Célébration de la journée internationale de la presse

Journaliste : un métier otage de la précarité

Par : Hafida Ameyar, Liberté, 3 mai 2010

Les clivages politiques qui caractérisent la corporation font qu’elle n’a jamais été en mesure de se doter d’une représentation syndicale pour défendre son statut professionnel et ses intérêts matériels.

À la veille de la Journée internationale de la presse, la corporation des journalistes algériens a perdu deux de ses meilleurs éléments. Mohamed Issami, de son vrai nom Mohamed Rouabhi, a en effet été retrouvé mort le 19 avril dernier, dans sa chambre à l’hôtel El-Manar de Sidi-Fredj. Ce spécialiste des questions sécuritaires, auteur d’un livre sur le fondamentalisme religieux, Au cœur de l’enfer, s’en est allé à l’âge de 61 ans, sans achever l’œuvre qu’il a commencée sur le terrorisme. À peine six jours passés, qu’une autre mauvaise nouvelle est annoncée : notre consœur Baya Gacemi,
59 ans, est décédée à Paris, suite à une maladie respiratoire. Cette journaliste au parcours remarquable est également auteure de Moi, Nadia, femme d’un émir du GIA, un ouvrage traduit en plusieurs langues. Mais la liste nécrologique est encore longue. Outre la centaine de journalistes assassinés par les groupes intégristes, pour avoir défié les “lois” de l’intolérance, bon nombre de confrères et de consœurs ont quitté ce monde brutalement des suites d’arrêt cardiaque ou de maladies chroniques. Ils étaient, pour la plupart, victimes des conditions de vie et de travail déplorables et/ou du harcèlement suscité par leur métier. Comme en octobre dernier, un mois marqué d’ailleurs par la disparition terrible du journaliste Chawki Madani, à l’âge de 53 ans, le décès de Mohamed Issami et de Baya Gacemi nous interpelle, une fois encore, sur l’exercice de notre métier devenu, par la force des choses, une profession à haut risque, voire un vivier de maladies. Enfermés continuellement dans un monde fait de stress, de salaires infamants, calculés loin de la courbe ascendante des bilans des employeurs, d’heures de travail déstabilisantes, d’abus et de pressions multiples, la plupart de ces journalistes nous ont quittés dans un silence assourdissant, comme une dernière action de dénonciation d’un métier que l’on qualifie d’ingrat. Un rapport réalisé, en 2009, par la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), en partenariat avec le groupe arabe pour le Monitoring des médias (AWGMM), fait part du “phénomène de la pauvreté et la misère sociale” vécues par les journalistes algériens. Il relève notamment un “grand écart” entre les salaires des éditeurs de journaux et ceux des journalistes, en justifiant en partie cela par “la perception de la liberté (qu’ont) les éditeurs et leur intérêt pour les revenus générés de la publicité”. La situation des journalistes correspondants est encore plus dramatique. Une étude réalisée, cette année, par l’université d’Alger, révèle que plus de 85% des journalistes correspondants sont payés moins de 150 $ par mois. Pire, plus de 75% d’entre eux ne sont pas affiliés à la Sécurité sociale et ne bénéficient donc pas d'une assurance maladie, si l’on en croit Boujemaa Redouane, universitaire et rédacteur du rapport Monitoring des médias. Mais, il ne faut pas se voiler la face : la situation est connue de tous, des pouvoirs publics aux organes d’information, en passant par les journalistes eux-mêmes. La preuve, l’an dernier, une jeune consœur de La Tribune des lecteurs a même été licenciée et menacée de poursuites judiciaires, par son employeur, pour avoir témoigné dans les colonnes d’un quotidien sur les conditions socioprofessionnelles. Que dire aussi de ces journalistes sans logement ou de ceux installés “provisoirement” dans des hôtels sécuritaires, pendant la décennie rouge, dont le sort est suspendu ? Les uns comme les autres ne vont pas sortir indemnes de ces sentiers douloureux.
Comme on le voit, plusieurs raisons ont contribué à fragiliser le journaliste, censé être un faiseur d’opinion et un éclaireur, principalement l’absence de loi nationale régissant la profession, dans cette phase de transition, celle d’un organe de déontologie, l’inexistence de syndicats représentatifs, pour se pencher sur les droits matériels et moraux du professionnel de l’information.


