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Après la réponse du gouvernement aux déclarations de l’ambassadeur US
Les raisons d’une ingérence
Par :Zahir Benmostepha, Liberté, 5 mars 2008
“L’intrusion” des ambassadeurs du Royaume-Uni et des États-Unis d’Amérique en Algérie, Andrew Henderson, et Robert S. Ford, dans le débat autour de la révision constitutionnelle et un troisième mandat pour le président de la République peut s’accommoder d’une lecture bienveillante qui voudrait que ces deux diplomates de haut rang n’ont eu que le souci de connaître de très près les enjeux qui président aux changements dans le domaine politique en Algérie.
N’est-ce pas que la convention de Vienne sur les relations diplomatiques, conclue le 18 avril 1961, leur accorde le droit “de s’informer par tous les moyens licites des conditions et de l’évolution des évènements dans l’État accréditaire et faire rapport à ce sujet au gouvernement de l’État accréditant”. Autant dire que les chefs des missions diplomatiques américain et anglais voulaient être en phase avec la vocation des missions dont ils ont été investis par leurs gouvernements respectifs.
Reste donc à savoir où se termine l’exercice de la mission de s’informer des conditions et de l’évolution des évènements telles que définie par la convention de Vienne et où commence l’ingérence dans les affaires internes du pays hôte ? Cette même convention de Vienne précise dans l’un de ses articles que les diplomates s’ils jouissent de ce droit de s’informer ont également le devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de l’État accréditaire. Sommes-nous alors face à une différence de points de vue entre ces deux chancelleries et l’État algérien sur les limites que doit s’imposer une mission diplomatique ? Auquel cas, on peut donc conclure à un affreux malentendu qui va être vite dissipé. En tout cas, c’est ce que suggèrent les réactions d’Andrew Henderson et de Robert Ford quand les médias se sont emparés de cette affaire. L’ambassadeur du Royaume-Uni, niant avoir déclaré que le président Bouteflika devait se soucier de “l’Algérie et non pas de sa personne” au cours d’un entretien accordé à un quotidien national et repris par plusieurs journaux, précisera que la décision d’amender ou pas la Constitution revient “seulement au peuple algérien”.
Plus entreprenant, l’ambassadeur des États-Unis s’est distingué pour ainsi dire d’une manière qui laisse supposer que ce dernier veut pousser la logique dans laquelle il inscrit ses missions diplomatiques à ses extrêmes limites. Robert Ford n’est pas à son coup d’essai. Rappelons à ce propos, le communiqué publié le 12 avril 2007, qui a annoncé que des attentats suicide “seront commis le jour même, l’un à la Grande-Poste et l’autre devant le siège de l’ENTV”. Dans la même veine, citons parmi les innombrables initiatives controversées de cet ambassadeur ses tentatives à prendre langue avec des partis politiques, des associations et des organisations syndicales (comme l’atteste le Cnes). Même si les ambassadeurs des États-Unis et du Royaume-Uni se sont défendus de toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie, relevons toutefois que les démentis qu’ils avaient opposés n’affranchissent pas pour autant les deux chancelleries de cette singularité qui a caractérisé leur activisme en rapport avec l’évolution politique de l’Algérie.
Faut-il en convenir que les deux ambassadeurs avaient franchement pris des libertés avec les usages et les règles diplomatiques que se sont pourtant interdit leurs prédécesseurs à ce poste ? Connaissant la carte de visite de ces deux
diplomates de haut rang, c’est certainement leur faire affront que de qualifier leur intrusion dans la politique interne du pays de hasardeuse ou encore procédant d’une maladresse ou d’une certaine inexpérience.
Rien de tout cela bien sûr. Ceci pour dire que si ces deux diplomates se sont permis de pousser le bouchon aussi loin, c’est que quelque part, ils étaient assurés qu’ils pouvaient le faire avec le simple risque d’une protestation du bout des lèvres des autorités algériennes. Sinon comment expliquer que des diplomates chevronnés connaissant la frilosité algérienne sur la question de souveraineté prendraient le risque d’aller au seuil de l’incident diplomatique ? Si l’on vient à prendre en compte une telle explication, on ne peut donc échapper à certaines questions du genre, qu’est-ce qui a sous-tendu cette audace des chancelleries occidentales ? Ou encore qu’est-ce qui a fait croire aux deux ambassadeurs qu’ils pouvaient intervenir dans le débat politique interne de l’Algérie sans soulever d’objection de la part des autorités ?
