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WASHINGTON - DAMAS

Bush demande la médiation de Bouteflika

Le Quotidien d'Oran, 28 février 2005

Les Etats-Unis se tournent vers l’Algérie pour tenter de convaincre la Syrie. C’est en substance le message qu’a délivré la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, au président Bouteflika pour que la Syrie trouve «une sortie honorable».

En recevant l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, Richard Erdman, le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, savait pertinemment que Washington était demandeuse d’un coup de main diplomatique pour tenter de trouver une solution à la crise syrienne au Liban. Les deux diplomates ont affirmé leurs convergences de vue sur le processus de paix au Proche-Orient en indiquant que «Les deux parties ont convenu de la nécessité de soutenir ce processus et d’appuyer les parties concernées pour l’impulser (...)».

Mais l’essentiel des discussions était certainement focalisé sur la tenue du prochain sommet arabe à Alger, fin mars, sur lequel les Etats-Unis fondent de grands espoirs en vue du règlement du contentieux avec la Syrie depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafik Hariri, dont Damas est tenue pour responsable et qui envenime la situation au Liban. Même si le communiqué commun effleure «les volets syrien et libanais».

Des sources diplomatiques informées indiquent au Quotidien d’Oran que «Les Autorités américaines font confiance à Bouteflika pour qu’il arrive à convaincre Bachar Al Assad de retirer rapidement ses troupes du Liban». En d’autres termes, le président Bouteflika est chargé d’une «médiation» étasunienne pour le compte des Américains, à la demande du président Bush qui avait affirmé, lors de son passage à Bruxelles, que la Syrie doit se retirer du territoire libanais au mieux, fin mars, date du sommet arabe.

On ne saura rien des termes de la demande américaine mais la diplomatie américaine semble miser sur les «relations privilégiées» qu’entretient le président algérien avec le jeune président syrien, Bachar Al Assad. Sachant les capacités de persuasion du président Bouteflika, la Maison-Blanche fait appel à la «diplomatie de proximité» algérienne, érigée en sacerdoce par Bouteflika, pour venir à bout des réticences syriennes. Une sorte de dernière chance que les Syriens se doivent de saisir.

Washington estime que Bouteflika a démontré dans un passé récent «sa science du contact humain au service des grands dossiers diplomatiques». Il avait ainsi contribué à plusieurs reprises à aplanir les divergences entre Américains et pays tiers, comme lors de la crise érythro-éthiopienne, le conflit au Darfour avec le SPLA de Garang, le régime iranien de Khatami ou la Libye de Kadhafi.

Mais cette fois-ci, le président algérien va jouer une partie serrée. Il dispose de plusieurs atouts pour convaincre le président syrien d’accélérer le processus de retrait de l’armée syrienne du Liban en faisant appliquer, sine die, les accords de Taef.

D’abord, le fait même que la diplomatie algérienne n’a jamais lâché la Syrie dans les pires moments. Que ce soit dans sa lutte au sein des Nations unies pour la récupération du plateau du Golan, en condamnant à diverses occasions les agissements israéliens envers Damas ou en se tenant aux côtés des Syriens face aux monarchies du Golfe. Ensuite, les rapports fraternels qu’entretient personnellement Bouteflika depuis des années avec la famille Al Assad. Ami du défunt, Hafedh Al Assad dont les proches au sein des régimes arabes se comptaient sur les doigts d’une seule main, Bouteflika a aussi réussi à réconcilier Bachar avec son oncle paternel, Rifaat, réfugié un moment en Espagne et qui voulait succéder à son frère après la mort du leader syrien. Les visées de l’oncle de Bachar avait fragilisé la prise de pouvoir du jeune Bachar et il avait fallu tout le tact de Bouteflika, qui invita Rifaat Al Assad durant une semaine à Alger, en 2000, pour régler cette querelle de succession politico-familiale. Depuis, Rifaat Al Assad a regagné Damas où il est actuellement gravement malade mais sans représenter une menace pour le président syrien.

Enfin, les rapports que développe Bouteflika avec Bachar Al Assad qui s’apparente à celui d’un père politique. En venant à Alger, en 2003, Bachar Al Assad, qui entretient de mauvais rapports avec les présidents et monarques arabes, qui l’avaient méprisé pour son inexpérience et son jeune âge, a eu droit à quelques conseils avisés du président algérien sur la nécessité d’une ouverture démocratique de la société syrienne, sur le modèle algérien. «Bouteflika a bien conseillé le président syrien qui a pris en compte l’exemple de l’Algérie en ouvrant le système», précisent des sources syriennes à Alger.

Washington doit espérer secrètement que la «mission Bouteflika» réussisse avant le sommet arabe pour que la rencontre à Alger n’arrive pas jusqu’à condamner ou diverger sur les décisions à prendre vis-à-vis de Damas. Le président algérien, qui n’est pas obligé de jouer ce rôle, n’est toutefois pas un chef d’Etat à décliner des médiations aussi sensibles surtout si elles mettent en opposition un allié arabe et la première puissance mondiale. Il y va également de la réussite du sommet.

Mounir B.

 
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