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LA CRISE ALGERIENNE DANS LES RAPPORTS ULTRASECRETS
AMERICAINS
«
L’instabilité politique est due aux conflits d’intérêts» L'Expression,
4 décembre 2003 La pénétration du marché algérien, selon
le plan Eizenstat, reste la priorité de Washington malgré les
tensions politiques qui risquent de perdurer.
Le marché algérien, pour les experts américains,
n’est pas uniquement celui des hydrocarbures. Aussi, des «entreprises-mastodontes» telles
IBM, Microsoft, Xerox, Lincoln Electric, Black & Decker, Coca-Cola,
General Electric, Caterpillar, Honeywell, Lilly & Pfizer, Northrop,
Motorola, etc., s’intéressent de plus en plus à l’évolution
du marché algérien. En juillet 2001, face à la forte
participation française à la Foire internationale d’Alger,
Anadarko était le seul géant pétrolier présent.
Ce qui a dû faire plaisir à Dick Cheney... Voilà ce
qui intéresse au plus haut point Washington : vendre à l’Algérie,
acheter, étendre ses entreprises sur le Maghreb, y placer des «miradors» surplombant
et l’Europe et le continent africain afin de renforcer leur sécurité extérieure, «premier
palier de la sécurité intérieure». Quant aux
distorsions politiques internes à l’Algérie, les
rapports secrets américains proposent une lecture très
intéressante, avec ce recul que ni les Français ni les
Européens ne possèdent...
Les groupes islamistes armés sont décrits comme autant
de conglomérats de terroristes sans envergure, aux contours mal éclairés
et aux objectifs politiques flous, ce qui les apparentent à des
réseaux mafieux de moindre importance. Seul le Gspc de Hacène
Hattab présente pour Washington quelque intérêt du
fait, notamment, de son implantation dans une région - la Kabylie
- secouée par les tensions politiques et sociales, et, surtout,
parce qu’il peut présenter la spécificité d’avoir
des liens directs avec la direction d’El-Qaïda, et, donc,
devenir dangereux pour les intérêts américains dans
la région.
La crise kabyle est présentée dans les rapports américains
comme une «poussée de fièvre», «une révolution
de jeunes de banlieue», ou, dans le meilleur des cas, comme «une
excroissance de conflits d’intérêts», qui ne
peut concrètement avoir de sérieuses incidences sur le
monde des affaires et de l’économie extérieure. Le
président Bouteflika n’est ni «un quart-président» ni
un «otage des militaires». Le recul des Américains
par rapport à l’«émotion française» permet à ceux-ci
d’affirmer qu’il a été élu, qu’il
est «seul maître de ses décisions» et que, par
contre, «son gouvernement manque de cohésion» et que
sa «réussite extérieure tranche nettement avec son
demi-échec au plan de sa politique intérieure».
En fait, l’«instabilité de l’Algérie
est toute relative, car il n’y a rien d’alarmant. L’Etat
et la société tiennent le coup et les zones de turbulences
tendent à se dissiper».
Au moins dix documents ultraconfidentiels, synthèse de plusieurs
dizaines de rapports, avaient été préparés
par le Conseil national de sécurité, étudiés
par Condoleezza Rice, et présentés au président
Bush. Ces rapports qui portent souvent la «griffe» de Dick
Cheney, vieux connaisseur de l’Algérie, en sa qualité d’ancien
dirigeant de la compagnie pétrolière Halliburton (toujours
en relation d’affaires avec la compagnie pétrolière
algérienne Sonatrach), le secrétaire d’Etat Colin
Powell, le patron de la CIA, George Tenet, Abraham Spencer et celle,
enfin, du ministre des Négociations commerciales internationales,
Robert Zoellik.Dans les rapports multiformes Algérie-Etats-Unis,
c’est, évidemment, l’Algérie qui s’impatiente.
Pour trois raisons : d’abord, elle souhaite échapper au
carcan français, qui l’a si longtemps décrédibilisée
vis-à-vis de la communauté européenne, trop encline à suivre
le gouvernement français dans ce qui concerne les questions algériennes.
Ensuite, l’Algérie souhaite renouveler son armement, acheté jusqu’à une époque
récente à l’Union soviétique et, donc, devenu
obsolète.
Enfin, l’Algérie souhaite adhérer au plus vite à l’OMC
et attend un coup de pouce américain face aux réticences
européennes, notamment avec la nouvelle loi votée par l’Assemblée,
relative à l’interdiction d’importation d’alcool,
ce qui sera un nouveau motif pour les experts en commerce international,
de retarder l’adhésion algérienne à l’Organisation
du commerce.
Troisième client dans les hydrocarbures - après la France
et l’Italie - et un des premiers investisseurs en Algérie,
les Etats-Unis ont, depuis ce plan élaboré leur plan. Il
s’appelle «le plan Eizenstat», du nom du sous-secrétaire
aux Affaires économiques, Stuart Eizenstat, nommé en 1999
au département de la Trésorerie où il continue à suivre
le dossier maghrébin. Le projet vise à la pénétration
des entreprises américaines dans un Maghreb démocratisé et
dépourvu de barrières douanières. Selon Eizenstat,
ce plan n’est pas «un arrangement au centre duquel se trouveraient
les Etats-Unis avec trois relations bilatérales séparées,
quelle qu’en soit l’importance. Il s’agira, au contraire,
d’un partenariat dynamique multilatéral basé sur
un renforcement permanent des liens économiques au Maghreb».
Fayçal OUKACI
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