Des mesures « malencontreuses, injustifiées et discriminatoires »

Medelci convoque l’ambassadeur US et lui exprime ses « vives protestations »

El Watan, 12 janvier 2010

Ainsi, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a convoqué hier l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, David D. Pearce, pour lui exprimer les « vives protestations » du gouvernement algérien suite à la décision prise par les autorités américaines d’inclure les passagers algériens dans une liste de pays dont les citoyens seront soumis à des mesures spécifiques de contrôle vers ou à partir des points d’entrée aériens américains, a rapporté l’agence officielle APS, reprenant un communiqué laconique du ministère des Affaires étrangères.

M Medelci a qualifié ces nouvelles dispositions sécuritaires américaines de « malencontreuses, injustifiées et discriminatoires » à l’égard des ressortissants algériens. Des mesures, faut-il le rappeler, qui ont été prises au lendemain de l’attentat manqué contre le vol Amsterdam-Detroit, le 25 décembre 2009. C’est suite à la décision prise par les autorités américaines que le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, « a convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Alger pour lui faire part des vives protestations du gouvernement algérien devant cette mesure malencontreuse, injustifiée et discriminatoire », a indiqué le communiqué du ministère des Affaires étrangères. Nous apprenons par ailleurs que le ministère des Affaires étrangères a effectué plusieurs démarches « antérieures » en leur temps, selon le même communiqué. « Cette convocation fait suite à plusieurs démarches antérieures effectuées en leur temps, aussitôt les mesures connues, aussi bien par l’administration centrale que par notre ambassadeur à Washington, auprès des autorités américaines concernées ».

Une façon de dire que les autorités algériennes n’ont pas réagi tardivement. Cette réaction aura-t-elle une suite ? Pourra-t-elle amener les autorités américaines à revoir ces mesures de sorte à « éliminer » les ressortissants algériens de la fameuse liste « des pays à risque » ? Pas si sûr, d’autant que, selon le communiqué des AE, M. Medelci ne demande pas de manière précise et explicite aux Américains de « rayer » l’Algérie de la liste des pays considérés par les autorités américaines comme des pays à risque. Il faut souligner aussi que le ministre des Affaires étrangères, lors de son voyage à Washington le 7 décembre 2009, n’a pas manqué de réaffirmer « l’importance qu’accorde l’Etat à la protection des ressortissants algériens à l’étranger » et la qualité exceptionnelle des relations entre l’Algérie et les USA. En somme, ces nouvelles mesures prises pas les autorités américaines et françaises incluant l’Algérie parmi les « pays à risque » viennent de démontrer l’inconsistance de la diplomatie de Bouteflika, considérée comme étant « intelligente et exceptionnelle ».

Par Hacen Ouali

 


Menaces terroristes contre les États-Unis et l’Europe

Pourquoi l’Algérie figure sur la liste noire

Les Algériens sont persona non grata dans les aéroports américains. Et dans certaines aérogares européennes. Les nouvelles mesures instituées par la Maison-Blanche, dans la foulée de l’attentat manqué du 25 décembre contre le vol 253 Amsterdam-Detroit, classent l’Algérie dans la catégorie des « nations terroristes ».

