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Algérie : Régime maffieuxAdel Soleiman Guémar, 2 octobre 2005 Réelle et imaginaire, contemporaine et ancestrale, l’Algérie me hante. A la manière d’un grand amour. Platonique, il ne cesse d’être la source de tous mes rêves éveillés et de mes attentes impatientes. Charnel, mon plaisir se mue en extase dès que mes yeux plongent dans le bleu de la baie d’Alger parsemée de mouettes et de barques de pêcheurs musiciens ou lorsque mon corps se confond au sable féerique des plages mythiques de Sidi-Fredj, Tipaza ou d’ailleurs. 1200 kilomètres de cotes, plus de 2 millions de km², j’ai le choix d’aller piquer un plongeon dans les eaux immaculées de la méditerranée, faire du ski sur les monts enneigés du Djurdjura ou parcourir le Sahara en compagnie de mes frères Touaregs, ces princes oubliés, pour qui la carte céleste étoilée n’a pas de secrets. L’Algérie, j’en ai eu le coup de foudre un certain 4 septembre 1963 à 21h30 près du « tunnel des facultés » à Alger La Blanche où j’ai poussé mon premier cri à la « clinique Pasteur ». Cri de joie d’être né dans le pays des Kotama et de Saint Augustin. De Massinissa et de Youghorta (Jugurta), rois mythiques des Imazighen (Berbères). Peuple que nul agresseur n’a pu asservir mais que le régime d’Alger maintient en otage par un mélange détonant de démagogie, de religiosité et de répression. A fleur de peau, il faut dire que cet amour m’a fait beaucoup de mal. La déception de ne pouvoir clamer et vivre sa liberté au grand jour oppresse le cœur et se vit telle une agression particulièrement humiliante. Le régime algérien, toujours le même depuis 1962, est en fait une véritable maffia militaro-financière qui a réussi à entretenir des alliances stratégiques avec le gratin mondial des affaires et de la politique. Il va sans dire que cette complicité active a des odeurs de pétrole et de gaz et autres considérations géostratégiques de mauvais aloi. Et c’est ce qui explique son sentiment d’impunité et son mépris prononcé à l’égard de son opinion publique. Le pouvoir n’a cure des conséquences de sa politique dictatoriale, du moment qu’il ne risque pas grand-chose. Hormis quelques organisations de défense des droits de la personne humaine, aucun gouvernement ni institution officielle ne l’a, à ce jour, condamné. Realpolitik oblige ! Face à nos mafiosi, en tenue militaire ou en civil, Augusto Pinochet est un enfant de chœur… Que mes amis Chiliens veuillent bien excuser cette comparaison qui, certes, peut sembler quelque peu indélicate dans la mesure où une victime d’une dictature, quelle qu’elle soit, reste une victime de trop. Entre autres épisodes dramatiques, les quelques 200,000 morts Epée de Damoclès sur la tête, la presse algérienne vit, dans le meilleur des cas, sous contrôle judiciaire. Les syndicats indépendants (5) sont réprimés et les militants pour la défense des droits de la personne humaine vivent le calvaire. Ainsi va l’Algérie, « terre des miracles » (6) version « changement dans la continuité » (7). Le socialisme spécifique de Boumédienne en a fait une république couscoussière tout en produisant une des nomenklatura les plus machiavéliques au monde qui, tout en élargissant sa clientèle au fils des ans, a fini par en faire une sorte de monarchie absolutiste qui ne dit pas encore officiellement son nom. Il faut dire que cette politique ne déplait particulièrement pas aux «maîtres du monde » tant leurs intérêts sont magistralement sauvegardés. Aveuglés par la politique du court terme, ces derniers semblent ignorer que les sentiments de liberté et de justice coulent, depuis la nuit des temps, dans les veines des algériennes et des algériens (8). Aussi longtemps que durera la nuit de l’oppression et de son allié naturel, le néocolonialisme, le jour finira bien par se lever. Cependant, il y a effectivement beaucoup de mauvais élèves qui n’ont pas retenu les leçons de l’histoire. Il est clair qu’aucune réconciliation nationale ne peut être effective avant que le peuple algérien ne sache ce qui s’est réellement passé durant ces dernières années. Par ailleurs, imposer une chape de plomb sur le détournement de la rente pétrolière et les commissions liés aux marchés de l’armement, par exemple, butin estimé à plusieurs milliards de dollars, est l’autre face de la médaille de cette prétendue réconciliation nationale, plat du jour copieusement décoré de puissants soporifiques, servi à une population traumatisée, honteusement manipulée par la logique de la « sécurité du pire », dernière formule alchimiste du pouvoir, utilisée sans modération. Régénérée depuis le 11 septembre 2001 (9), la maffia militaro- financière reste plus que jamais au cœur de l’Etat algérien. De quelle réconciliation nationale parle-t-on ? Adel Soleiman Guémar Notes : (1): depuis janvier 1992. |
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www.algeria-watch.org
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