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Le «non merci» de Matignon à Didier Julia
Le gouvernement se passera des services du député pour libérer Florence et Hussein, a annoncé Raffarin.
Par Service politique, Libération, 4 mars 2005
Exit Julia ! Après avoir mis le député au pied du mur mercredi, Jean-Pierre Raffarin a annoncé hier que le gouvernement se passerait de ses services pour entrer en contact avec les ravisseurs de Florence Aubenas et Hussein Hanoun, enlevés en Irak il y a 58 jours. Dans une déclaration solennelle, il a jugé «inacceptable» la revendication de Julia d'agir «de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle». «Ce sont les services officiels français qui sont les seuls habilités à mener les contacts nécessaires. Il n'y a aucune diplomatie parallèle. Aucune officine n'est autorisée à parler sur ce dossier comme sur les autres au nom de la France», a-t-il ajouté. En début de soirée, Didier Julia a réagi en affirmant à l'AFP qu'il n'avait «jamais exigé de travailler seul» et qu'il avait «confirmé [qu'il ne fera] rien en dehors des autorités françaises».
Le député avait engagé un bras de fer avec le gouvernement depuis que Florence Aubenas l'a nommément appelé à l'aide dans une vidéo diffusée mardi. Le lendemain, le gouvernement n'avait voulu exclure «aucune piste», ni rejeter l'aide possible de Julia. Deux éléments ont changé la donne.
Contrôle judiciaire. Tout d'abord, hier matin, par l'intermédiaire d'un communiqué à l'AFP, le député a posé comme condition «absolument nécessaire» à son intervention la «levée du contrôle judiciaire» pesant sur ses collaborateurs Philippe Brett et Philippe Evanno : «Ils connaissent tous mes contacts en Irak et disposent en outre, eux-mêmes, de nombreuses autres relations dans ce pays qui sont absolument indispensables à la médiation sollicitée.» Exigence interprétée comme un «chantage» à Matignon.
Juste après, Julia a rencontré, à l'Assemblée nationale, deux membres de la Direction générale des services extérieurs (DGSE), dont le chef de cabinet de Pierre Brochand, patron de la DGSE. A l'issue de l'audition, qui a duré plus d'une heure et demie, ceux-ci se sont rendus chez Michel Boyon, le directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin, pour rendre leur verdict, sans appel : le député n'a fourni «aucun élément nouveau ou concret» concernant l'identité des ravisseurs, le lieu de la détention de Florence et Hussein Hanoun ou le motif de leur enlèvement. De surcroît, il a réitéré ses demandes de pouvoir travailler en toute liberté avec ses acolytes. Inacceptable pour Jean-Pierre Raffarin qui, à 16 heures, a pris la décision de rompre les ponts avec Julia.
Il en fait l'annonce dès 16 h 30, lors de la réunion d'information à laquelle il a convié les responsables des principales formations politiques. Devant lui, il pose le compte rendu écrit de l'audition de Julia, qu'il résume à ses hôtes : «Julia ne sait rien. Il ne sert à rien. Il cherche seulement à être un intermédiaire.» Le président de l'UDF, François Bayrou, s'étonne : «Dans ces conditions, je ne comprends pas pourquoi tu l'as mis sous les projecteurs hier ?» Le Premier ministre explique que le gouvernement voulait vérifier la fiabilité de Julia avant de l'écarter. Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, et celui de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée, Edouard Balladur, incitent Raffarin à ne pas trop «mettre en avant» Julia. Sous-entendu : attention à ne pas trop l'humilier car il peut faire des dégâts politiques. Le premier secrétaire du PS, François Hollande, insiste sur le vocabulaire : «Depuis deux mois, vous nous demandez de parler de disparition. Dès lors qu'il existe deux cassettes, Florence Aubenas n'est plus disparue mais bel et bien enlevée.»
«Services officiels». Au bout d'une heure, le Premier ministre lève la séance. Dans une déclaration télévisée, il lance pour la première fois un appel solennel «aux ravisseurs» qu'il invite à s'adresser «aux seuls services officiels» pour la «libération rapide» de Florence Aubenas et Hussein Hanoun : «A tous ceux qui, en France comme en Irak, estiment avoir des informations utiles pour la libération des otages, je dis : adressez-vous aux services officiels français, donnez-nous les informations ! Je souhaite que nous puissions, dans l'unité nationale, obtenir cette libération.»
Ce qui n'a pas empêché Didier Julia, hier soir, d'entretenir la polémique : «Ou bien Jean-Pierre Raffarin est en train de faire sortir Florence Aubenas par les services, auquel cas il n'a absolument pas besoin de moi et je suis le premier à m'en féliciter, ou bien il va mettre Florence Aubenas dans une situation extrêmement difficile.»
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