AFFAIRE ZENDJABIL

L’esbroufe et le brouillard

Djamaledine Benchenouf, Algeria-Watch, 28 septembre 2006

Subitement et comme après un coup de sifflet, à la suite de plusieurs semaines du black out presque total qui a été fait sur l’affaire Zendjabil par la presse algérienne, un scandale sans précédent, plusieurs opérations de la police et de la gendarmerie ont abouti à des saisies estimées d’ «importantes » de kif en provenance du Maroc et à l’arrestation de trafiquants qualifiés de « barons » ainsi que de responsables subalternes des services de sécurité érigés pour la circonstance en « hauts fonctionnaires de l’Etat ». Les informations qui sont distillées sur les prétendus « barons » algériens et sur les lampistes des services de sécurité qu’une certaine presse et certaines officines veulent nous faire passer pour les « cerveaux du trafic », ressemblent plutôt à des canulars et à des grosses couleuvres.
Par d’habiles suggestions, la responsabilité d’un trafic dont les revenus s’élèvent à environ un milliard de dollars par an, semble être circonscrite à ces seuls milieux. Le Maroc, comme de bien entendu, devient dans cette affaire la tête de turc idéale. « Ce pays qui empoisonne nos enfants et dont, contrairement à notre pays, tous les rouages de l’Etat sont impliqués. »

A la lecture des journaux francophones qui se sont donc réveillés subitement pour éclairer notre lanterne, je souhaiterais poser quelques questions. Je n’attends pas de réponse, bien évidemment. Puisque les Algériens les connaissent déjà. Je voudrais juste que mes compatriotes sachent que des dirigeants occidentaux savent si bien tourner leurs regards ailleurs pour ne pas gêner leurs amis, et que dans cette affaire se trouve le nœud gordien de la tragédie algérienne. Sans exagération aucune !

 

Questions :
1/ Que représentent les petites quantités qui ont été saisies par les services de sécurité et dont on nous dit qu’elles sont énormes, alors que les quantités introduites tout le long de la frontière entre l’Algérie et le Maroc, avoisinent une tonne par jour, en moyenne ? Ces opérations ne sont elles pas des « délestages » ordonnés par les chefs de réseaux pour dégonfler la tension et détourner les regards ?

2/ Pourquoi n’est il pas précisé, alors que cela ne fait aucun doute et que même les services secrets européens le savent, que plus de 80% des quantités de kif qui sont introduites en Algérie ne font qu’y transiter et prennent la route de l’Europe et dans une moindre mesure de la Libye, la Tunisie et l’Egypte ? Environ 300 tonnes par an.

3/ Pourquoi la presse algérienne dite indépendante n’a t’elle pas réagi, de façon proportionnelle à l’importance de l’affaire, non pas à l’arrestation d’Ahmed Zendjabil, mais à sa « reddition » dans le cadre de la réconciliation nationale ? Zendjabil n’a t il pas déclaré qu’il a joué un rôle éminent dans le financement du terrorisme, qu’il agissait sous le commandement de hauts responsables de l’Armée algérienne et qu’il assurait même une liaison triangulaire entre les services algériens, marocains et les islamistes du GSPC ? Est il possible, sans consignes strictes qu’un scoop aussi énorme puisse être mis en sourdine ?

4/ Qu’est devenue la déposition en pleine audience du tribunal d’Oran du Wali(Préfet) d’Oran, impliquant le général Kamel Abderahmane et d’autres responsables sécuritaires et même des directeurs de journaux dans le trafic du kif et de la cocaïne ? Ce wali n’a t il pas déclaré, entre autres que tous ces ennuis et son incarcération découlent de cette affaire ? Pourquoi n’a t il pas été poursuivi en diffamation pour des déclarations aussi gravissimes si elles ne sont pas avérées. Pourquoi une action publique n’a t’elle pas été déclenchée ?

5/ Ahmed Zendjabil a t il laissé, comme le laissent entendre certaines sources, un testament pour se prémunir d’un éventuel « suicide » et dans lequel il cite nommément des dizaines de très hauts responsables sécuritaires et autres « grands Commis et Serviteurs de l’Etat » et où il décrit dans le détail le rôle que les généraux lui auraient fait jouer dans le financement des groupes islamistes?

6/ Le black-out organisé de main de maître pour étouffer l’affaire et soustraire les principaux responsables de cette immense forfaiture, comme dans l’affaire Khalifa , a t-il pour but de préserver l’image de l’Etat de peur que l’opinion internationale ne découvre que le pays est dirigé par des voyous de la pire espèce, ou plus grave encore, de faire disparaître les preuves irréfutables que le terrorisme exercé contre les populations civiles était orchestré, financé et armé par des généraux de l’Armée algérienne et que les barons du kif, de la contrebande aux frontières, des importations informelles, des fausses domiciliations et autres trafics ne servaient que de courroies de transmission? En plus de les enrichir, bien sûr.

7/ Considérant l’énormité de cette affaire et le faisceau de présomptions, que la presse dans son ensemble minimise avec un soin particulier, ne serait-il pas souhaitable, pour démentir absolument toutes ces « spéculations saugrenues» dont je fais état ici, de désigner, parallèlement à l’instruction menée par la Justice algérienne, dont le Chef de l’Etat lui même a reconnu qu’elle n’était pas indépendante, une commission d’enquête dûment mandatée, mais composée, cette fois ci, de personnalités honorables, connues pour leur opposition au régime?
Je sais, je sais….. que je rêve !

 
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L'affaire Zendjabil, BRC, etc

Affaire Zendjabil: Le juge d'Instruction demande des instructions…. (D. Benchenouf, 11.09.06)

Kif, pouvoir et trabendo! (D. Benchenouf, 27.05.06)

 
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