Journée mondiale de la presse

Journalisme en Algérie : une profession à réinventer

Par : Arab Chih

Vingt ans après sa naissance, la presse privée dite indépendante est à la croisée des chemins. Prise en étau par les impératifs de son développement et les salves de critiques, émanant le plus souvent de cercles proches du pouvoir, elle fait face à une situation des plus périlleuses de sa jeune existence.
Vingt ans, c’est l’âge des bilans. Aussi, les gens des médias se doivent de faire un état des lieux sans concession de leur profession pour pouvoir pallier les difficultés, internes et externes, qui grèvent son essor. Autrement dit, la presse algérienne est appelée à faire des révisions déchirantes pour pouvoir faire face à l’adversité et sauvegarder ce qui reste des quelques acquis hérités de l’ouverture démocratique post-octobre 88 qui, d’année en année, se rétrécissent comme une peau de chagrin.
Aujourd’hui, même le citoyen lambda fait ce constat quelque peu accablant mais bien réel : la presse algérienne a perdu beaucoup de son impertinence et de son ton critique. Résultats des courses : son statut d’exception dans le paysage médiatique arabe qui faisait la fierté des Algériens en a pris un sale coup. La principale cause de cette descente aux enfers de ce fleuron de la démocratie algérienne ? L’hostilité des pouvoirs successifs. Réfractaire à l’idée de l’existence de contre-pouvoirs forts et d’espaces de libertés échappant à son étouffant contrôle, le système politique algérien a, depuis plus d’une dizaine d’années, multiplié attaques et stratagèmes pour mettre au pas une presse pas trop dérangeante même si, à l’occasion et pour soigner un tant soit peu son image de marque aux yeux de l’opinion internationale, il n’hésitait pas à s’en servir comme alibi démocratique. Une “guerre” judiciaire sans merci est menée depuis une quinzaine d’années, contre les journaux indépendants. Les professionnels de la presse en ont vu de toutes les couleurs : convocations incessantes de journalistes et directeurs devant les tribunaux, emprisonnement de certains d’entre eux, amendes excessives, instauration en 2001 d’un code pénal criminalisant le délit de presse, chantage à l’impression et à la publicité, etc. S’il a diminué, ces dernières années, ses attaques frontales contre la corporation, le régime en place ne s’est pas moins employé à réduire l’influence des journaux indépendants en se donnant une démarche certes moins belliqueuse mais très pernicieuse : l’atomisation d’une corporation par l’autorisation de la création en si peu de temps d’un nombre impressionnant de journaux. La scène médiatique algérienne est riche de près d’une centaine de quotidiens généralistes alors que la France, ayant presque le double de la population algérienne, n’en compte pas une dizaine. Appartenant le plus souvent à des personnes gravitant à la périphérie du régime mais n’ayant aucun lien avec la profession, ces titres sont arrosés de publicité institutionnelle quoiqu’ils ne disposent pas de lectorat. Qu’importe, le régime, très peu regardant sur la dépense, sait récompenser, en monnaie sonnante et trébuchante, laudateurs et vassaux. Et cette profusion de titres est souvent présentée, par le même régime, comme signe probant du respect de la liberté de la presse en Algérie. Par ailleurs, sans verser dans l’auto-flagellation, il faut convenir que les critiques visant la presse algérienne, même dictées par la mauvaise foi, ne sont pas toujours infondées. Passons sur le fait que l’anathème n’est, le plus souvent, jeté que sur les journaux les plus influents, passant sous silence les travers de la presse publique et parapublique qui, parfois, sombre carrément dans le déni de réalité. Se sachant dans le viseur, la presse indépendante doit se “carapacer” davantage en s’armant de professionnalisme, seul et efficace bouclier contre l’arbitraire. Elle doit investir davantage dans la formation des journalistes et faire de la qualité du travail journalistique une exigence permanente. Ceci passe bien sûr par la réhabilitation des critères de compétence et d’intégrité au sein des rédactions mais aussi par la dotation du journaliste d’un statut qui le mettra à l’abri de toutes les représailles, politiques ou autres, mais aussi de la précarité sociale qui sévit au sein de la corporation. Aussi, sa dotation de syndicats forts et crédibles qui défendront ses intérêts moraux et matériels est plus qu’une nécessité. Autre chose : pour être plus crédibles, les professionnels sont tenus de relancer le Conseil de l’éthique et de la déontologie pour sévir contre tout écart vis-à-vis des règles du métier.

