HARCÈLEMENT CONTRE LA PRESSE

La phase des arrestations a commencé

L'Expression, 09 septembre 2003

Plusieurs journalistes et photographes ont été embarqués hier au commissariat central de la capitale.

La journée d’hier a amplement prouvé ce constat amer dans l’évolution des rapports entre les pouvoirs publics et la presse dite privée.
D’abord, au début de la matinée, à 9 heures précisément, le directeur du quotidien Le Matin, Mohamed Benchicou et Ali Dilem caricaturiste au quotidien Liberté ont été arrêtés alors qu’ils se trouvaient à bord de leur véhicule à Alger. Ils ont été conduits par des policiers en civil au commissariat central et devaient être présentés hier ou aujourd’hui au procureur de la République du tribunal de Sidi M’Hamed.
Les deux hommes en détention avaient annoncé avant hier qu’ils ne répondraient plus désormais aux multiples convocations de la police qui leur étaient quotidiennement adressées.
Ensuite, au début de l’après-midi lors de la venue des journalistes devant le commissariat central d’Alger pour s’informer du sort réservé aux deux hommes arrêtés ou tout simplement pour faire leur travail en assurant la couverture de l’événement, les choses ont pris une tournure encore plus grave.
En effet, il a suffi que quelques confrères déploient une banderole sur laquelle était écrit: «Libérer nos journalistes» pour que l’ambiance devienne viciée et vire au vinaigre entre des policiers apparemment chauffés à blanc et des journalistes hyper-nerveux. Des échauffourées ont alors éclaté entre les deux camps qui s’observaient en chiens de faïence de loin jusqu’à cet instant. Dans une mêlée indescriptible en plein boulevard colonel Amirouche, d’autres journalistes ont été interpellés par des policiers en tenue et en civil et embarqués.
Il s’agit du rédacteur en Chef du Matin, Youcef Rezzoug, son épouse, photographe au sein de la même publication, ainsi que des photographes des quotidiens El Watan, Liberté et Info Soir en mission de couverture devant l’édifice de la police.
Le délégué des ârchs de la Cadc, Mustapha Mazouzi et Yacine Téguia, du parti MDS, apparemment de passage par hasard près des lieux, ont également été brutalement arrêtés.
Visiblement, l’épreuve de force entre le pouvoir politique actuel et la presse privée n’est pas prête de prendre fin sans dégâts des deux cotés, ni encore moins sans fracas sur la scène nationale.
Bien au contraire! Le bras de fer entre les deux parties, commencé au milieu du mois dernier, va crescendo au gré des rapports de forces en présence. L’argument de la commercialité est à des années-lumière de ce qui se passe dans la réalité algérienne.
L’accélération des évènements ces dernières heures donne à penser que les mesures d’intimidation de ces journaux et leur harcèlement judiciaire et policier a augmenté d’un cran supplémentaire.
Autrement dit, tous ceux qui cherchaient sur place à comprendre ce qui se passait couraient le risque d’être embarqués manumilitari. Ni l’argument commercial, ni encore moins le principe du droit et de la liberté de presse n’avaient droit de cité sur le lieux.
Pourtant, quatre des six journaux interdits d’impression ont payé et ont pu reparaître.
Néanmoins, leurs problèmes ne semblent pas, au vu de l’évolution de la situation prêts de finir.
Les deux autres quotidiens ne sont pas parvenus à revenir sur les étals des buralistes bien que l’un de ces quotidiens en l’occurrence, L’Expression, a déboursé pas moins de 98% de ce qu’on lui réclamait.
Les cas de Liberté et du Matin sont pathétiques. Ces deux titres ont réuni dans des délais relativement très courts les sommes exigées et ont épongé rapidement jusqu’au dernier sou leurs soi-disant créances.
Cependant, il semble que leurs dettes étaient plus politiques que simplement financières et partant, leur stratégie de payer pour s’exprimer, est à revoir, sinon à réévaluer.
La journée d’hier a laissé entrevoir que leurs adversaires sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur singulière logique qu’ils donnent la bourse ou pas.


Mohamed DERAR

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PRESSE

Pompiers pyromanes

L'Expression, 09 septembre 2003

tout laisse croire que ceux qui tirent les ficelles sont en train de jouer avec le feu

La scène nationale s’est dangereusement emballée, comme un véhicule fou dont le conducteur aurait tout bonnement perdu la direction. Les échanges auxquels on assiste semblent échapper à tout contrôle, et bien malin celui qui dira quelle en sera le dénouement.
En tout cas, tout laisse croire que ceux qui tirent les ficelles sont en train de jouer avec le feu. On suspend les journaux en mettant des centaines de familles au chômage.
On interpelle les journalistes en suspendant au-dessus de leur tête l’épée de Damoclès de l’incarcération.
Tout cela est-il improvisé, fait dans le désordre, ou bien y a t-il un scénario écrit, un metteur en scène, un casting, une distribution des rôles, des acteurs rompus à l’art de camper des rôles, de simuler, de débiter des tirades, de faire des cascades, voire de donner et de recevoir des coups?
Le décor qui est planté devant nous, donne des sueurs froides y compris aux observateurs non concernés directement par les événements. Tout simplement, c’est l’Etat de droit qui semble avoir déserté les lieux.
Et pourtant, ce décor de théâtre antique, avec ses arènes, ses fauves qui montrent leurs crocs, ses gladiateurs qui s’affrontent jusqu’au péril de leur vie, ses spectateurs impitoyables qui pointent le doigt vers le bas en criant: A mort! est un décor de tragédie certes, mais gare! pour les apprentis sorciers qui jouent avec le feu en se revêtant du costume de dramaturge, il pourra rapidement se transformer pour eux en farce!
La politique est l’art du possible et ma foi, à l’impossible nul n’est tenu. Quand elle est mise en oeuvre par des hommes et des convaincus de la noblesse de leur mission, en d’autres termes, quand ils agissent dans l’intérêt général, il n’est point besoin pour eux de recourir à des méthodes répréhensibles pour faire passer leur message. Sinon, quand on les voit s’agiter, ruer dans tous les sens, trafiquer et traficoter pour essayer de faire passer auprès de l’opinion les vessies pour des lanternes, c’est qu’ils ont des choses à se reprocher. Les citoyens dans leurs chaumières ne décodent pas autrement ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux ahuris!
Ceux qui sont en train de tourner ce mauvais film ne sont pas des enfants de choeur, cela on le constate, mais ils n’ont aucun scénario crédible. On les voit courir dans toutes les directions, un seau à la main, pour tenter d’éteindre un feu qu’ils ont eux-mêmes allumé.
Il y a trop d’improvisation, trop de gesticulations. Il n’y a aucune harmonie et aucune coordination dans ce qu’ils font. Pour tout dire, c’est du n’importe quoi, et c’est ça qui les rend pitoyables!
On dit que gouverner c’est prévoir, mais on est au regret de remarquer que ces gens-là font tout de travers et que nous serons peut-être obligé de supporter leur comportement absurde, pendant longtemps encore.


A. BEN ALAM

 

 
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