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Le gouvernement initie un dialogue avec les médias Grandeur et misère du journalisme en AlgérieEl Watan, 2 juillet 2006 Un journaliste en Algérie peut allégrement critiquer, parfois très sévèrement, le président de la République ou se payer la tête d’un ministre alors qu’il n’est même pas déclaré dans son propre journal. Il y a également de jeunes journalistes, souvent par naïveté, qui osent écorcher le DRS, alors même qu’ils perçoivent un salaire sans commune mesure avec leur « courage » et le poids des missions qui leur sont confiées. On peut évidemment multiplier à l’envi ces tares qui collent à ce jour à la presse nationale. Cette fausse grandeur professionnelle cache mal l’insondable précarité sociale dans laquelle évolue le journaliste algérien, propulsé malgré lui au-devant de la scène. Il est, en l’occurrence, au cœur du débat sur la profession. Est-il, en effet, concevable de poser des questions aux allures philosophiques sur la liberté d’expression quand le journaliste censé en jouir boucle difficilement ces fins de mois ? Faut-il jeter à chaque fois la pierre à ces « brebis galeuses » qui tentent de démystifier les impostures et les gabegies des responsables à quelque niveau qu’il soit ? Qu’ont donc fait les autorités pour prémunir le journaliste contre toute forme de manipulation ? Rien ou presque. Dans un pays où les gens des médias n’ont même pas de statut pour sauvegarder leurs intérêts moraux et matriciels, il n’est sans doute pas de bon ton de les accabler sur les dommages collatéraux que pourraient provoquer leurs écrits, parfois difficilement assumés. Tout se passe comme si le pouvoir redécouvre de l’intérêt pour la corporation uniquement quand il a besoin de ses services en fonction de ces projections immédiates. Le journaliste algérien est mal payé, plutôt sous-payé, mal logé ou pas du tout logé. Et plus grave encore pour certains, même pas couverts par la sécurité sociale comme tout travailleur ! Ce constat malheureux, du reste connu de tous, n’a curieusement jamais ému nos honorables ministres de la Communication qui se sont succédé et qui ont tous péché par une inaction qui en dit long sur la virginité de leur ordre de mission qui a toujours consisté en la reconduction… du statu quo. Depuis plus de six années qu’on parle d’amender le code de l’information, de promulguer une loi sur la publicité, une autre sur l’audiovisuel, mais point de concret. Le pouvoir de Bouteflika a été capable de pondre une loi sur l’amnistie des terroristes avec toute la sensibilité du sujet, mais rechigne inexplicablement à encadrer juridiquement une profession dont on a strictement rien à inventer sinon que d’adopter les standards internationaux en la matière. Devant ce constat de carence, certainement voulu, le secteur de la presse est devenu un grand bazar où l’intelligence a cédé la place au commerce. Où la liberté de flatter a pris le dessus sur la liberté de blâmer à contresens de la géniale formule de Beaumarchais. Tel un boomerang, ce tableau de bord peu reluisant, façonné aussi par le pouvoir, lui est revenu au visage. A trop vouloir fabriquer une presse docile et obéissante pour contrer celle qui tente de lui apporter la contradiction, le pouvoir a fini par projeter son image dans la médiocrité. Quand on autorise la création de petits journaux à tour de bras et qu’on les arrose généreusement de la publicité institutionnelle pour tenter d’étouffer maladroitement les voix discordantes des autres, ce n’est sûrement pas un service qu’on rend à la démocratie. C’est dire en définitive que le pouvoir politique en Algérie est coupable d’avoir abandonné le journaliste à son triste sort mais surtout d’avoir imposé un champ médiatique absolument sans relief. Hassan Moali
La liberté de la presse en lambeauxLe brainstorming tenu jeudi sous la houlette d’El Hachemi Djiar, nouveau ministre de la Communication, relance de plus belle le débat sur la liberté de la presse et d’expression. Le secteur de la presse a certes enregistré une avancée plus ou moins considérable sur le plan économique. Mais en matière de liberté de « ton » et d’action, il y a plutôt un recul patent par rapport aux années 1990. Les amendements introduits en 2001 sur le code pénal, pénalisant ainsi les délits de presse, ont porté un coup dur au libre exercice de cette noble profession. En vertu de ce texte de loi, vivement critiqué par la corporation journalistique et les ONG internationales de défense de la liberté de la presse et des droits de l’homme, un journaliste peut faire jusqu’à une année de prison pour diffamation. Il suffit qu’une personne concernée par des faits révélés dans un journal dépose plainte, pour que l’auteur de l’article et son directeur soient incriminés. Le plaignant n’a généralement pas toujours besoin de faire valoir des preuves matérielles devant le tribunal pour obtenir gain de cause. Les termes de la diffamation, entourés d’un flou juridique, sont souvent laissés à la libre interprétation de la partie civile. Ainsi, cette facilité déconcertante avec laquelle sont traitées les affaires liées aux délits de presse a fait que, depuis 2004, sept journalistes ont été emprisonnés pour leurs écrits. Une vingtaine d’autres sont actuellement condamnés à la prison ferme en première instance et risquent de se retrouver dans le cachot si le premier jugement vient à être confirmé en deuxième instance. Cela sans compter, bien entendu, les amendes qui leur ont été infligées. Devant cet arsenal juridique, les journalistes tombent dans l’autocensure, ce qui constitue une sérieuse entorse au droit à l’information. Par excès de zèle ou agissant sur ordre, des policiers, faisant fi de la loi, malmènent des journalistes dans des commissariats, les maintiennent, hors délai, en garde à vue en l’absence d’avocats et sans aucun ordre écrit de la justice. A cet abus de pouvoir s’ajoutent les innombrables entraves administratives dressées devant les journalistes. Si la loi fondamentale garantit, sans équivoque, le droit des citoyens à l’information (donc le devoir des médias de les informer), la réalité du terrain est tout autre. Le journaliste, dépourvu d’une carte nationale de presse délivrée et reconnue par l’Etat, peine à accéder aux sources d’information. Les institutions de l’Etat ne communiquent pas, sinon seulement lorsqu’elles le veulent pour parler de ce qu’elles veulent. Cela rend difficile, pour ne pas dire impossible, le travail d’investigation qui constitue le noyau dur de l’exercice journalistique. Face à ces embûches, les journalistes recourent excessivement aux sources anonymes et tombent parfois victimes de la rumeur insistante. Outre ces entraves institutionnelles et juridiques au libre exercice de la profession, il y a le manque de liberté d’initiative au sein des rédactions. Aujourd’hui, la liberté de la presse est sans doute en lambeaux. Il serait donc judicieux de penser à recoller les morceaux. M. A. O. |
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www.algeria-watch.org
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