Selon un universitaire américain, la solution au problème du terrorisme passe forcément par Alger

par Mohamed Tayeb , Le Jeune Indépendant, 29 avril 2004

Un Américain à Alger, Walter Russel Mead, chargé de recherche et détenteur de la chaîne Henry Kissinger au Council on foreign relations de New York, vient de décréter dans une libre opinion publiée dans le Los Angeles Times (25 avril) que la solution au problème de la violence et du terrorisme dans le monde passe par Alger.

Citant, à l’appui de sa thèse, l’amélioration des relations algéro-libyennes et la chaleur des liens maroco-américains, il soutient que les Etats-Unis sont en train de réaliser d’énormes progrès en Afrique du Nord et dans une grande partie de l’Afrique sub-saharienne en termes de construction d’une coalition efficace contre le terrorisme».

Dans cette contribution, l’universitaire américain, qui a séjourné en Algérie dernièrement, avoue sans retenue sa fascination pour «un pays où les choses ont vraiment changé», mais l’éloge qu’il fait de ce changement reste bien sentencieux.

Selon lui, l’Algérie, hier encore porte-étendard des mouvements anti-capitalistes dans le tiers-monde, qui vient juste d’organiser les élections les plus libres jamais tenues dans le monde arabe et qui «abrite dans son sous-sol de grandes quantités de gaz et de pétrole, désire collaborer étroitement avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme fanatique et, plus que tout, n’aime toujours pas la France».

Plus que sentencieuse, son analyse est aussi des plus intéressées, d’où l’appel pressant et les conseils généreusement prodigués au gouvernement américain de lorgner de ce côté-ci de la Méditerranée. «Voilà à quoi ressemble l’Algérie d’aujourd’hui, 10e pays au monde vu sa superficie et l’un des rares pays du Moyen-Orient où la politique étrangère a des chances de réussir et de produire les résultats escomptés.» De plus, et après des années de raidissement, l’Algérie est en train de «s’ouvrir au monde, et plus particulièrement aux Etats-Unis», et cette ouverture serait porteuse à ses yeux d’une dimension sécuritaire et économique indéniable.

La preuve en est que les Algériens comprennent aujourd’hui, à tous les niveaux, le souci, l’urgence et le besoin des Etats-Unis et de leurs alliés de combattre le terrorisme «avec tous les moyens à leur disposition», surtout que les militaires souhaitent renforcer leurs relations avec les Etats-Unis et avec l’OTAN, au sein de laquelle une «éventuelle adhésion n’est pas à exclure».

En raison de tout cela et des capacités économiques et financières de l’Algérie et de la volonté du gouvernement algérien de mettre en œuvre des réformes ambitieuses mais ô combien difficiles et douloureuses, «la diplomatie américaine devrait inscrire le soutien à cette transition parmi ses priorités», préconise-t-il, tout en soulignant la nécessité d’éviter les erreurs de parcours, telles celles connues dans le passé en Asie ou en Amérique latine.

Aussi conseille-t-il aux stratèges américains de mettre en place un axe «Alger-Johannesbourg» pour mieux assurer ses intérêts dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique, et d’encourager Alger à signer des accords avec l’Union européenne et d’accroître ses échanges avec ses voisins maghrébins.

Tout un programme comme on le voit qui ne repose sur aucune analyse sérieuse ni indicateurs objectifs. En fait, cette contribution journalistique tient plus du cours magistral de relations internationales, que «notre ami» américain développe à l’attention du gouvernement de son pays, que de l’analyse universitaire sérieuse.

Et sa fascination pour l’Algérie et sa subjectivité le poussent jusqu’à affirmer, sans risque pour lui de se tromper, que les Algériens «désirent développer des relations étroites avec les Etats-Unis et qu’il est dans l’intérêt de l’Amérique de promouvoir ce désir», d’autant qu’il préjuge que si l’Algérie veut suivre l’exemple de la Turquie (adhésions à l’UE et à l’OTAN), les Etats-Unis doivent la soutenir et l’encourager dans cette voie ! Pourquoi, d’après vous ? Tout simplement parce que rien ne fait mieux avancer la cause de la paix au Moyen-Orient que de voir plus de démocraties musulmanes (?!) adhérer à de puissantes organisations occidentales.

M. T.

 

 
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