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3 mai Une presse en questionnementsLes Débats, 4-10 mai 2005 Il est de tradition, à chaque Journée internationale de la liberté de la presse, de faire le bilan des “exactions” des pouvoirs publics contre les journaux dits “indépendants”. Le jeu de l’autosatisfaction peut indéfiniment continuer, cela ne changera en rien la perception assez négative qu’ont les lecteurs et les citoyens en général de la presse privée algérienne. La seule “satisfaction” qui peut être revendiquée est que cette presse soit “mieux” que les médias publics qui se contentent de ronronner le son de cloche officiel. C’est très relatif. Encore que, dans certains domaines, les deux secteurs soient parfaitement semblables. Néanmoins, doit-on se laisser berner par cette comparaison improductive, qui ne sert en rien la profession ? N’est-il pas temps d’organiser une espèce “d’états généraux” de la presse écrite pour dresser son bilan réel depuis son avènement en 1990 et pour décider des mesures nécessaires afin de la remettre sur les rails du “devoir d’information” (le vrai, pas le slogan !)? “La presse la plus libre du monde arabe.” Cette phrase, pleine d’hypocrisie, est souvent prononcée pour distinguer la presse algérienne de ses homologues dans les pays arabes. Franchement pas de quoi s’enorgueillir. L’avant-dernier de la classe peut-il tirer la moindre satisfaction d’être “meilleur” que le dernier ? En réalité, les chantres de la distribution des “bons points” se gardent bien de dire franchement et ouvertement ce qu’ils pensent réellement de la presse algérienne. En “off”, ils sont plutôt critiques, beaucoup plus critiques des dépassements verbaux aux conséquences incalculables de cette “jeune” presse qui ne veut (ou ne peut) pas atteindre sa maturité. La liberté d’expression signifie tout d’abord le droit du citoyen à une information juste, crédible, diversifiée et sourcée. Les opinions des journalistes importent peu dans les articles d’information. Le lecteur a d’abord besoin d’une information qui lui soit livrée indépendamment des commentaires (qui doivent avoir une place distincte) pour se faire une idée personnelle sur le sujet traité et construire sa propre opinion. L’avis du journaliste peut, bien évidemment, lui servir d’appoint, de guide, mais en aucun cas jouer le rôle d’une œillère qui oriente exclusivement vers une direction donnée. Dans tous les manuels journalistiques, il est clairement précisé que l’information doit être séparée du commentaire. C’est pourtant loin d’être le cas. En fait, la liste des reproches est interminable. L’on se contentera de quelques uns, en espérant qu’un jour, l’on discutera à cœur ouvert pour effacer cette page peu glorieuse. Durant la décennie de crise que nous avons vécue, l’information sécuritaire a été le talon d’Achille de la presse. C’est précisément dans ce domaine où elle excellé dans l’atteinte à la déontologie journalistique. Se cachant sous la casquette de la “source généralement bien informée”, des tas de mensonges ont été écrits. Le tristement célèbre et sanguinaire “émir” du GIA, Antar Zouabri, a été tué plusieurs fois par les services de sécurité. Pour les besoins du sensationnel, on lui a même inventé une sœur (Nacéra Zouabri) qui, écrivait-on, avait pour mission de subtiliser aux victimes des massacres leurs bijoux. Le reportage d’une (vraie) journaliste a démontré la supercherie. Nacéra Zouabri n’a pourtant jamais existé ! Publié sur Internet (c’était la seule manière de placer l’information), le reportage est, malheureusement, passé presqu’inaperçu. Autre reproche. La presse n’a pas été capable d’informer correctement, même au sujet de l’assassinat d’un confrère. Le cas de Tahar Djaout, assassiné le 26 mai 1993, illustre bien l’incapacité de l’”indépendante” d’aller au-delà de ce qui est distillé par les sources sécuritaires. A quelques exceptions près : celle de Mesmar Djeha (sic !) notamment, les écrits de presse ont quasiment tous abondé dans le sens officiel de la version de l’assassinat de Djaout qui reste, à ce jour, non encore élucidé. En février 2001, l’affaire Omar Chikhi contient, elle aussi, la même marque de