERVIR « L’ETAT »
Le fait de rejeter la responsabilité sur des éléments subalternes des services de sécurité et tous leurs auxiliaires : c’est à mon humble avis commettre un autre dépassement plus grave, ce lui de vouloir diluer la responsabilité, de détourner le cours de l’histoire et d’épargné les vrais coupables.

Maître vous avez fait un judicieux et courageux constat je vous en félicite, je vous approuve et vous apporte tout l’appuie des familles des disparus forcés pour avoir

RECONNU LA DISPARITION DE L’ETAT DE 1992 A1998.MAIS ALORS LES COUPABLES, LES VRAIS COUPABLES AU PLUS HAUT DEGRE SONT A CHERCHER DANS LA SPHERE DE CEUX QUI ONT FAIT DISPARAITRE L’ETAT EN ELABORANT LA STRATEGIE DE LA TERREUR ET DE LA VIOLENCE.

Maître si réellement on veut régler définitivement le douloureux problème des disparus c’est d’être a l’écoute des familles victimes d’abord, d’appréhender ensuite la question dans toute son implication, car il ne s’agit pas seulement de problème d’indemnisation de famille de victimes des services de sécurité ou de terroriste.

Il est du devoir de chacun de nous de connaître la vérité de notre tragédie, il y va de notre réhabilitation en tant que victime, en tant que société, en tant qu’état que seule une commission d’enquête pour la vérité et la justice peut accomplir pour notre moral , notre honneur et pour notre salut en tant que société, en tant que peuple libre.

Je vous prie d’agréer, maître, l’expression de ma haute considération.


Constantine le 28 05.04

R.BENLATRECHE.

 

 
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