STATU QUO AU SOIR D’ALGÉRIE ET À ERRAI

Le directeur de Liberté convoqué par la police

El Watan, 27 août 2003

Le directeur de publication du quotidien Liberté a été destinataire hier d’une convocation émanant du service «Atteinte aux personnes» du commissariat central d’Alger.

Les officiers de police qui s’étaient rendus au siège de Liberté n’ont pas expliqué l’objet de cette convocation. «Farid Alilat a été averti aussitôt. Il se présentera aujourd’hui en présence de ses avocats», a expliqué hier le rédacteur en chef, M. Saïd Chekri. «Nous ne nous faisons pas d’illusions sur les suites de cette affaire même si nous n’en savons rien pour le moment», a-t-il ajouté. Y a-t-il eu plainte ? Qui l’aurait déposée ? Autant de questions que la rédaction de Liberté n’a cessé de se poser hier. «Nous sommes convaincus que le harcèlement va continuer quand bien même nous aurions été injustement soumis à une suspension et à une extorsion de fonds que le journal était obligé de solder en payant les dettes d’une société étrangère à la sienne», a-t-il indiqué. Dans un communiqué rendu public à cet effet, Liberté estime que «le recours à la police judiciaire pour chercher l’auteur d’un article de presse publié ne vise qu’à soumettre le journaliste aux pratiques de harcèlement et d’intimidations». Farid Alilat répondra favorablement à la convocation ce matin, à 9h. Des membres de la corporation seront présents sur les lieux. Au tribunal d’El Harrach commencera aujourd’hui le procès en référé intenté par Le Soir d’Algérie à la Société d’impression d’Alger (SIA) suite à une plainte pour violation de contrat déposée quelques jours seulement après la suspension du journal. Au même moment, les comptables du journal s’appliquent à recouvrer les avoirs du quotidien auprès des annonceurs. Selon M. Nacer Belhedjoudja, un montant de 10 millions de dinars a déjà été versé aux imprimeries de l’Est et de l’Ouest. «Reste la SIA, et ça ne saurait tarder», a-til précisé hier, sans fixer de délai pour le retour du quotidien sur les étals. Les avocats du journal ont, quant à eux, adressé une mise en demeure à l’ANEP lui exigeant le payement de ses dettes vis-à-vis du Soir d’Algérie et qui seraient de l’ordre de 40 millions de dinars. «Nous restons mobilisés. Nos journalistes continuent de travailler sur l’édition électronique et d’assurer les couvertures de presse ou de préparer des dossiers», a indiqué M. Nacer Belhedjoudja. «Le Soir d’Algérie a été victime d’une injustice, mais reste respectueux des lois», a-t-il ajouté. «On n’a pas peur d’aller vers la justice pour régler nos affaires. Nous pratiquons du journalisme et on ne cédera pas quand bien même d’autres déjà l’auraient fait. Nous avons un contrat avec nos lecteurs et nous le respecterons», a-t-il dit. Faisant le point sur la mobilisation enregistrée jusqu’ici au sein de la corporation, Nacer Belhedjoudja a tenu à faire remarquer que la presse indépendante, après treize ans d’existence, ne peut plus se mobiliser de manière corporatiste comme en 1998. A Erraï, la situation reste critique. Les dettes de ce quotidien arabophone sont de 130 millions de dinars. «Nous n’avons pas une telle somme. A moins d’une décision politique, nous ne pourrons jamais payer», a indiqué hier le rédacteur en chef, M. Merouane Lounès. Le journal avait déjà été suspendu en juillet dernier pour les mêmes raisons. L’ANEP, de son côté, n’a pas payé un sou des 50 millions de dinars qu’elle doit à Erraï. Ce quotidien fait partie du groupe Erraï El Aâm, présidé par M. Ahmed Benaoun, qui édite aussi Détective, un magazine spécialisé dans les faits divers, et Le Journal de l’Ouest. Ces trois titres sont tirés, respectivement, à 85 000, 40 000 et 6000 exemplaires. Détective doit aux imprimeries quelque 900 000 DA, Le Journal de l’Ouest doit la somme de 4,7 millions de dinars. Tous les trois ont été suspendus depuis le 18 août. «Nous avons demandé qu’on nous fournisse un engagement écrit afin qu’on puisse être publié de nouveau, une fois qu’on aura payé. On n’a pas encore eu de réponse. Après ce qui est arrivé à Liberté, nous avons des raisons de douter», a expliqué le directeur d’Erraï, M. Benaoun.

Par Djamel Amrouche


 
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