LA SENATRICE FRANÇAISE ALIMA BOUMEDIENE A PROPOS DES JOURNALISTES EMPRISONNES

"Larbi Belkheir m'a promis..."


Le Soir d'Algérie, 20 décembre 2004

En mission depuis quelques jours en Algérie, la sénatrice française Alima Boumediene a épilogué, hier, une série d'entretiens avec des officiels algériens, le directeur de cabinet de la présidence de la République, Larbi Belkheir, et les ministres de l'Intérieur et de la Communication, respectivement Yazid Zerhouni et Boudjemaâ Haïchour, par une conférence de presse au Centre international de presse (CIP). Elle a affirmé croire avoir réussi à sensibiliser ces derniers au fait qu'on ne peut priver un journaliste de sa liberté pour des délits d'écriture. Larbi Belkheir, a-t-elle soutenu, lui a promis d'agir.
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir) - La sénatrice française, qui dit avoir désapprouvé le fait que le président Chirac et d'autres officiels se soient précipités en Algérie, immédiatement après la réinvestiture du président Bouteflika à la tête de l'Etat algérien, garde l'espoir intégral d'avoir été bien entendue et comprise. Elle est venue certes s'informer de la situation des droits de l'homme et des libertés en Algérie mais aussi pour dire que "même s'il y a des abus, des dérapages, des failles professionnelles, cela ne mérite pas la prison" et que "la justice ne doit pas être au service du politique." Ce discours, elle l'a tenu aux responsables algériens qui lui ont accordé audience. Des responsables à qui elle a fait savoir - elle l'a affirmé - que l'emprisonnement des journalistes et, au-delà, le bâillonnement des libertés en général "égratignent l'image de l'Algérie". Selon la sénatrice, les responsables algériens ne sont pas restés insensibles à ce discours, notamment le directeur de cabinet de la présidence de la République qui, a-t-elle informé, s'est dit préoccupé. "M. Larbi Belkheir m'a dit qu'il passerait lui-même le message pour le président Bouteflika." La sénatrice a avoué avoir "l'espoir qu'il transmettrait réellement le message aux gens capables d'agir." De retour en France, la parlementaire française prolongerait sa mission en Algérie par plusieurs actions. La première étant de remettre un rapport et demander audience au ministre des Affaires étrangères, M. Barnier, pour lui rendre compte de la situation des libertés en Algérie. Elle compte également agir, le moment venu, pour que le Parlement français ne ratifie pas l'accord d'association avec l'Algérie en faisant fi de l'article 2, lequel porte sur la démocratie et les libertés. "Je vais proposer une résolution rappelant le respect de toutes les clauses contenues dans l'accord." Au passage, elle n'a pas raté de mettre en exergue son désaccord profond avec les autorités françaises qui, dans leur relation avec l'Algérie, ont donné la priorité aux raisons économiques au détriment de la dimension humaine. "Je n'accepte pas cette complaisance française." La sénatrice française a tenu à rendre hommage aux journalistes algériens, en saluant leur résistance face au terrorisme. "On ne peut pas sacrifier ces journalistes sur l'autel de la réconciliation nationale. Ce sont ces journalistes qui étaient là au moment où l'Algérie était isolée." Notons que le ministre de la Justice n'a pas accordé audience à la sénatrice.
S. A. I.

 

 
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