fabrique. Pour éviter un débat sur le livre La Sale guerre, ou plutôt pour l’escamoter, certains titres sont passés maîtres ès “guerre psychologique” en publiant un entretien réalisé en 1999, par trois journalistes, de différents journaux privés, qui se rencontrés par hasard (où ?) pour aller interviewer un ex-membre fondateur du GIA, repenti, qui avoue des assassinats de journalistes. Une véritable diversion pour détourner les regards du livre de Habib Souaïdia. Il ne faut pas s’étonner que, quelques années plus tard, certains journalistes avoueront avoir, par patriotisme et par militantisme, accepté d’écrire sur la base de “dossiers ficelés” qui leur ont été remis. Le patriotisme de la presse américaine ne l’a pas empêché de dénoncer la guerre en Irak et de mettre à nu la pratique de la torture dans la prison d’Abou Ghraïb. Plus récent encore : le traitement médiatique des événements de Kabylie a démontré à ceux qui ne voulaient pas admettre la triste réalité la partialité d’une certaine presse algérienne. Avec le rétablissement fort considérable de la situation sécuritaire, cette presse a pu quand même relancer sa machine infernale à fabriquer des mensonges. Non pas qu’il fallait éviter de dénoncer l’assassinat du jeune Massinissa et des autres jeunes fauchés par les balles des gendarmes, mais la presse se devait d’être lucide et ne pas jeter l’huile sur le feu, en rapportant les faits tels qu’ils se sont déroulés. Même la photographie n’a pas échappé à la manipulation et aux mises en scène lors de ces événements. Pourtant, cette même presse a été quasi muette lorsqu’un autre jeune, Hamza Ouali, a été assassiné en 1998 devant une dizaine de témoins au moins. Mais comme son assassin n’est pas un gendarme, le silence était de mise. Les arouch n’auraient-ils pas dû exister dès cette époque pour exiger le jugement de l’assassin ? Ou bien les calculs politiques sont-ils plus forts que la recherche de la vérité ? Plus soft par rapport aux questions sécuritaires, l’affaire Khalifa et celle dite Al-Shorafa, sont également des exemples à mettre sur le registre de l’irrespect de la déontologie journalistique. Lorsqu’il était évident, dès 1998, pour des gens sensés, que la constitution de l’empire Khalifa était loin de correspondre à l’explication simpliste qui était avancée à cette époque pour justifier cette fortune, une bonne partie de la presse a préféré se taire car elle y voyait la naissance du futur “homme fort” de la sphère économique, qui avait des soutiens dans les hautes sphères de l’Etat et de l’administration. Durant son court parcours, elle a dressé à Moumen Khalifa toutes sortes de tapis rouges de façon qu’aucune critique ni interrogation “malsaine” ne soit évoquée dans ses colonnes. Quant à l’affaire Al-Shorafa, elle devrait être citée comme référence dans les manuels de journalisme en matière d’irrespect total de la déontologie. Si nous nous devons exprimer notre réprobation des peines d’emprisonnement prononcées contre les journalistes concernés par ce dossier, il reste que leur comportement dans cette affaire doit être fermement dénoncé. On n’accuse pas, sans preuve, un homme d’avoir usé de son influence pour que le marché de la seconde licence de téléphonie soit accordé à un opérateur “arabe”. En tout cas, les preuves qu’on nous promettait n’ont pas été livrées à la justice. Ce qui n’a pas empêché, entre-temps, que soient engrangés les placards publicitaires de “l’Arabe” en question par cette même presse qui a remué ciel et terre pour dénoncer l’opération d’octroi de la deuxième licence de GSM (au fait, où sont passés les spécialistes qui remplissaient des pages entières pour nous expliquer que ça allait “naturellement” foirer ?). Et dans tout ce brouhaha médiatique, le très “vénéré” Conseil de l’éthique et de la déontologie, né dans les conditions que l’on sait, sombre dans un sommeil profond. A croire que ses membres ne lisent pas la presse algérienne. Pas même une tentative d’organiser un débat pour discuter de ces méthodes qui n’honorent pas le métier. Abdelkader Djalil |
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www.algeria-watch.org
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