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APRÈS
LA TOURNÉE DE COLIN POWELL AU MAGHREB
La
nouvelle stratégie de Washington El Watan, 6 décembre
2003
Colin Powell a achevé une brève tournée au Maghreb.
La visite du secrétaire d’Etat américain, qui a fait
des déclarations presque similaires à Tunis, Marrakech
et Alger, semble être une première étape dans la
mise en application d’une «nouvelle stratégie» en
Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le discours du président Bush,
prononcé le 6 novembre à The National Endowment for Democracy
(NED, la fondation nationale pour la démocratie) à Washington,
tient lieu de référence à cette doctrine.
Proche autant des
républicains que des démocrates, le
NED, qui existe depuis 1983, est l’une des plus puissantes fondations
américaines qui milite pour «la démocratisation» du
monde pour«l’intérêt des Etats-Unis» (The
National Democratic Institute, NDI, qui a une représentation à Alger,
est affilié au NED). Depuis l’occupation de l’Afghanistan
et de l’Irak, l'intérêt du NED pour l’Afrique
du Nord et le Moyen-Orient est devenu visible. D’habitude, cette
fondation s’intéresse à Cuba, à la Chine et à la
Corée du Nord. Plusieurs de ses experts sont, depuis de semaines,
chargés de répondre à cette question : «Can
Democracy work in the Middle East ? (la démocratie peut-elle fonctionner
au Moyen-Orient ?).» «Notre attachement à la démocratie
est aussi mis à l'épreuve au Moyen-Orient, qui est aujourd'hui
mon centre d'attention et qui sera un des centres d'attention de la politique
américaine pendant les décennies à venir (...).
Les gouvernements du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord commencent à prendre
conscience de la nécessité du changement», a déclaré Bush
lors de son discours. Ce n’est donc pas un hasard si Colin Powell
a insisté dans ses interventions sur «les droits de l’homme,
la liberté de la presse et la transparence des élections».
Il s’agit de thèmes qui focalisent l’attention du
NED et d’autres «Think Tank» (sorte de clubs de réflexion
et d’analyse à grande audience), proches de la Maison-Blanche.
Des thèmes qui peuvent être liés à l’éducation
civique, au rôle de la loi, aux droits des travailleurs, au libre
marché et à la bonne gouvernance. «Les progrès
au plan démocratique et la modernisation économique sont également
fondamentaux, dans l'intérêt de l'Algérie et celui
de nos liens croissants», a dit Colin Powell lors d’un point
de presse, le 3 décembre à Alger. On semble se rendre compte à Washington
que pour «appuyer» la lutte contre le terrorisme, il faut
faire avancer l’idée de «la démocratisation» et
la neutralisation de ce qu’appelle le Financial Times l’«arab
despotism».
Des cas à étudiés
«
Les soixante années d'excuses et d'accommodements de l'Occident
face à l'absence de liberté au Moyen-Orient n'ont rien
fait pour notre sécurité car en fin de compte, la stabilité ne
saurait s'acheter au prix de la liberté. Tant que le Moyen-Orient
demeurera un lieu où la liberté ne règne pas, ce
sera un lieu de stagnation, de ressentiment et de violence prête à l'exportation»,
a expliqué Bush lors de son discours au NED. Aussi l’Algérie,
la Tunisie et le Maroc sont-ils devenus, d’après le Financial
Times, des cas à étudier. «Seule une positive politique
de changement dans le monde arabe peut éliminer les racines du
terrorisme islamiste radical», soutient Thomas Carothers dans le
Washington Post. Ancien fonctionnaire du département d’Etat,
Thomas Carothers est conseiller en politique étrangère
des Etats-Unis. «Les Etats-Unis n'ont pas besoin de la pression
d'organismes de défense des droits de l'homme pour faire comprendre
aux pays qui souhaitent entretenir de meilleures relations avec eux qu'ils
doivent respecter des normes plus strictes en matière de droits
de l'homme (...). Et dans la mesure où il y a des gouvernements
qui sont encore en train de chercher le moyen de mettre en œuvre
une politique des droits de l'homme qui encourage l'ouverture et la liberté,
nous sommes prêts à leur parler de ces valeurs», a
déclaré Colin Powell à Alger. Avant de visiter le
Maghreb, Colin Powell avait été saisi, par lettre, par
Human Rights Watch (HRW) sur la situation des droits humains dans la
région. La vision américaine sur la question semble évoluer
autrement. Elle diffère désormais de celle de la France,
et ce, depuis la curieuse «sortie» de Jacques Chirac qui,
en visite jeudi dernier à Tunis, a conseillé, et d’une
certaine manière, aux Tunisiens de «manger» et de «se
taire». «Le premier des droits de l'homme, c'est manger, être
soigné, recevoir une éducation…», a affirmé Chirac.
Cela dit, Washington semble être mal placé, pour le moment,
dans son plaidoyer pour les droits de l’homme. Le scandale de Guantanamo
(Cuba), où des personnes sont détenues sans être
jugées depuis des mois, les dérives sécuritraires
après le 11 septembre 2001 à l’intérieur même
des Etats-Unis et les atteintes aux libertés et aux droits après
l’envahissement de l’Afghanistan et de l’Irak rendent
difficile la posture américaine. Les stratèges de Washington
en sont conscients. Depuis, une véritable machine s’est
mise en branle sur les plans politique, médiatique, diplomatique
et économique. Et tout est calculé. Surtout que le républicain
George W. Bush, candidat à sa propre succession pour la présidentielle
de novembre 2004, est confronté à un vaste front d’opposition
des démocrates. A leur tête, Wisly Clarck et Howard Dean.
Ce dernier a déclaré récemment qu’il était
prêt à «panser les plaies causées par l'incompétence
du président Bush». Dans sa nouvelle «offensive» qui,
selon des observateurs, marque un tournant dans la politique extérieure
des Etats-Unis, la prudence est mise en avant. Des diplomates ont affirmé au
Financial Times que Washington ne veut pas, en plaidant pour «les
réformes politiques» dans le Maghreb, susciter l’instabilité ou «mettre
en danger» son étroite collaboration militaire avec les
trois pays de la région. «Nous apprécions particulièrement
l'exceptionnelle coopération de l'Algérie dans la guerre
contre le terrorisme et nous nous réjouissons à l'avance
de renforcer encore cette coopération dans les mois et les années à venir»,
a déclaré Powell à Alger. Par Fayçal Métaoui
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