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A
tous les râleurs qui pestent contre ce qu'est devenu Libération ,
et qui nous demandent quel intérêt on peut encore trouver à le
lire, on a coutume de répondre par quelques noms, au premier rang desquels
figure celui de Florence Aubenas; et l'interlocuteur, alors, ne peut que s'incliner.
Sa signature au bas d'un papier, c'est la garantie qu'on ne va rien y trouver
d'attendu ou de banal, et qu'on ne regrettera pas le voyage. Qu'elle se trouve
en Afghanistan, en Algérie, en banlieue parisienne ou dans la campagne
belge, un souffle épique traverse ses reportages: ce monde usé par
un quadrillage médiatique incessant et blasé, elle le rend au lecteur
comme neuf, ennobli, lavé de ses clichés, aussi bien que le ferait
un grand écrivain de fiction. Elle pratique avec les gens qu'elle rencontre
une forme d'empathie dont elle a le secret, ni mièvre ni condescendante.
Attentive à leur complexité, à leurs ambivalences, à leurs
apparentes contradictions, elle sait les voir sous l'angle où ils sont
surprenants, bouleversants - le mot n'est pas trop fort. Elle ne les prend jamais
au sérieux, et, en même temps, les prend totalement au sérieux;
c'est-à-dire qu'elle trouve toujours le moyen de les faire sortir du rôle
convenu qu'ils se croient obligés de tenir face à la journaliste:
un risque dont elle est très consciente, et qu'elle a analysé dans La
fabrication de l'information , le précieux livre de critique des médias
qu'elle a cosigné avec Miguel Benasayag (La Découverte). |
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www.algeria-watch.org
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