Les Algériens seront traités comme tels, sans distinction aucune. Diplomates ou simples passagers, ils subiront systématiquement une fouille corporelle complète et une inspection manuelle de leurs effets personnels au niveau des aéroports occidentaux. Cela, à l’instar des Afghans, des Somaliens, des Iraniens, des Yéménites ou encore des Irakiens en guerre. Mise sur cette fameuse liste noire énumérant les « pays au grand potentiel terroriste », l’Algérie n’est nullement considérée à sa juste valeur, elle, qui ne cesse de marteler son « retour » en fanfare dans le concert des Nations. Un coup dur et une grande humiliation pour tout un peuple qui a combattu, seul, le terrorisme au moment où les grandes puissances occidentales refusaient de le qualifier de tel. Si renforcer la sécurité dans les aéroports pour faire face à d’éventuels actes terroristes semble être une chose « normale » et est une décision souveraine que tout pays peut prendre, cibler un certain nombre de pays sans d’autres ne peut que susciter des interrogations. L’Algérie, engagée depuis belle lurette dans la lutte antiterroriste, est-elle plus menaçante que ses voisins du Sahel, devenus des zones de repli et de bases arrières pour les terroristes ? Pourquoi des pays comme le Maroc, dont des ressortissants ont déjà participé à des actes terroristes en Europe par exemple, ne figurent pas sur la liste noire des Etats-Unis ? Depuis le 11 septembre 2001, l’Algérie est considérée – officiellement du moins – comme le « partenaire privilégié » des Etats-Unis dans la lutte terroriste. Les différents responsables américains, qui se sont rendus en Algérie, ont mis en avant le rôle important de notre pays dans le combat planétaire contre le terrorisme, principalement au Maghreb et dans la sous-région sahélo-saharienne. L’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, David D. Pearce, a de son côté souligné à maintes reprises « l’excellente coopération » qui existe entre l’Algérie et les Etats-Unis dans le domaine, affirmant que les deux pays continuent à travailler ensemble pour lutter contre l’extrémisme violent et garantir la stabilité dans la région et dans le monde entier. Le numéro 3 du Pentagone a également évoqué « la bonne collaboration » entre les deux pays demandant aux autorités algériennes de continuer sur la même lancée. Peut-on être « allié » dans la lutte antiterroriste et en même temps « source » de menace terroriste ?

Les non-dits d’un acharnement

Pour nombre d’observateurs, cette « liste noire » sur laquelle figure l’Algérie sert de moyen de pression sur des pays qui tentent de fausser les plans impérialistes américains dans les différentes régions du monde. Simpliste, cette hypothèse peut s’avérer juste, lorsque l’on sait à quel point les Américains ont voulu déplacer le commandement de l’Africom de l’Allemagne au Sud algérien. Washington n’a jamais pardonné le refus catégorique d’Alger d’ouvrir son sol à une base militaire américaine. Le patron de l’Africom, le général William E. Ward, s’est même déplacé en novembre dernier à Alger où il a demandé « plus d’appui de l’Algérie à la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme au Maghreb et au Sahel ». Une visite suivie par celle de la sous-secrétaire adjoint pour l’Afrique au département américain de la Défense. « Nous apprécions le rôle de l’Algérie dans le domaine de la lutte contre le terrorisme dans la région du Maghreb et notamment dans le nord du Mali », a-t-elle déclaré à la presse à la fin de ses entrevues avec de hauts responsables algériens. En dépit des pressions américaines, l’Algérie s’est montrée très réservée sur ce projet de l’Africom et a toujours privilégié d’autres formes de coopération. Par ailleurs, les Etats-Unis n’apprécient pas le soutien de l’Algérie au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cela en raison de son « alliance historique » avec le Maroc. Ce facteur est important d’autant plus que la France, qui elle aussi soutient plutôt le Maroc dans ce dossier, a emboîté le pas aux USA, décidant de faire subir aux ressortissants algériens des contrôles poussés au niveau de ses aéroports.

Elle ira encore plus loin en appelant les autres membres de l’Union européenne à faire de même. Il y a aussi le soutien « indéfectible » de l’Algérie à la Palestine, cela au moment où l’Egypte, alliée stratégique des Américains dans la région, construit un mur tout le long de sa frontière avec Ghaza. Conformément à la volonté de l’Etat israélien avec lequel Le Caire entretient des relations diplomatiques. Des relations qui offrent à l’Egypte un statut spécifique auprès des Américains qui lui accordent une aide annuelle de plus de 3 milliards de dollars. Sans oublier qu’elle est devenue aussi l’alliée de la France de Sarkozy dans le cadre de ce qui s’apparente à une Union pour la Méditerranée. Un tel allié, même si ses ressortissants s’impliquent dans des attentats terroristes contre les Etats-Unis ne peut être classé dans la liste noire. Cela tant qu’il obéit à la stratégie américaine dans la région. L’Algérie, quant à elle, est considérée comme un « pays à problèmes » qu’il faut neutraliser. « C’est le pays qui nous crée le plus de problèmes au sein des Nations unies », nous a dit un ancien diplomate américain. Refusant de se conformer au « modèle » américain d’« amitié », l’Algérie continue à être stigmatisée. Sentant le coup dur, l’Algérie dénonce vivement ces mesures et dépose plainte contre Washington : « Aussitôt qu’il a été informé de l’inclusion des ressortissants algériens sur la liste des pays soumis au nouveau dispositif de sécurité aérienne, le ministère des Affaires étrangères a fait les démarches officielles et appropriées pour demander aux administrations américaines concernées le retrait d’une telle mesure que notre département a qualifiée de discriminatoire et de totalement injustifiée. » Une réaction un peu tardive qui est loin d’égaler l’humiliation d’une telle mesure. Une mesure qui ressemble plutôt à une sanction qu’à une précaution !

