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L’Algérie vue par les Américains

De Notre Correspondant A Washington: Redouane Benhamadi, Le Quotidien d'Oran, 11 mai 2004

Aux yeux de l’Amérique, l’Algérie a-t-elle changé depuis les élections présidentielles du 8 avril? «Absolument», nous répond David Goldwyn, ancien secrétaire délégué à l’Energie dans l’administration Clinton, et aujourd’hui, président de «Goldwyn International Strategies», une entreprise de consulting stratégique.

« Suite au bon déroulement des élections présidentielles, l’Algérie a montré qu’elle a retrouvé la stabilité politique nécessaire pour bâtir un partenariat solide avec l’Amérique et pour engager des reformes vitales sur les plans économique et politique». Dans une Amérique qui se trouve à quelques mois seulement d’entamer ses propres élections présidentielles et qui n’en finit pas de compter ses morts en Irak, les élections du 8 avril ont suscité un intérêt bien singulier. «L’Algérie s’ouvre au monde», «Une opportunité en or pour réformer l’économie de la nation et s’assurer de l’enracinement de la démocratie», pouvait-on lire dans les pages éditoriales du Los Angeles Times et du New York Times, au lendemain des élections.

A cela s’ajoute la réaction officielle du gouvernement américain qui, dans un message au Président réélu Abdelaziz Bouteflika, a tenu à exprimer ses félicitations au «peuple algérien pour sa détermination à bâtir un système politique démocratique». Bien que ces félicitations soient coutumières dans la pratique des relations internationales, le caractère quasi immédiat du message de la Maison Blanche -à quelques heures seulement après l’annonce du résultat du scrutin, et alors même que certains candidats de l’opposition dénonçaient des irrégularités dans le déroulement du vote- suggère qu’il s’agissait, peut-être, plus que d’un simple message de courtoisie.

Comment donc expliquer cette rapidité dans la réaction officielle américaine? D’abord, il y a le fait que le scrutin s’est tenu sans entraves majeures et avec la participation d’une majorité de l’opposition. En effet, il semblerait que de ce côté de l’Atlantique, le déroulement paisible des élections a été accueilli avec un air de soulagement presque, comme-ci l’ensemble des observateurs de la scène politique algérienne retenait son souffle de peur qu’une nouvelle turbulence ne vienne, à nouveau, secouer cette importante échéance électorale. Pour de nombreux observateurs, les échéances électorales algériennes ont souvent été synonymes d’incertitude, voire même d’instabilité. Cette perception est enracinée, sans doute, dans l’histoire tumultueuse des récents rendez-vous électoraux en Algérie. Que ce soit l’interruption du processus électoral de 1991, les irrégularités relevées lors des élections législatives de 1997, ou encore le retrait spectaculaire de six des sept candidats à la veille du scrutin présidentielles de 1999, l’Amérique restait sceptique quant à la tenue d’élections crédibles et sérieuses, en Algérie.

Ensuite, il y a le résultat des élections et le bilan économique du vainqueur. Pour M. Goldwyn, «sous Bouteflika, l’Algérie a réalisé des performances économiques admirables» constatant «une nette amélioration de la stabilité politique, un impératif pour les investisseurs américains et étrangers». Mais certains observateurs rappellent que cet embellissement économique est directement lié au prix élevé du pétrole durant ces dernières années, un facteur dont l’origine et la dynamique n’est d’aucune manière attribuable au programme économique du chef de l’Etat. «C’est vrai.

La générosité des marchés pétroliers a facilité les bonnes performances économiques de l’Algérie», répond M. Goldwyn, «mais l’Algérie a réussi également à attirer d’importants investissements étrangers. A mon avis, cela relève plus de l’efficacité d’une politique gouvernementale visant à améliorer le climat d’investissement que des cours élevés du pétrole». Selon un rapport publié par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, en 2003, l’Algérie a compté parmi les trois plus grands pays récipients de l’investissement direct étranger (IDE) en Afrique, et a été classée première parmi les pays du Maghreb. Avec plus d’un milliard de dollars investis ces dernières années, les Etats-Unis représentent les premiers investisseurs étrangers en Algérie -le secteur de l’énergie et des hydrocarbures demeurant toujours une destination de choix des capitaux américains-.

La nouveauté, par contre, réside dans les investissements américains hors hydrocarbures, à l’image du géant de l’automobile Ford, du numéro un mondial de la livraison par courrier: UPS, ou encore du leader mondial dans l’industrie pharmaceutique: Pfizer. Cette diversification, bien qu’amorcée, reste loin de pourvoir à la demande du marché algérien et ne représente qu’une poignée de dollars par rapport au potentiel américain en matière d’investissements à l’étranger.

Bref, c’est le déroulement sans violences, ni interruption des élections ainsi que le choix des Algériens pour la continuité, en la personne d’Abdelaziz Bouteflika, qui a poussé l’Amérique à exprimer son soutien immédiat à l’Algérie, tout en notant ses efforts en matière de réforme économique et de démocratisation du système politique.

Il est clair que les attaques du 11 septembre 2001 avaient déjà amorcé le rapprochement entre les deux pays, notamment en matière de coopération sécuritaire. Au vu de l’expérience et de l’expertise de l’Algérie dans la lutte antiterroriste, il était presque naturel que les événements du 11 septembre 2001 allaient permettre à l’Algérie de se positionner comme un partenaire stratégique et privilégié dans la lutte américaine contre le terrorisme à l’échelle mondiale. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Aux yeux de nombreux observateurs américains, ce rapprochement stratégique est d’autant plus apprécié par Washington du fait qu’en marge de sa lutte effective contre le terrorisme, l’Algérie, en comparaison avec d’autres pays dans la région, a réalisé des progrès importants dans l’établissement d’un Etat de droit et dans la consolidation du processus démocratique.

A ce propos, Daniel Brumberg, professeur de Relations internationales à Georgetown University et auteur de plusieurs articles et ouvrages sur la démocratisation du Monde arabe et musulman, nous dit que: « l’Algérie a réalisé des acquis importants dans le domaine de la liberté de la presse et que la situation des droits de l’Homme s’est sensiblement améliorée». Sur la question des disparus, M. Brumberg reconnaît l’importance de ce dossier rappelant, toutefois, que la résolution d’un tel problème, exige un très long travail de recherche et d’investigations, citant comme exemple le cas de l’Espagne qui vient juste de commencer à traiter la question de ses disparus sous la dictature de Franco.

Mais qu’en est-il alors des propos de certains candidats quant à la manipulation des résultats du scrutin? M. Brumberg estime que: «même si des irrégularités ont eu lieu, ça n’aurait pas changé le résultat final et qu’en général les Algériens ont démontré une préférence claire pour le Président Bouteflika». Néanmoins, M. Brumberg souligne que «beaucoup reste à faire en matière de démocratisation», notamment dans le développement d’une société civile dynamique et dans le renforcement du rôle de l’institution parlementaire qui demeure, à son sens, inefficace comme véhicule de participation pour l’opposition dans la vie politique nationale.

Bref, pour l’Amérique, l’Algérie d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Contacté par Le Quotidien d’Oran, David Mack, diplomate de carrière et ancien sous-secrétaire d’Etat chargé des Affaires du Proche-Orient, et aujourd’hui vice-président du «Middle East Institute», se souvient qu’il y a seulement quelques années «les rapports entre l’Amérique et l’Algérie se limitaient presque exclusivement au domaine des hydrocarbures», la lecture de la situation politique et sécuritaire en Algérie, quant à elle, était officieusement déléguée à une autre puissance régionale, en l’occurrence la France.

 

 
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