Aprés la demande du parquet d’alger de suspendre le soir (...)

Menace sur la presse

El Watan, 27 janvier 2005

Le premier responsable du Soir d’Algérie, Fouad Boughanem, a qualifié la demande du procureur près le tribunal d’Alger de suspendre le journal pour six mois de précédent grave et inquiétant.

Il est persuadé que cette mesure ne concerne pas uniquement sa publication, mais c’est une sorte d’avertissement à la presse dans son ensemble, qu’elle soit privée ou publique. Il s’agit d’un second cas dans l’histoire de la presse algérienne où le parquet, dans une affaire courante, requiert une telle peine pour une publication. La première du genre a concerné en 1996 le quotidien La Tribune, qui a été suspendu, pour des motifs similaires, durant six mois. M. Boughanem estime qu’il existe une disproportion et s’interroge sur ce réquisitoire qui n’a aucune base légale. « Le recours à cette mesure portant fermeture d’un journal ne peut avoir lieu que lorsqu’il y a violation des dispositions du code de l’information telles qu’elles sont prévues par l’article 99 », a souligné M. Boughanem, qui explique : « Je suppose que les pouvoirs publics ont voulu à travers cet acte faire passer un message à la corporation de journalistes. Le message est que cette arme peut être utilisée contre les journaux dans le cas où... » L’article jugé diffamatoire remonte à 2001 lorsque deux cadres exerçant à la Banque de développement local (BDL) avaient déposé plainte contre Le Soir d’Algérie. La banque a utilisé son droit de réponse en adressant une mise au point au journal le 27 février de la même année, une semaine après la publication de l’article en question. Non satisfaits, les deux cadres ont décidé de déposer plainte avec constitution de partie civile. L’affaire instruite par la 8e chambre a été renvoyée devant le tribunal. Mardi 25 janvier 2005, la même instance a jugé l’affaire en l’absence du directeur du quotidien et en présence d’un seul cadre de la BDL. Me Bourayou, avocat de la défense, a relevé que la décision du parquet est extrêmement grave et porte atteinte à l’existence même de la presse écrite et aussi à la liberté d’expression. « La décision de suspension est très grave. Cela veut tout simplement dire qu’aujourd’hui aucun journal n’est à l’abri. Je ne conteste pas que l’exercice de la profession doit se faire dans le respect des lois, mais il est inquiétant de constater que pour une simple affaire de diffamation le parquet requiert la suspension d’un journal », a affirmé Me Bourayou. Par ailleurs, l’Union des journalistes arabes a dénoncé les décisions de justice prises à l’égard des journaux et des journalistes. « La condamnation de Ali Djerri et Omar Belhouchet, respectivement directeurs de publication des quotidiens El Khabar et El Watan, ainsi que d’autres journalistes à six mois de prison avec sursis et de lourdes amendes est un fait grave. Cette démarche est à contresens des nouvelles dispositions prises par le président de la République, notamment la réconciliation nationale et son appel à l’ouverture démocratique », a déclaré le responsable de cette organisation appelant le président de la République à user de son pouvoir constitutionnel afin de stopper le feuilleton des jugements et de « la répression qui ne fait que ternir le climat de la presse en Algérie ». Pour sa part, l’Organisation arabe pour la liberté de la presse a dénoncé les pressions que subissent actuellement les journalistes algériens. « Les décisions lourdes prises par la justice à l’encontre des journalistes algériens visent à notre sens la restriction de la liberté de la presse. Nous dénonçons ces pratiques et nous soutenons la presse algérienne dans son combat quotidien », a déclaré le président de cette organisation.

Nabila Amir

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Après les décisions de justice contre quatre journaux

Les éditeurs condamnent les menaces contre la presse

Par Nadia Mellal, Liberté, 27 janvier 2005

Les responsables de Liberté, d’El Khabar et d’El Watan considèrent “inédite” la peine de suspension planant sur leur confrère Le Soir d’Algérie.

La condamnation des directeurs de quatre journaux (Le Soir d’Algérie, Liberté, El Khabar et El Watan) à d’importantes peines de prison et à de fortes amendes et la menace de suspension requise contre Le Soir d’Algérie par le ministère public près le tribunal de Sidi-M’hamed, intervenue lundi, ont été accueillies avec indignation par quatre patrons de presse, en l’occurrence Le Soir d’Algérie, El Watan, El Khabar et Liberté. Qualifiée d’“inédite” par les quatre éditeurs, la peine de suspension planant sur Le Soir d’Algérie suscite, par ailleurs, une “grande inquiétude”.
Pour Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d’Algérie, “c’est étonnant d’autant que le code de l’information ne prévoit pas de suspension de journaux pour diffamation”. Il s’agit, à ses yeux, d’une peine “disproportionnée surtout par rapport à une affaire qui remonte à 2002”. “C’est pour cela que nous nous posons la question de savoir à quoi cela pourrait-il correspondre”, observe-t-il. Que signifie cette menace ? “Nous pouvons émettre deux hypothèses : il s’agit soit d’une erreur du procureur, soit d’une nouvelle menace consistant à dire qu’ils peuvent toujours brandir la suspension contre les journaux”. Abondant dans le même sens, Ali Djerri, directeur de publication d’El Khabar, estime que cette menace de suspension, qui représente, à ses yeux, “un palier supplémentaire dans la coercition contre la presse”, correspond “à la condamnation d’un journal en dehors de la loi mais au nom de la justice”.
S’étonnant de la nature de la condamnation “qui n’existe pas dans le code pénal”, il s’agit en un mot pour Ali Djerri de “la loi de la jungle”. Qualifiant de son côté cette menace de suspension “d’inquiétante”, Omar Belhouchet, directeur de la publication d’El Watan, expliquera à cet égard que “d’habitude la suspension est le fait de l’administration”. Tout en estimant qu’à travers cette menace “il y a une volonté de revenir à la suspension par le biais de la justice”, Omar Belhouchet souhaite que “la magistrate en charge du dossier de la presse n’accède pas à la demande du procureur”. Le directeur de publication de Liberté, Ali Ouafek, n’en est pas moins indigné. Il estime que “le réquisitoire du procureur contre Le Soir d’Algérie relève d’un temps révolu”. Pour lui, “on ne ferme pas un journal pour un problème de diffamation d’autant que cela n’est pas prévu dans la loi”. “Ce précédent, dira-t-il, nous inquiète, et Liberté est solidaire avec Le Soir d’Algérie”.
Évoquant les autres peines prononcées contre les quatre titres de la presse et la fréquence des condamnations contre la corporation, les directeurs de journaux ne cachent pas leurs appréhensions quant aux conséquences qu’elles risquent d’entraîner sur le travail des journalistes. “Cela risque de provoquer l’autocensure chez les journalistes”, dira Omar Belhouchet pour lequel “aucun journaliste ne souhaite que son journal soit pénalisé par de fortes amendes”.
Soulignant la multiplicité des condamnations contre la presse, Fouad Boughanem fera remarquer que “nous ne sommes pas loin de penser que cela participe de la volonté de harceler la presse, de l’empêcher de travailler dans des conditions normales et de l’amener à travailler dans l’urgence”.
Dénonçant ce harcèlement continuel de la presse, Ali Djerri revendique, quant à lui, l’accession aux “sources d’information institutionnelles pour en finir définitivement avec les affaires de diffamation”.

   
www.algeria-watch.org