Une fiction arabe

par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 24 novembre 2007

Les Etats arabes pouvaient-ils ne pas répondre à la convocation américaine d'aller à la Conférence «de paix» - les guillemets s'imposent plus que jamais - convoquée par la Maison-Blanche ? Tout simplement inimaginable. Il n'y avait donc pas besoin d'une réunion de la Ligue arabe pour trancher sur cette question, la cause était d'emblée entendue. Les responsables arabes paraissent au fond si peu convaincus du sérieux d'Annapolis qu'ils ont besoin de maquiller leur présence, contrainte du sceau formel du «consensus arabe».

Car sur le fond, il n'y a rien à attendre réellement d'une conférence de paix qui évacue les fondamentaux de la question - l'occupation, les colonies, le droit au retour, le statut d'Al-Qods - pour ne devenir qu'une circonstance où les dirigeants arabes rencontrent «normalement» les dirigeants israéliens. On aura beau faire des dénégations, la rencontre n'abordant aucune des questions essentielles, les Palestiniens et les Israéliens ne parvenant même pas à élaborer un communiqué, elle se limite bien à ce qu'elle est: une «normalisation» à très bon compte pour Israël.

On comprend dès lors que le ministre saoudien des Affaires étrangères invoque le «consensus arabe» pour justifier sa présence à Annapolis. Il lui était difficile d'oublier que le plan de paix arabe, entériné par les chefs d'Etat arabes sur initiative de celui qui allait devenir le Roi Abdallah d'Arabie Saoudite, préconisait une normalisation complète contre un retour aux frontières de juin 1967. Que va-t-on faire à Annapolis ? L'exact contraire, on normalise sans contrepartie, sans conditions, sans prendre en compte le fait que les Israéliens ne veulent pas que le plan de paix arabe serve de référence.

Le «consensus arabe» se résume tristement et banalement à l'incapacité des Etats arabes à dire «non» ou à contrarier les Américains. Le très vaporeux «consensus arabe», c'est la feuille de vigne derrière laquelle on tente de cacher une hideuse nudité. Même la Syrie se révèle incapable de dire non et se rabat sur l'exigence, très minimaliste, que la conférence d'Annapolis inscrive la question du Golan à l'ordre du jour. On finira peut-être par la lui faire, cette faveur cosmétique, ce qui ne veut pas dire qu'on sera plus sérieux sur cette question que sur les autres.

La plupart des Etats arabes font de la «modération» leur credo, par opposition à ceux qui pensent que seule la résistance sous toutes ses formes est la seule option pour les peuples de la région. Cette modération aurait pu avoir un sens si leur démarche politique et diplomatique n'était pas celle d'une funeste démission devant les exigences américaines et israéliennes. Comment peuvent-ils ne pas réagir quand la «sécurité d'Israël» est érigée en principe sacro-saint, alors que les seuls dont la sécurité est continuellement menacée, ce sont les Palestiniens et les Etats arabes ? Quel sens donner à une modération qui n'ose opposer un constat aussi évident à «l'ami» américain ? Qu'il ne s'agit pas de modération mais de renoncement - certains diraient capitulation - et de miroir aux alouettes. Et que cela conforte la suspicion légitime des opinions que la réunion d'Annapolis ne sert qu'à donner le change, à produire l'illusion d'un traitement réel du dossier palestinien à un moment où les armadas civilisées se préparent à frapper l'Iran. Le consensus arabe n'existe pas. Ce n'est qu'une fiction, une très malheureuse fiction.

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
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