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AFFAIRE PRESSE-IMPRIMERIES Les imprimeurs sortent de leur réserve
Le Quotidien d'Oran, 19 août 2003 Tous les titres mis en demeure, jeudi, par les imprimeries publiques n’ont pas paru hier. Pour certains, la situation risque de perdurer tant qu’ils ne se seront pas acquittés de leurs arriérés de paiement. Sera-t-il également le cas pour ceux d’entre eux qui disent qu’ils ont réglé leurs factures ? Peu probable. Les imprimeurs annoncent en effet de leur côté qu’ils n’ont rien reçu jusqu’à hier au soir. Ou du moins, ils n’ont pas tout reçu. Car, selon eux, toutes les dettes ne sont pas apurées. Pourtant, les responsables de Liberté et d’El Khabar ont indiqué, hier, qu’ils ont «payé rubis sur ongle leurs redevances». Pour le directeur du quotidien El Khabar, le plus gros tirage de la presse algérienne, «la décision de non-impression prise par les imprimeries publiques s’appuie sur une ancienne facture, objet d’un litige entre la société El Khabar et l’imprimerie du Centre, SIA, qui attend une décision de justice». Pour le reste, M. Djerri a indiqué hier qu’ «El Khabar honore régulièrement ses factures». Décidé à aller «jusqu’au bout de la logique commerciale évoquée par ses imprimeurs», El Khabar a, selon son premier responsable, «accepté la décision de justice et a payé la facture objet de litige». «Le but pour nous, a ajouté M. Djerri, est de démontrer que la suspension de notre titre et des autres est purement politique». Il a dénoncé, par ailleurs, «le viol des contrats signés par son entreprise avec les imprimeries régionales». Même son de cloche à Liberté qui fait face à une situation «absurde», selon les termes de son directeur de publication. «Nous avons payé la SIA et le directeur s’est engagé dimanche soir à imprimer le journal. Pourtant, Liberté sera absent des kiosques le lundi», a précisé M. Alilat. La même attitude a été adoptée, selon lui, par «les deux imprimeries de l’Est et de l’Ouest». Selon lui, «un chèque a été envoyé à l’imprimerie de l’Est et personne n’a voulu le prendre». Pour l’imprimerie de l’Ouest, il a fait savoir que «le responsable censé réceptionner le chèque a disparu à l’arrivée du représentant du journal». Devant cette situation, le responsable de Liberté a indiqué que l’entreprise a alors décidé de recourir au mode virement. Ces virements, dit-il, ont été effectués hier par Liberté. Mais même en procédant ainsi, M. Alilat a fait savoir qu’il n’est pas «sûr que le journal sera imprimé». Le journal a reçu, par ailleurs, la facture d’un ancien reliquat de Simpral que la direction du journal s’engage à payer. Il s’insurge par ailleurs contre «le traitement partial des imprimeries qui n’ont pas le courage d’assumer une suspension politique». Pour Farid Alilat, «c’est clair, Liberté paye sa ligne éditoriale». Dans un communiqué rendu public hier en fin de journée, la direction de Liberté informe qu’elle s’est «acquittée de la somme de 65.993.405,74 dinars», au titre de sa dette vis-à-vis des quatre imprimeries publiques. Le gros de la somme a été versé à la SIA et à la SIO qui ont ainsi récupéré, selon la direction du quotidien, 50.155.554,64 dinars pour l’une et 10.524.842,76 dinars pour l’autre. «Le prétexte commercial étant épuisé, Liberté s’attend à être imprimé pour le mardi 19 août», ajoute la direction du journal dans son communiqué. L’Expression, selon son rédacteur en chef, «a également honoré ses dettes mais est resté quand même sous le coup de la suspension comme les autres titres. Pourtant, précise encore son rédacteur en chef, «le directeur de la SIA s’est engagé à reprendre le titre de notre journal». Devant l’expérience de ces titres, les autres journaux refusent de payer «de peur de se retrouver dans la même situation». C’est le cas du Soir d’Algérie, qui «refuse catégoriquement de payer sans garantie de parution». «Nous ne versons aucun sou jusqu’à la parution de Liberté», a déclaré Badredine Mana, rédacteur en chef de ce journal. Le Matin accuse, pour sa part, «le président de la République d’avoir actionné les imprimeurs». «Le Matin va certainement payer d’ici demain (aujourd’hui), mais nous le faisons pour précipiter la chute du président Bouteflika», a dit Rachid Mokhtari, rédacteur en chef, en l’absence du premier responsable de la publication. Il a, par ailleurs, insisté sur la réaction de solidarité de la société et de la classe politique suscitée par ces mesures. Une réaction qui signifie, selon lui, que «le problème n’est pas entre le pouvoir et la presse mais, plus grave encore, entre le pouvoir et la société». Nous croyons savoir aussi que le journal Er-Rai a aussi payé ses factures mais sans garantie de se retrouver sur les étals. Les quatre imprimeries publiques ont rendu public, hier soir, un communiqué de presse dans lequel leurs responsables précisent que, jusqu’à hier 18 heures, la situation, telle que présentée avant l’arrêt de parution des sept quotidiens mis en demeure, «ne permet pas une reprise normale de la prestation de service». En un mot, les responsables des imprimeries publiques indiquent clairement que, non seulement aucun quotidien ne s’est acquitté de ses factures, mais qu’également aucun d’entre eux ne paraîtra tant qu’il n’aura pas réglé ses arriérés. Une infirmation qui vient en complète contradiction avec les déclarations des responsables de Liberté, El Khabar et L’Expression, qui affirment «avoir tout payé». Dans leur communiqué, les responsables des imprimeries publiques ajoutent que «les prestations de tirage seront assurées normalement dès l’apurement intégral des dettes des éditeurs concernés envers les sociétés d’impression». Quant aux créances détenues sur le titre Essahafa, appartenant au même groupe que Liberté, ainsi que le Journal de l’Ouest, appartenant au groupe Er Rai El Am, les imprimeurs précisent dans leur communiqué qu’»elles sont considérées globalement redevables au même titre que celles réclamées par les sociétés d’impression». A noter que la convention qui lie les éditeurs et les imprimeries «de manière solidaire» date de 1998, précise le communiqué des imprimeurs. B. Djilali |
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