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| Irak Florence Aubenas, un rire, une vigilance, une prudence Son regard et ses mots parcourent le monde en crise Par Sorj CHALANDON, Libération, lundi 10 janvier 2005 florence Aubenas est un rire. Un rire soudain, inattendu, surprenant, sidérant même. Un rire par surprise, qui taquine du coude, qui montre du doigt, qui moque comme on aime avec du ciel aux yeux. Florence Aubenas est un silence. Le silence de la femme qui écrit. Penchée sur son clavier, au milieu d'un champ dévasté de livres cornés, de brouillons rayés, de dossiers épars, de crayons rongés, de petits carnets noirs à tranche violette, elle appartient entière aux mots qu'elle nous choisit. Florence Aubenas est un mot. Un mot qu'elle cherche, qu'elle rature, qu'elle redessine, qu'elle polit avec plus de soin qu'aucun mot ne mérite. Florence Aubenas est un regard. Un regard particulier, appliqué, respectueux, digne. «On a deux yeux de trop», avait-elle écrit en revenant de l'enfer rwandais, les gardant grands ouverts pour tout nous raconter. Florence Aubenas est une vigilance. Une vigilance soutenue, harassante, aiguë jusqu'au douloureux. Florence Aubenas est un appétit. De savoir, d'apprendre, de rencontrer, de lire, de comprendre. Elle est assise sur un trottoir de Neuilly lors de la prise d'otage d'une école maternelle, elle marche dans une rue d'Alger, elle pousse la porte d'un immeuble d'Outreau, elle parcourt le Pays basque, elle interroge un gamin au bas de sa cité, elle écoute les femmes, les hommes, les enfants, les peaux, les gestes, les yeux, les griffures dans les murs, les couleurs, les masques de la vie, les tristesses, les bonheurs, les éclats de tout et de rien. Florence Aubenas est une journaliste. Florence Aubenas est une prudence, aussi. Une prudence à jamais, nourrie de questions, de doutes, de sagesse, de trop de mensonges partout trop entendus. Florence Aubenas est une exigence. Florence Aubenas est une colère. Le calcul et l'approximation la laissent insatisfaite. La prétention la rend furieuse. La sottise l'attriste. Les certitudes la dépriment. La trahison la renforce. Florence Aubenas est une discrétion, une délicatesse, une élégance. Florence Aubenas est une pudeur. Une femme trop réservée pour qu'on puisse impunément parler d'elle dès qu'elle a le dos tourné.
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