Zahir Benmostepha
Rencontres dans les ambassades
Carton rouge pour les partis
Par :Souhila Hammadi
Revenant sur l’épisode des entretiens de l’ambassadeur des États-Unis avec des leaders de parti politique et de représentants de la société civile sur un éventuel troisième mandat pour le président Bouteflika, Abderrachid Boukerzaza, ministre de la Communication, s’est référé aux déclarations du Chef du gouvernement à l’ouverture de la session parlementaire de printemps, dimanche dernier. Abdelaziz Belkhadem a alors dénoncé les dépassements du représentant diplomatique de ses prérogatives et du non-respect des règles et conventions internationales. Abderrachid Boukerzaza a précisé que le Chef de l’Exécutif a également lancé un avertissement aux chefs de parti et aux délégués de la société civile qui participent à des actions assimilées à de l’ingérence dans les affaires internes du pays.
S. H.
Après avoir été épinglé par le chef du Gouvernement
L’ambassadeur US tente de calmer le jeu
Par :Djilali Benyoub
L’ambassadeur des États-Unis a répondu hier à la déclaration de Belkhadem dénonçant la réunion avec les partis politiques tenue au siège de la représentation diplomatique américaine à Alger.
Usant de subtilité, mais aussi de la langue de bois, M. Ford a essayé d’atténuer l’ampleur de l’affaire sans toutefois nier les faits. “Comme c’est le cas dans chaque pays où les États-Unis ont une mission diplomatique, l’ambassade des États-Unis à Alger rencontre tous les jours des partis politiques, des membres de la société civile et du monde des affaires, ainsi que des officiels du gouvernement. En harmonie avec les normes reconnues dans la pratique diplomatique, lors de ces réunions, nos diplomates discutent de questions d’intérêts communs pour les Algériens et les Américains, comme la démocratie, le pluralisme politique, les droits de l’Homme, la société civile et le développement économique”, a justifié le diplomate américain se contentant de ces généralités, alors que la question est liée principalement à la politique interne du pays débattue avec des partis politiques des personnalités et des associations. Nombre de témoignages évoquent des questions précises posées à l’ambassade. Cela sachant que la coopération et les relations bilatérales relèvent de cadres officiels connus. Et sous prétexte d’un dialogue entre les deux peuples, dans un souci de compréhension, l’ambassade américaine cherche l’information en ratissant large dans la société et les partis politiques, certains des partis dits de l’opposition. Démocratie, élections, troisième mandat… autant de questions qui aiguisent la curiosité américaine pour convoquer un large éventail représentatif, selon cette optique, pour se faire une idée plus précise sur ces sujets. Bien des invités ont par ailleurs décliné l’invitation à ces rencontres à cause justement du contenu de “ce dialogue pour une compréhension mutuelle”, tant ce contenu est perçu hors cadre diplomatique et à la limite de l’ingérence. En quoi la position d’un syndicat sur le troisième mandat ou la révision de la Constitution peut-elle intéresser l’ambassadeur ? Comment une telle question peut-elle constituer un dialogue ? Le Chef du gouvernement n’a pas ménagé son discours pour dénoncer cette ingérence directe dans les affaires internes du pays, à commencer par les déclarations de Welch et ensuite de M. Ford qui n’a pas cessé depuis son arrivée à Alger de multiplier les “provocations”, allant jusqu’à annoncer sur le site de l’ambassade deux attentats terroristes avec précision des cibles à Alger. Une attitude qui relève plus du fait accompli que des usages diplomatiques. Ce qui a soulevé l’ire de Belkhadem qui, tout en dénonçant ces manquements, a invité les partis politiques à ne pas se rendre aux réunions qu’organise cette ambassade.
Devant cette riposte directe, l’ambassadeur, comme les fois précédentes, s’est fendu d’une réponse détournée et évasive pour justifier son “comportement”, mais aussi éviter toute explication. Et de noyer le problème dans des considérations liées aux relations entre les États-Unis et l’Algérie. “Les relations bilatérales et les échanges entre les États-Unis et l’Algérie ont connu une amélioration importante lors de ces dernières années. Nous avons beaucoup de programmes de coopération en cours dans des domaines tels que l’éducation, la modernisation de la justice, le développement économique et la promotion des exportations algériennes hors hydrocarbures. Nous sponsorisons aussi un nombre croissant de programmes d’échanges et de formations, ainsi que les bourses pour les étudiants algériens désirant étudier aux États-Unis. Le travail de l’ambassade avec divers représentants du gouvernement algérien, de la société civile et des organisations privées rend tous ces programmes possibles dans l’intérêt de nos deux pays”, a-t-il écrit dans sa réponse. Comme s’il ne s’agissait que de cela.
Djilali B.
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Offensive américaine en Algérie |