Irak: l'appel lancé aux ravisseurs

A Bagdad, Serge July s'est adressé aux kidnappeurs afin qu'ils libèrent les otages. A Paris, le Premier ministre a évoqué un «espoir» et une «accélération des contacts».

Par Patrick SABATIER, Liberation, 14 mars 2005

les propos de Jean-Pierre Raffarin, qui a exprimé hier matin sur Radio J son «espoir» et fait état d'une «accélération des contacts et informations» qui remontent aux autorités sur le sort de Florence Aubenas et Hussein Hanoun ont relancé à Paris les spéculations sur leur libération prochaine. Cette déclaration, relativement optimiste, s'est combinée avec l'annonce de la visite à Bagdad de Serge July, PDG de Libération, et aux rumeurs qui couraient depuis plusieurs jours, d'une libération pendant le week-end, ou aujourd'hui, de Florence «en raison de sa mauvaise santé». Toutefois, rien dans les informations dont nous disposons ne permettait, hier soir, de confirmer que cet espoir se fonde sur des faits tangibles, ou d'envisager avec quelque certitude une résolution rapide cette prise d'otages.

Vidéo. Depuis la diffusion vidéo le 1er mars du second appel de Florence Aubenas, les services français ont certes bénéficié d'un regain d'agitation à Bagdad, sous forme d'informations non vérifiées, d'offres de service de candidats à jouer les intermédiaires, de rumeurs. La reprise de ce «bruit de fond», après une assez longue période de silence (correspondant à la période des élections irakiennes), est une source d'optimisme en elle-même. On peut espérer, explique une source directement impliquée dans l'effort, qu'il apparaisse, dans la masse des informateurs et des offres de contact, un canal de communication avec les ravisseurs, validé par la preuve qu'il est effectivement en rapport direct avec eux. Ce qui n'était pas le cas hier.

Appel lancé. Libération, comme d'autres médias, a été contacté par des sources assurant connaître l'identité des kidnappeurs, le lieu de détention de Florence et de Hussein et les conditions de leur remise en liberté. Mais aucune information crédible, ni document n'ont à ce jour été présentés à l'appui de ces dires. «Ce type de parasitage est un classique des prises d'otages, et s'était déjà produit lors de l'affaire Chesnot-Malbrunot», rappelle un expert de ces situations.

L'appel solennel lancé le 3 mars à la tribune de l'Assemblée nationale par le Premier ministre a signalé la volonté du gouvernement de prendre langue avec les ravisseurs, en même temps que son refus de négocier à travers d'éventuelles filières parallèles, comme celles dont se targue de disposer le député (UMP) Didier Julia. Les autorités espèrent que le message aura été entendu, ce qui devrait pousser les kidnappeurs à prendre contact avec l'ambassade de France, pour faire connaître leurs exigences, ce qui n'est (à notre connaissance) pas le cas. De la même manière, le séjour de Serge July dans la capitale irakienne et ses rencontres avec les médias écrits et audiovisuels irakiens, peuvent aussi inciter ceux qui détiennent Florence et Hussein à se manifester. Mais il ne s'agit là que d'espoirs raisonnés et de déductions, non de faits avérés.

Réconfort. Le voyage de Serge July, envisagé de longue date, lui a permis de réconforter la famille de Hussein Hanoun al-Saadi, en lui montrant l'ampleur de la mobilisation en France pour les deux otages. «J'ai vu toute la famille, son épouse Souha, ses quatre enfants et son beau-père, et ça a été un moment de grande émotion et d'amitié», explique-t-il. «Ils se sont dits très touchés et remercient du fond du coeur tous ceux qui se sont mobilisés.» Serge July a également eu des séances de travail avec les responsables de l'ambassade de France, qui a coorganisé la visite, et a rencontré dimanche des représentants du comité des oulémas, la principale instance religieuse sunnite, qui l'ont assuré «être optimistes» et que cette «visite ne sera pas inutile», ajoutant que le rapt de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun était d'autant plus «une erreur, qui sera corrigée» que «la position de la France en Irak a toujours été honorable».

Dans les appels nombreux qu'il a pu lancer à travers les médias irakiens, Serge July a demandé aux ravisseurs de prendre contact avec les autorités françaises, en espérant qu'ils atteignent aussi Florence et Hussein comme cela avait été le cas pour l'otage italienne Giuliana Sgrena : «Je veux profiter de ma présence à Bagdad pour lancer aux ravisseurs de Florence Aubenas et Hussein Hanoun un appel pour qu'ils engagent immédiatement des négociations avec l'ambassade de France», a-t-il déclaré à plusieurs chaînes de télévisions irakiennes.

   
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