KSENTINI A REMIS, JEUDI, A BOUTEFLIKA SON RAPPORT SUR LES DISPARUS

«Amnistie, vérité, réparation»

Le Quotidien d'Oran, 2 avril 2005

6.146 personnes c’est le chiffre définitif du nombre de disparus par le fait des services de sécurité (tous corps confondus) auquel est arrivé Me Farouk Ksentini avant de clore son rapport qu’il a remis, jeudi dernier, au président de la République.

Il n’y a aucun survivant parmi ces disparus. «Ils sont tous morts, je suis absolument catégorique», nous a-t-il confié, hier, au téléphone. Préférant réserver la «primeur au président de la République», le président de la CNCPPDH a accepté de nous livrer les «grandes lignes» du rapport du mécanisme ad hoc chargé de la question des disparus (installé en septembre 2003) en laissant le soin au premier magistrat de décider de «rendre public ou non», son contenu. Tout en se défendant d’être à la tête d’une commission d’enquête, Me Ksentini affirme que tous les cas de disparus qui lui ont été soumis sont «le fait des agents de l’Etat». Il propose que l’Etat dise «toute la vérité» aux familles des disparus «d’une manière officielle et définitive» pour «clore ce douloureux dossier».

L’essentiel étant, pour lui de «réhabiliter la mémoire des disparus». «Il n’est plus question, dit-il, qu’ils soient assimilés à des terroristes ou à la périphérie du terrorisme». Pour Ksentini, «la responsabilité de l’Etat sur le plan civil est parfaitement établie, puisqu’il n’a pas assuré la sécurité de ses citoyens», d’où l’idée de «réparation» qu’il convient, selon lui, de «proposer aux familles sans, toutefois, leur imposer», ajoute-t-il.

A cette occasion, Ksentini a réitéré sa position à savoir que «l’Etat est responsable mais pas coupable». Ce sont des «agents de l’Etat et non pas les institutions qui sont responsables des disparitions», affirme-t-il. «A charge pour les autorités d’identifier les responsables de ces disparitions», ce qui lui semble, d’ailleurs, «difficile à établir» étant donné que ces «agents ont agi à titre individuel, sans respect de la loi».

En outre, pense-t-il, «les familles peuvent introduire des requêtes auprès de la justice contre les personnes ou les groupes de personnes qu’elles pensent être responsables des disparitions de leurs proches». Que pense-t-il du fait que des dizaines de plaintes déposées, à ce jour, par les familles n’aient jamais abouti à l’ouverture d’une enquête judiciaire? Ksentini estime qu’il est «absolument intolérable que la justice reste impassible» à propos de ce dossier et encourage les familles à «faire pression» sur elle pour «faire aboutir leurs requêtes».

Néanmoins, le président de la CNCPPDH a émis, dans son rapport remis jeudi au président de la République, le souhait que l’amnistie puisse bénéficier également «aux agents de l’Etat» à l’origine des 6.146 disparitions, l’essentiel étant, pour lui, «que cela ne se reproduise plus jamais».

Farouk Ksentini pense que «l’amnistie est la seule solution pour retrouver la paix civile», c’est, également, «une manière de lutter contre le terrorisme en permettant la reddition des terroristes». Craint-il des critiques de la part des ONG internationales, surtout que pendant toute une décennie l’Etat a complètement nié la responsabilité de ses agents dans les disparitions forcées? «C’est une question de souveraineté, répond-t-il, l’Algérie fait ce qu’elle veut pour retrouver sa stabilité».

Mohamed Mehdi

 
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