Par M. A. O.


La diplomatie et ses couacs

Alors qu’elle devait être immédiate et fulgurante, la protestation officielle algérienne à la décision américaine de soumettre les Algériens à des mesures particulières de contrôle à l’entrée et à la sortie des aéroports US n’a eu lieu qu’hier, c’est-à-dire une dizaine de jours après. Et, au jour d’aujourd’hui, la France n’a pas été destinataire de la même protestation alors qu’elle a emboîté le pas aux Américains. Pourquoi cette valse-hésitation de notre diplomatie alors qu’elle avait plusieurs arguments — de poids — à faire valoir à ces deux nations occidentales : le terrorisme en Algérie est terrassé et ses jours sont comptés. Les quelques poches qui subsistent encore dans le pays n’ont pas une grande capacité de nuisance. Et puis, toutes ces dernières années, les hauts dirigeants américains et français ont souvent « félicité » l’Algérie pour son implication franche dans la lutte antiterroriste menée à l’échelle mondiale et régionale. Enfin, depuis 1995, aucun Algérien n’a été impliqué dans des attentats menés sur le sol des Etats occidentaux, même si, çà et là, ont été arrêtés quelques- uns dans des réseaux dormants. Ce n’est pas le premier couac de la diplomatie algérienne. Là où le bât blesse, c’est dans sa façon de fonctionner. De par la Constitution, c’est le chef de l’Etat qui définit et conduit la diplomatie, mais le président Bouteflika, jaloux à l’extrême de cette prérogative en a fait un exercice strictement personnel. De grands diplomates ont été mis à l’écart pour des raisons politiques ou subjectives alors qu’ils pouvaient apporter beaucoup. Ceux qui sont en poste, à la Centrale ou dans les ambassades, ont une marge de manœuvre réduite lorsqu’ils ne sont pas livrés à eux-mêmes. Il n’y a plus de grands noms au poste de ministre des Affaires étrangères et la diplomatie est quasiment exclue de tout débat public, notamment au sein de la société civile, débat en mesure de l’enrichir et de l’adapter à la complexité des relations internationales.

La conséquence directe de l’appauvrissement de notre diplomatie est son absence de réactivité aux grands événements. Il a fallu plusieurs semaines pour que l’Algérie s’implique directement et publiquement dans l’affaire Hasseni et dans celle des moines de Tibhirine après les propos du général à la retraite Buchwalter et les sous-entendus agressifs du président Sarkozy. Toute réaction diplomatique perd de son efficacité ou devient douteuse lorsqu’elle n’est pas immédiate et franche. Reste que dans le dossier de la lutte antiterroriste menée par l’Algérie, aussi positif soit-il, il y a une large faille qui a été exploitée par les Américains et les Français, celle de la réconciliation nationale. En contrepartie d’une large immunité, un grand nombre de terroristes ont, depuis le début des années 2000, déposé les armes. C’est son seul acquis, car, parallèlement, des milliers de repentis ont réinvesti la société, ouvrant ainsi la voie à la reconstitution du tissu intégriste installé par l’ex-FIS défait quelque temps après par les services de sécurité et la résistance populaire. Or, c’est établi, le terrorisme grandit dans le giron de l’intégrisme dans sa version salafiste. En disant récemment qu’il fallait maintenant s’attaquer au terreau intégriste, Yazid Zerhouni, le ministre de l’Intérieur, ne faisait que traduire cette réalité sans se rendre compte qu’il venait de faire une sorte de constat d’échec de la réconciliation nationale et de donner du grain à moudre aux Américains et aux Français.

Par Ali Bahmane

 
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Offensive américaine en Algérie  
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