Guerre de communiqués entre les associations des familles des disparus

L’ANFD accuse l’ODVTN d’être la «porte-parole» de Ksentini

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 5 septembre 2004

La réaction ne s’est pas fait attendre. En effet, au lendemain du communiqué rendu public par l’Organisation pour la défense des victimes de la tragédie nationale, l’ANFD (l’Association nationale des familles des disparus) a accusé cette association d’être le porte-voix du premier responsable de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), M. Ksentini. Dans son communiqué, rendu public hier, l’ANFD affirme qu’il s’agit là «d’individus, connus de tous», qui sont déjà pris en charge par la Commission nationale et qu’ils ne sont pas à leur «première tentative pour aider Ksentini à enterrer ce dossier». Pour l’ANFD, «il semble bien que Ksentini préfère s’exprimer à travers ce groupe après la levée de boucliers contre ses déclarations». L’ANFD a tenu à rappeler que la prise en charge sociale des familles des disparus, «enlevés par des services de sécurité», est d’abord «la sienne» mais que, en aucun cas, cette revendication «ne peut se faire contre la renonciation à notre droit de connaître la vérité sur le sort de nos enfants». Considérant, sûrement, le montant fixé par l’Organisation de défense des familles de la tragédie nationale comme énorme, l’ANFD fait savoir que cette organisation est libre de «fixer le montant de leur renoncement à la vérité» mais qu’en aucun cas, cette dernière ne peut «faire pression sur les familles à travers des positions matérielles acquises».Rappelons que dans son communiqué rendu public samedi dernier, l’Organisation pour la défense des victimes de la tragédie nationale a affirmé son refus catégorique de l’internationalisation de la question des disparus et de «l’ingérence étrangère». Elle a également assuré que «la majorité des familles des disparus est d’accord pour le dédommagement et a signé» le document proposé par la commission Ksentini après avoir «souffert du besoin et de la pauvreté». Sur cette base, estime l’organisation, «aucune partie ne peut s’ériger en tutelle et chaque famille est libre de faire individuellement ses choix». Les membres de cette organisation ont considéré que l’annonce d’une éventuelle «existence de centres de détenus» n’est que pure propagande. L’organisation a enfin proposé des solutions «finales et radicales» au président de la République. Elles se résument dans l’octroi d’un dédommagement d’un milliard de centimes à la famille du disparu célibataire et la même somme pour la famille du disparu marié à laquelle s’ajoute une pension mensuelle de 20 000 dinars. Elle a formulé d’autres propositions : délivrance d’une attestation de «victime de la tragédie nationale» aux familles, réglant ainsi leur situation administrative, création d’un ministère ou d’un secrétariat d’Etat spécial pour ce dossier, prise en charge psychologique, insertion sociale et arrêt des poursuites des services de sécurité contre ces familles. Des propositions qui sont à l’opposé de celles de l’ANFD, qui a tenu encore une fois à rappeler qu’elle est plus que jamais déterminée à poursuivre le combat qui se résume à refuser les indemnisations jusqu’à l’éclatement de toute la vérité sur les disparus.

H. Y.

 

 
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