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SYNDICAT DES JOURNALISTES ALGERIENS Le procès de la presse El Watan, 29 juin 2004 Après les intimidations, les tracasseries judiciaires, les incarcérations et les pressions fiscales, le pouvoir, qui fait preuve de beaucoup d’«imagination» à chaque fois qu'il s'agit d'étouffer la presse, a opté cette fois-ci pour une opération de «parasitage interne» de la corporation. En effet, dans les tumultes de la campagne électorale pour la dernière présidentielle, un nouveau syndicat dénommé Syndicat des journalistes algériens (SJA) sort du néant. Quelques jours après la tenue de ses assises auxquelles, faut-il le souligner, ont pris part de nombreux ministres et des représentants de la Présidence, ce syndicat a déclaré la guerre aux journalistes et aux éditeurs de la presse privée. Le SJA se targue d’ores et déjà d'avoir rallié, sinon toute la corporation, du moins sa grande partie ! Il se présente comme le seul syndicat légitime des journalistes. Ennemis à abattre : les patrons de la presse privée. Objectif assigné à ce syndicat : prémunir les journalistes contre «les agissements maffieux et les pressions des éditeurs». Pour ce faire, le SJA propose la mise en place d'une «convention collective» et d'une «commission de la défense de la liberté d'expression». L'initiative serait louable si derrière une telle démarche ne se cachent pas des «fossoyeurs» de la liberté de la presse. Au moment où deux journalistes croupissent en prison, le SJA a organisé hier un «rassemblement» à la maison de la presse Tahar Djaout pour… faire «le procès» de la presse privée ! Il s'agit beaucoup plus pour ce syndicat de contrer la dynamique de mobilisation née à la suite de l'emprisonnement de Ghoul et Benchicou. Lors de ce «sit-in» qui n'a d'ailleurs drainé pas plus de vingt journalistes, le secrétaire général de ce syndicat, Abdelnour Boukhamkham, s'est lancé dans une longue diatribe contre les éditeurs et les anciens syndicats de journalistes. Les patrons de presse ne sont, à ses yeux, que «des rentiers, des négriers et des pharaons» qui «se nourrissent de la sueur des journalistes». Selon l'orateur, «ces éditeurs ont bâti des empires financiers sur le dos des journalistes». Il a même fait appel aux chiffres pour étayer ses dires. «Les journalistes perçoivent moins de 0,5% du chiffre d'affaires global des entreprises de presse» a-t-il affirmé. Il ne s'arrête pas à ce stade. «Les éditeurs exercent des pressions féroces sur les journalistes, ce qui a poussé 13 d'entre eux à claquer la porte des rédactions», «Les responsables des publications privées inventent les scandales de l'été pour empêcher les journalistes de revendiquer une meilleure prise en charge socioprofessionnelle», a-t-il affirmé. Pour lui, Hafnaoui Ghoul et Mohamed Benchicou n'ont pas été condamnés pour leurs écrits mais pour des affaires de droit commun ! «Sur 57 cas de journalistes attaqués en justice, 50% d'entre eux sont poursuivis par des élus et 22% par des entreprises et autres institutions financières», a-t-il souligné. Le discours tenu par le responsable du SJA a fait réagir Kamel Amarni, secrétaire général par intérim du Syndicat national des journalistes (SNJ). M. Amarni a traité le SJA d’«instrument de répression», voire d'un «comité de soutien créé par Saïd Bouteflika aux frais du contribuable juste avant la campagne électorale». La mission de ce «pseudo-syndicat» est, selon Amarni, de «parasiter le secteur et de relayer le discours officiel dans sa démarche globale aux fins d'en finir avec la presse.» «Boudjemaâ Hichour avait sommé ces gens-là, et on le savait, de multiplier les sorties de ce genre pour enfoncer le cas des deux journalistes emprisonnés», a-t-il ajouté. Par A. Benchabane
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