Elle se dit satisfaite de la coopération algéro-américaine dans la lutte contre le terrorisme

Rice : “La région ne fait pas face à un risque particulier”

Par :Djilali Benyoub, Liberté, 8 septembre 2008

La secrétaire d’État américaine a adopté, samedi soir, à l’issue de son entretien avec le président Bouteflika, un discours qui se veut rassurant et qui minimise la menace terroriste en Algérie et au Maghreb.

Le terrorisme a été au cœur de la visite de Condoleezza Rice à Alger, et son propos à ce sujet semble avoir nettement évolué au point de laisser transparaître un changement de la vision américaine par rapport à ce phénomène en Algérie. Certes, le terrorisme continue de tuer, mais il ne représente pas, aux yeux de la secrétaire d’État américaine, une sérieuse menace. En plus clair, le GSPC ou Al-Qaïda Maghreb ne bénéficie plus d’une quelconque couverture politique pour supposer un autre traitement que celui qui consiste à le combattre. “Nos agents du contre-terrorisme pensent que notre coopération est bonne (dans la région) (...) Mais il est toujours possible de faire plus pour renforcer le partage d’informations, pour être sûrs que nous ayons les bons canaux, afin d’apporter un soutien technique en réponse à la menace terroriste. Nous n’avons aucune inquiétude sur le niveau de la coopération que nous menons. Les terroristes essaient. Ils choisissent des cibles et, malheureusement, il y a eu une série d’explosions ici. Je ne pense pas qu’un risque particulier existe dans cette région”, a-t-elle déclaré après son entrevue de deux heures avec le président Bouteflika. Le ton est clairement différent de celui des années précédentes. On est bien loin des “travel warning” par lesquels s’était distingué l’ancien ambassadeur des USA à Alger, Robert S. Ford qui a marqué son passage en Algérie par un glissement “diplomatiquement très incorrect” vers une perception à l’irakienne du pays. Pourquoi alors ce revirement ? La fin de mandat de Bush qui approche ? Certainement, pour une part. Toutefois, l’administration Bush, même décriée pour son bellicisme, se garde, en fin de règne, des envolées épistolaires d’un Clinton critiquant vertement les gouvernants et régimes arabes et se fondant d’une compassion de dernière minute pour les peuples qu’il avait superbement ignorés durant ses deux mandats. Elle a également tenté de rectifier le tir, en fin de parcours, et de réajuster le cours des relations entre les deux pays qui ont connu depuis 2001 une évolution en dents de scie. D’ailleurs, c’est la première visite d’un responsable américain d’un rang aussi élevé dans la région. Deux heures auront enfin suffi à lever les équivoques mais aussi les nuances “vicieuses” qui ont caractérisé les relations entre l’Algérie et les États-Unis version Bush. Cela dit, il ne faut pas s’attendre à un substantiel changement dans la politique étrangère des USA, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche. Démocrates et républicains se ressemblent sur ce plan et la situation au Moyen-Orient en est une démonstration frappante. Reste néanmoins à savoir ce que cache cette “ rencontre” de rattrapage confiée à Rice qui se découvre au Maghreb sous une autre facette, sans aucun lien avec “ses injonctions” et autres ordres aux responsables arabes souvent conviés à la “caution” des recettes américaines pour désamorcer la tension au Moyen-Orient. Son attitude très différenciée vis-à-vis de chacun de ses interlocuteurs dénote également un recentrage de sa perception de la sous-région. Le leader libyen, devenu fréquentable, demeure un partenaire “difficile”, mais le président tunisien a été “tancé” et critiqué sur les questions des droits de l’Homme, des libertés, de la démocratie et de l’alternance. Parmi les quatre dirigeants de la région, seul le président Bouteflika aura droit à un “traitement” flatteur. “J’ai eu l’opportunité de bénéficier de la connaissance du président Bouteflika sur la région. Il est vraiment l’un des hommes les plus sages de la région, au Maghreb et même au-delà”, a déclaré Mme Rice. Il est cependant peu probable que ce “choix” puisse induire une révision profonde de la politique américaine vis-à-vis de chacun des quatre pays. Malgré l’insistance de la secrétaire d’État sur le soutien américain à l’Algérie dans son combat contre le terrorisme, sa promesse d’une aide, le principal facteur déterminant dans cette relation restera pour longtemps les ressources énergétiques et leur sécurité. Une préoccupation déjà “prise en charge” par l’Algérie qui a donné un gage lors de la grève des pétroliers vénézuéliens ou à travers les garanties d’approvisionnement données à l’Europe lorsque la Russie a fermé les vannes de l’Ukraine. La menace d’Al- Kadhafi de stopper l’approvisionnement de la Suisse suite à l’interpellation de son fils au pays helvétique conforte son image de “partenaire difficile”. Ce qui n’est pas le cas de l’Algérie. Rice l’a compris et ouvertement exprimé.