Plus globalement, le monopole des pouvoirs publics sur la publicité institutionnelle ne doit plus être de mise. Les dirigeants des entreprises publiques et privées doivent bénéficier de la liberté de choisir les supports qui porteront leurs réclames publicitaires. Au préalable, il y a lieu de mettre en place un organisme qui veillera au respect des normes en matière de publicité. En parallèle, la corporation doit se doter, à l’instar de la presse marocaine, d’un instrument indépendant – un succédané de l’OJD français – à même de mesurer avec exactitude l’impact et la diffusion de chaque journal. Annonceurs et spécialistes auront ainsi entre les mains des données chiffrées et fiables leur permettant d’avoir une idée précise sur qui pèse quoi. Dit autrement, l’éthique commerciale doit l’emporter sur toute autre considération.
En définitive, les professionnels de la presse comme les pouvoirs, chacun à son niveau, sont aujourd’hui sommés de réinventer les canons réglementant l’exercice d’un métier usant et exigeant.

 


Célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse

Ouyahia encense les journaux algériens

Par : Arab Chih

À l’origine pourtant en 2001 du fameux code pénal criminalisant le délit de la presse, Ahmed Ouyahia, Premier ministre et secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), semble avoir aujourd’hui une opinion plus favorable sur la presse algérienne. Pour cause, hier lors d’une rencontre sur la presse organisée par son parti à l’hôtel Essafir (Alger) à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de presse, il a littéralement porté au pinacle les journaux algériens en les comblant de louanges très flatteuses.
“Aujourd’hui, on ne peut ne pas apprécier la grande qualité de nos médias, notamment de la presse écrite publique et privée. Nous sommes fiers des grandes avancées réalisées par notre presse puisque, après 20 ans de la consécration de la pluralité médiatique, l’Algérie compte plus de 320 titres dont 80 quotidiens et 4 200 journalistes”, s’est félicité M. Ouyahia, dans une lettre lue par le porte-parole du RND, Miloud Chorfi.
Il aussi loué le changement connu par la presse algérienne sur les plans de la qualité et de la quantité ainsi que son adaptation à “son environnement national” au point de devenir “l’unique source d’information pour les médias étrangers sur tout ce qui touche à l’Algérie”.
Pour ce qui est du champ audiovisuel, le Premier ministre dit attendre de l’ENTV la création à l’avenir de nouvelles chaÎnes. “Nous espérons réaliser notre objectif qui est d’aller progressivement vers la diversité dans le champ de l’audiovisuel qui est, à nos yeux, inévitable. Cela se fera dans le cadre d’un partenariat entre les secteurs public et privé”, a-t-il indiqué. Profitant de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Ahmed Ouyahia a invité les professionnels des médias “à tirer les leçons du passé”. “Notre peuple veut que sa presse véhicule un discours humanitaire et défende ses constantes et non pas se perde dans des débats inutiles et secondaires”, a-t-il conclu.
Par ailleurs, cette journée a été marquée par, entre autres, les interventions de responsables des deux syndicats de journalistes, le SNJ et la FJA (une nouvelle structure affiliée à l’UGTA). Enfin, les responsables du RND ont primé une quarantaine de journalistes dont cinq directeurs de journaux (El Moudjahid, La tribune, Le Jeune Indépendant, La Dépêche de Kabylie, Echourouk El-Youmi, Saout El-Ahrar, El-Youm et El-Fedjr).

 
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