AZZEDINE MIHOUBI

«Il faut réviser le Code de l’information»

L'Expression, 21 Mai 2009

«On doit écarter les parasites de la profession»

Le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Communication, insiste sur le renforcement de la production nationale et l’amélioration de la qualité des prestations.

«L’ouverture du champ audiovisuel en Algérie est au centre des débats dans la société. Mais cette question ne doit pas se faire d’une manière anarchique ou urgente.» C’est ce qu’a déclaré, hier, le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la Communication, Azzedine Mihoubi. S’exprimant lors de l’émission Tahaoulat de la Radio nationale, l’intervenant a souligné que ce dossier doit faire l’objet de discussions approfondies en garantissant toutes les conditions nécessaires à cet effet. «Le lancement de toute nouvelle chaîne doit être conditionné par la continuité de son existence», a encore affirmé M.Mihoubi et d’ajouter que «nous avons besoin aujourd’hui de développer les chaînes existantes».
Abordant le chapitre de la révision du Code de l’information, l’invité de l’émission radiophonique considère que cette question, qui a été clairement soulignée dans le programme du Président de la République, est aujourd’hui une nécessité. «La majorité des entreprises audiovisuelles est toujours régie par les anciens textes qui datent des année 1990. Ces dispositions juridiques doivent être actualisées et harmonisées pour être au diapason avec les mutations actuelles. Nous nous employons actuellement à trouver une formule qui permettra d’associer toutes les parties concernées pour assurer une meilleure prise en charge de la profession», soutient M.Mihoubi.
Selon le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la Communication, ce dossier s’inscrit dans une optique du futur qui protègerait l’exercice journalistique dans le cadre du respect de l’éthique de la profession. Cela permettra, dit-il, un assainissement dans les rangs des journalistes pour écarter tout «parasite» qui nuit à la profession. «Le journaliste doit traiter l’ensemble des questions qui intéressent la société selon les règles de professionnalisme dans le cadre du respect de la déontologie», a-t-il insisté. Il évoque, dans ce contexte, la mise en place de mécanismes d’aide aux journalistes notamment l’organisation de session de formation continue. S’agissant de la réorganisation des médias (presse écrite et audiovisuelle, Anep, publicité, etc.), M.Mihoubi n’a pas manqué de rappeler le développement réalisé dans le secteur, citant la multitude de journaux en exemple. Pour les entreprises audiovisuelles du secteur public, il dira qu’elles ont besoin aujourd’hui d’adapter leurs textes aux changements en cours. Concernant la Télévision algérienne, Azzedine Mihoubi a beaucoup insisté sur le renforcement de la production nationale et l’amélioration de la qualité des prestations en accordant la priorité aux producteurs nationaux. Pour ce qui est de l’Entreprise de radiodiffusion, le processus de numérisation est une nécessité pour opérer le passage du système analogique au tout numérique avec la contribution de toutes les parties concernées. «Ce n’est plus un choix, mais un impératif», lance-t-il. Il indiquera que les industriels nationaux doivent présenter leurs projets pour la fourniture de matériels et d’unités de réception des programmes numériques, ajoutant que des opérateurs étrangers ont proposé leurs services dans le cadre du lancement de la TNT.
Pour ce qui est de l’augmentation des salaires des journalistes de la Radio nationale, il précise que chaque entreprise a le droit de décider d’une augmentation selon ses capacités financières.

Naïma HAMIDACHE


DÉPÉNALISATION DU DÉLIT DE PRESSE

Le projet de loi à l’APN en juin

L'Expression, 21 Mai 2009

Le journaliste n’ira plus en prison pour ses écrits. Après près d’une année de concertation, au niveau du gouvernement et du bureau de l’Assemblée populaire nationale, un consensus a été trouvé au sujet d’une proposition de loi du Mouvement de la société pour la paix, MSP. Rappelons que son groupe parlementaire à l’APN a introduit en 2008 deux amendements au Code pénal dans le but d’annuler les articles relatifs aux restrictions imposées aux imams (87 bis 10) et à la pénalisation du délit de presse (144 bis). L’article 87 bis 10 stipule que «quiconque prêche ou tente de prêcher dans une mosquée ou autre lieu public de prière sans être nommé, agréé ou autorisé à cette fin par l’autorité habilitée, est puni d’emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 10.000 à 100.000 DA». L’article 144 bis prévoit des peines de «deux à douze mois de prison et des amendes variant de 50.000 à 250.000 dinars contre toute atteinte au président de la République en termes contenant l’injure, l’insulte ou la diffamation, soit par l’écrit, le dessin ou par voie de déclaration, et ce, quel que soit le moyen utilisé: diffusion sonore, image, support électronique, informatique ou autre». Le bureau de l’APN a, dans un premier temps, rejeté cette proposition pour vice de «forme» Mais ce parti n’a pas cédé. Il introduira quelque temps après une deuxième mouture qui, après avoir eu l’aval du bureau de l’APN, fut renvoyée au gouvernement, comme stipulé par la loi organique. Le chef du groupe parlementaire du MSP, Ahmed Issaâd a, dans une déclaration à L’Expression, révélé que le gouvernement «n’a pas transmis sa réponse à ce jour», ce qui est synonyme d’appui au projet, selon la législation. D’ailleurs, nous avons appris dans les coulisses de l’APN que le projet de loi en question passera au mois de juin: «Le bureau de l’APN a distribué aux députés une copie de ce projet.» Ce document, précise notre source, propose la suppression pure et simple de l’article 144 bis ayant trait au délit de presse. Par ailleurs, les tractations ont fini par amener le MSP à revoir sa position concernant l’emprisonnement de l’Imam. «Nous avons dans un premier temps proposé de supprimer cet article. Mais certains partis politiques nous ont qualifiés de défenseurs des terroristes. Nous étions contraints de revoir notre proposition», précise Issaâd. En d’autres termes, la peine de prison est maintenue pour les imams qui utilisent les mosquées à des fins politiques. Des précisions ont été ajoutées à l’article 87 bis 10 pour «éviter le recours abusif à l’emprisonnement des imams», soutient-il. Il est important de préciser que les deux articles en question (87 bis 10 et 144 bis) ont été introduits au Code pénal en 2001 par Ahmed Ouyahia, alors ministre de la Justice. Le Rassemblement national démocratique s’est opposé farouchement à la démarche du MSP, accuse son allié de la coalition gouvernementale de vouloir rééditer les conditions, à l’origine du malheur dans lequel est plongé le pays. Mais la démarche du parti de Bouguerra Soltani a fini par aboutir grâce au soutien de tous les partis siégeant à la chambre basse.

Achira MAMMERI

 
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