Djilali B.


La secrétaire d’état américaine a abordé le dossier des droits de l’Homme à Tunis, mais pas à Alger

Ben Ali tancé, Bouteflika ménagé…

Par :Arab Chih

La secrétaire d’État américaine a-t-elle une conception à géométrie variable de la question des droits de l’Homme ? Si elle a réservé une place de choix à ce dossier lors de l’étape tunisienne de sa tournée maghrébine, Mme Rice a, en revanche, fait l’impasse sur la question lors de son séjour algérois. À Tunis, la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice ne s’est pas gênée de presser le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali d'accélérer les réformes politiques. “Nous avons très clairement fait savoir que nous aimerions que la Tunisie en fasse davantage, notamment pendant les préparatifs des élections de 2009”, a-t-elle déclaré à la presse, à l'issue de ses entretiens avec le chef de l’État tunisien. Diplomate qu’elle est, la responsable américaine a toutefois édulcoré sa critique vis-à-vis du régime de Ben Ali en concédant qu’“il y a eu des réformes politiques” en Tunisie avant d’inscrire ses pressions dans le registre de l’amitié qui lie les deux pays. “Nous sommes de bons amis et nous pouvons (à ce titre) avoir de très bonnes et intenses discussions sur des questions de politique interne et externe. Et c'est comme cela que cela s'est passé”, a-t-elle soutenu, avant de souligner qu’elle a eu avec le président tunisien une “discussion très bonne et intense” sur la liberté de la presse, la libéralisation de l'Internet, l'accès de l'opposition à la télévision. Mais à Tunis, Mme Rice n’a pas servi que des “critiques amicales” pour la Tunisie de Ben Ali qui se voit décerner un très bon point sur la question de la femme. “Je tiens à souligner que j'ai parlé du rôle extraordinaire joué par les femmes en Tunisie. Les femmes ont accompli un grand progrès ici”, s’est-elle félicitée. Reste à savoir pourquoi la responsable américaine a évacué de ses discussions avec les autorités algériennes cette question abordée également en Libye. Il est vrai que comparée à celle qui prévaut en Tunisie ou encore en Libye chez le sulfureux Al-Kadhafi, la situation des libertés publiques est de loin meilleure en Algérie. Mais l’Algérie est-elle pour autant un pays démocratique où les droits de l’Homme ne sont plus l’objet de violations ? La question mérite d’être posée, d’autant que les ligues et autres organisations algériennes de défense des droits de l’Homme, tout comme l’opposition ont souvent dénoncé des “abus à répétition”. Si leur existence est formellement tolérée, les syndicats autonomes ne sont pas reconnus officiellement et leurs animateurs se voient souvent réserver de la part des autorités algériennes un mauvais traitement. L’état d’urgence, instauré depuis 1992, et l’interdiction d’organiser des marches à Alger, depuis 2001, sont maintenus alors que la situation sécuritaire, selon la rhétorique officielle, s’est nettement améliorée. Si les partis d’opposition ont une existence légale et tiennent librement leurs activités, ils sont toutefois exclus des médias publics, notamment de la télévision. C’est dire qu’en matière des droits de l’Homme et des libertés, l’Algérie a, elle aussi, beaucoup à faire. Aussi, il est à se demander pourquoi la responsable américaine a fait l’économie d’un échange avec les responsables algériens sur cette question en préférant axer ses entretiens presque exclusivement sur la lutte contre le terrorisme. À la décharge de Mme Rice, la situation sécuritaire, notamment depuis le ralliement du GSPC à Al-Qaïda, est nettement plus préoccupante en Algérie qu’en Tunisie ou en Libye. Mais cela n’explique pas tout quand on sait que ce dossier intéresse aussi bien les Algériens que les Américains, surtout que ces derniers font de la démocratisation des pays sous-développés, et notamment ceux du monde arabe, la pierre angulaire de leur politique internationale. Il est vrai que les voies de la diplomatie sont impénétrables.

ARAB CHIH

 
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Offensive américaine en Algérie  
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