Al Jazeera: l'intronisation de l'Algérien Saouag, alibi à la "qatarisation"?

Saïd Ouali, Maghreb Emergent, 02 Novembre 2011

La nomination de l’Algérien Moustafa Saouag à la tête de la chaîne d’information Al Jazeera ne semble pas contredire la «qatarisation» en marche de l’empire médiatique dont cette télévision n’est qu’un démembrement; selon une source informée, cet ancien journaliste de MBC est connu pour être un personnage « très conciliant ». Cette «qatarisation» était prévisible depuis que le 20 septembre 2011, un Qatari, Ahmed Ben Jassem Al Thani, a remplacé le Palestinien Wadah Khanfar au poste de Directeur général du conglomérat.


L’empire Al Jazeera a fêté ses quinze ans, le 1er novembre 2011, en organisant de grandes festivités mais aussi en poursuivant le renouvellement de son staff de direction. Le poste de directeur de la chaîne d’information a pour nouveau titulaire un Algérien, Moustafa Saouag. Ce natif de Dellys diplômé en littérature comparée, sera secondé dans sa tâche par un Egyptien, Ibrahim Helal, désigné au poste de « directeur de l’information », que lui-même occupait avant sa promotion.

Ce changement fait suite à la nomination, le 20 setembre 2011, au poste de Directeur général du réseau de 25 médias que constitue Al Jazeera de Cheikh Ahmed Ben Jassem Al Thani, un technocrate qatari du secteur pétrolier, en remplacement du Palestinien Waddah Khanfar. Celui-ci avait démissionné en invoquant des « raisons personnelles » mais son départ avait suivi de peu la publication par Wikileaks de dépêches évoquant une promesse qu’il aurait faite à des diplomates américains de tempérer le « ton anti-américain » d’Al Jazeera.

Beaucoup de nouvelles nominations intervenues ces dernières semaines au sein d’Al Jazeera, fait remarquer une source informée, vont dans le sens de la « qatarisation », dont un autre signe a été la désignation, le 20 septembre 2011 également, d’un autre Qatari, Abdalah Issa Al Ghanem, en tant que directeur-adjoint d’Al Jazeera Live. « Ce conglomérat est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce à des compétences non qataries ! Ce paradoxe ne peut pas être solutionné dans l’immédiat mais un contrôle plus accru de sa ligne éditoriale est, en revanche, possible ! », affirme cette source. Selon elle, la désignation de Moustafa Saouag à la tête de la chaîne d’information ne contredit pas cette orientation, celui-ci étant connu pour être un « personnage très conciliant ».

La qatarisation d’Al Jazeera, ajoute la source de Maghreb Emergent, vise à « mieux contrôler sa ligne éditoriale ». Un des réajustements attendus de cette reprise en main pourrait être, au niveau arabe, une plus forte préférence pour l’Autorité palestinienne au lieu des faveurs habituellement accordés au Hamas et qui « ne peuvent s’expliquer par le grand nombre de journalistes palestiniens d’obédience islamiste au sein de l’équipe ».

Cette qatarisation, observe notre source, pourrait exprimer la volonté de l’émirat de faire refléter un tant soit peu à l’encadrement d’Al Jazeera ce que le Qatar estime être un accroissement sensible de son importance régionale, notamment depuis sa participation à la campagne de l’OTAN en Libye, un tournant belliqueux en rupture avec les missions de « bons offices » auxquelles se restreignait son action dans la région.

 
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