|
|||||
Deux mois d'enquête et d'hypothèsesLa «cassette Julia» relance des pistes mais n'en confirme aucune. Le point sur le dossier. Patrick SABATIER, Libération, 2 mars 2005 La diffusion, près de deux mois après la disparition de Florence et Hussein, de ce qu'il faut bien appeler la «cassette Julia» a pris par surprise tous ceux qui s'efforcent, sur le terrain ou à Paris, de trouver les moyens d'obtenir leur libération. La seule certitude quant au message adressé par les ravisseurs à travers ce document, remis à Bagdad à l'agence Reuters, est qu'il vise à établir un lien avec la captivité de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, en invoquant le nom du député Didier Julia. Dans les premiers jours de la disparition, l'hypothèse d'un lien entre les deux prises d'otages français avait été envisagée. Des articles publiés dans la presse arabe (al Hayat du 9 janvier) ou sur des sites Internet (Quds Press Service du 8 janvier) affirmaient que l'enlèvement était la conséquence d'un apurement de comptes non ou mal réglés dans la libération de Chesnot et Malbrunot. Ou une réaction aux propos publiés en France qualifiant l'Armée islamique en Irak de «terroristes», voire aux critiques émises contre... Didier Julia lors de la précédente affaire. Pas de revendication. Pourtant, ceux qui s'emploient à retrouver Florence et Hussein avaient écarté assez vite le scénario d'un contre-coup de l'affaire Chesnot-Malbrunot, pour avoir vérifié auprès de tous les (nombreux) acteurs et intermédiaires de la première affaire qu'aucun contentieux n'avait été laissé en suspens. Rien dans le «bruit de fond» qui entourait le cas de Florence ne donnait par ailleurs crédit à cette explication. Ces supputations n'étaient qu'une partie des multiples hypothèses qui, en l'absence d'informations certaines et vérifiables, n'ont cessé de se développer quant aux motivations des kidnappeurs. La piste d'une prise d'otages politique, par un groupe islamiste comme l'Armée islamique en Irak ou le groupe Zarqaoui, a elle aussi été rapidement écartée, du fait même de l'absence de toute revendication publique via les canaux habituels que sont les chaînes al-Jezira ou al-Arabyia. Mais aussi en raison de démentis, parvenus par des canaux crédibles, de toute implication de ces groupes dans la disparition de Florence et Hussein. En vie, quelque part. Les informations indirectes et rarement vérifiables qui n'ont cessé depuis deux mois de circuler à Bagdad et de parvenir tant aux autorités françaises qu'à d'autres sources et à Libération, tendaient toutes à confirmer la première d'entre elles : l'assurance donnée le 7 janvier sur la route de Balad, au nord de Bagdad, à un journaliste irakien de l'Agence France-Presse que Florence et Hussein allaient bien. Les deux disparus étaient en vie, détenus quelque part au nord de Bagdad, par un groupe qui n'était pas pressé de négocier. Et qui aurait même fait savoir que la discrétion était une des conditions d'une éventuelle négociation et de la survie des otages. D'où l'hypothèse, faite publiquement par les officiels, Jean-Pierre Raffarin le premier, d'un enlèvement de type crapuleux, par un petit groupe criminel ne disposant pas des moyens de négocier avec un Etat, ou plus intéressé par la revente de leurs détenus à un groupe politique. Cette hypothèse a justifié la stratégie du gouvernement de communiquer le moins possible sur la situation, afin d'en éviter une politisation qui ferait monter les enchères. CD-Rom. Aucune «preuve de vie» (vidéo, message écrit ou autre élément matériel vérifiable) ni aucune information crédible sur la nature du groupe ou ses motivations n'ont été apportées, à la connaissance de Libération, avant le 22 février. Date à laquelle est apparue, sur un CD-Rom obtenu à Bagdad une première vidéo (courte, 40 secondes) de Florence, communiquée à sa famille ainsi qu'à Libération par les autorités le 24. Notre envoyée spéciale y apparaît sur fond de tenture noire, sans aucun sigle, assise, l'air fatiguée et inquiète. S'exprimant en anglais, elle décline son identité, sa date de naissance, sa nationalité et lance un appel à l'aide, précisant être en mauvaise santé, et avoir besoin d'être secourue d'urgence. Aucune indication de la date, ni du lieu, où cette vidéo a été tournée. Le gouvernement avait décidé de ne pas rendre publique cette première «preuve de vie», invoquant une requête des ravisseurs et l'espoir de pouvoir, à partir du contact ayant remis ce document, remonter une filière fiable . La famille et Libération avaient accepté de respecter cette exigence de confidentialité. L'hypothèse syrienne. La «cassette Julia» donne à l'évidence un poids nouveau à l'hypothèse d'un lien entre l'affaire Chesnot-Malbrunot et la détention de Florence et Hussein. Sans qu'il soit pour autant possible d'affirmer quel est ce lien. Parmi les experts qui suivent l'affaire, la coïncidence entre la crise ouverte au Liban par les mises en demeure de la France et des Etats-Unis et l'enlèvement fait naître de nombreuses interrogations sur le rôle que pourrait jouer la Syrie, avec laquelle on sait que Didier Julia a par ailleurs des contacts étroits, qu'il avait sollicités lors de l'affaire Chesnot-Malbrunot. Fidèles de Saddam. Une autre interprétation possible de la soudaine publicité donnée par les ravisseurs à l'affaire, et de la référence à Didier Julia, est qu'il s'agit de l'expression du mécontentement d'anciens fidèles de Saddam Hussein, auxquels Didier Julia et ses réseaux ont été liés (et qui ont d'ailleurs leurs sanctuaires en Syrie), en raison de l'inflexion récente de la politique de la France envers l'Irak. Mais il ne s'agit-là que de supputations, et de déductions logiques. Reste l'espoir que la diffusion de la «cassette Julia» marque le premier pas d'une négociation pour la libération de Florence et Hussein. |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||