Le ministre de l’intérieur cible de nouveau la presse

Plainte contre El Khabar et El Watan

El Watan, 25 décembre 2003

Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Nouredine Yazid Zerhouni, décide de s’impliquer dans l’affaire opposant le premier responsable de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), M. Ali Tounsi, et son secrétaire général, M. Mahmoud Mohand Amokrane, aux directeurs des quotidiens El Khabar, M. Ali Djerri, et El Watan, M. Omar Belhouchet, ainsi que la journaliste Salima Tlemçani.

Hier, les deux journaux ont été destinataires d’une citation à comparaître devant le tribunal de Sidi M’hamed le 6 janvier prochain.
Cette fois-ci, la plainte n’émane pas uniquement du premier responsable de la DGSN, mais également du premier responsable du ministère de l’Intérieur. Par ce nouvel élément, les responsables des deux journaux ainsi que la journaliste sont poursuivis pour deux affaires ayant trait aux mêmes faits. Ce qui est surprenant, dans cette nouvelle affaire, c’est la célérité avec laquelle ce dossier a été traité. La preuve est que, mardi dernier, le tribunal de Sidi M’hamed a débouté les deux plaignants et s’est prononcé sur l’irrecevabilité de la plainte, et ce, pour violation des règles de procédure et notamment le défaut de paiement de la taxe judiciaire.
Dans ce cas de figure, la plainte est annulée pour vice de forme ; toutefois les plaignants ont le droit de faire appel. Effectivement, le même jour, les avocats des plaignants font appel et le ministère de l’Intérieur intervient et dépose plainte. Celle-ci a été immédiatement acceptée, enrôlée et signifiée et la date de l’audience fixée pour le 6 janvier prochain. Cette démarche a fait réagir l’un des avocats de la défense qui fera remarquer que le citoyen attend plusieurs mois pour voir son affaire enregistrée au niveau du tribunal, mais pour ce qui est de la presse les hauts responsables ne perdent pas leur temps. «Le ministre de l’Intérieur vient en appui au responsable de la DGSN et ce, dans le but de donner un souffle nouveau à l’affaire. M. Zerhouni compte peser de son poids sur les décisions de justice. Ce n’est, ni plus ni moins, l’instrumentalisation de la justice et l’intimidation des journalistes», affirment les avocats de la défense qui s’interrogent par là-même «pourquoi le ministère de l’Intérieur, qui est censé être occupé par la préparation de l’élection présidentielle, intervient-il dans une affaire qui n’est pas encore close ? Pourquoi avoir attendu neuf mois pour s’impliquer ? Si le ministère public est de la partie ce sera la condamnation des journalistes», lancent-ils. Notons que la plainte déposée par le premier responsable de la DGSN et son secrétaire général a été motivée par l’article paru dans El Watan du 23 février 2003, jugé «diffamatoire», article repris par le journal arabophone El Khabar. Quel est le contenu de l’article ? Il a fait état des accusations portées par une cinquantaine de cadres de la DGSN contre Ali Tounsi et son secrétaire général. Ces griefs étaient contenus dans une lettre de cinq pages transmise à la Présidence de la République et dans laquelle les protestataires ont énuméré «les dépassements» et «les scandales» dont seraient coupables les deux plaignants. Par la suite, le procès a été reporté à plusieurs reprises. La cause essentielle du report est l'insistance de la défense quant à la présence des deux plaignants pour qu’ils expliquent en quoi ils ont été diffamés. Cette proposition a été rejetée par le tribunal. Cependant, la défense n’a pas baissé les bras, elle a prouvé que les plaignants ont violé les règles de procédure, en énumérant les vices de forme et le tribunal s’est prononcé pour la nullité de l’affaire. Apparemment, ce verdict n’a pas été apprécié par le ministère de l’Intérieur qui décide de s’impliquer.

Par N. A.
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« Une instrumentalisation de la justice»

Les directeurs de publication d'El Khabar, d'El Watan et la journaliste Salima Tlemçani ont reçu hier une citation à comparaître devant le tribunal d'Alger, initiée par le ministre de l'Intérieur. Ils doivent, aux termes de cette plainte qui sera évoquée le 6 janvier prochain, répondre des mêmes faits pour lesquels ils sont actuellement poursuivis par le directeur général de la Sûreté nationale et son secrétaire général devant la même juridiction, suite aux articles, parus les 23 et 24 février 2003 dans les deux publications. Visiblement non content de la décision de relaxe dont viennent tout juste de bénéficier Ali Djerri, Omar Belhouchet et la journaliste, par décision du 23 décembre 2003, le ministre de l'Intérieur s'implique directement dans une procédure à laquelle il est étranger et dans des faits qui ne l'ont pas du tout désigné. Les directeurs de publication visés par cette plainte s'interrogent sur les motivations réelles de cette implication du ministre de l'Intérieur, alors que la procédure initiée par le directeur général de la Sûreté nationale est en cours puisque les délais d'appel restent encore ouverts. Ils s'étonnent également de la célérité conférée par le parquet à cette plainte acceptée, enrôlée et signifiée le même jour, alors que les plaintes des citoyens demeurent bien des semaines pour être soumises au visa du procureur de la République et des mois pour être renvoyées devant le tribunal .Ils prennent à témoin l'opinion publique nationale et internationale quant à ces pratiques illégales qu'illustre encore une fois l'intervention intempestive du ministre de l'Intérieur dans des procédures judiciaires pour en infléchir le cours à travers une instrumentalisation éhontée de la justice .Les immixtions répétées de l'Exécutif dans le fonctionnement de l'appareil judiciaire à l'effet d'en faire un instrument de la répression, notamment à l'encontre de la corporation des journalistes, procèdent d'une volonté délibérée du pouvoir de persister dans une stratégie de harcèlement et d'intimidation de la presse indépendante . Les directeurs de publication d'El Khabar et d'El Watan, nullement intimidés par ces nouvelles atteintes à la liberté d'expression, restent déterminés à poursuivre leur mission d'informer le citoyen conformément à la Constitution.

El Khabar et El Watan

 

   
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