L’ambassadeur d’Algérie à Washington multiplie les rencontres

Think tank et lobbying algérien aux USA

Salim Tamani, Liberté, 9 juillet 2006

Amine Kherbi, l’ambassadeur d’Algérie à Washington, opère depuis sa nomination, en mai 2005, en plus d’un travail de relations publiques, un véritable lobbying auprès de l’establishment américain.

Le rapprochement stratégique avec l’establishment politique et décisionnel américain est, semble-t-il, la priorité d’Amine Kherbi. Réputé être un homme “discret”, l’ambassadeur est intervenu à deux reprises en moins d’une semaine. Lors du lancement du Caucus Algérie au sein du Congrès américain ainsi que pour la conférence-débat qu’il a animée, le 29 juin dernier, au Hudson Institute, l’un des “think tank” les plus influents de Washington et qui porte sur l’expérience algérienne en matière de terrorisme. Ce cercle de réflexion comprend des membres de l’establishment, issus principalement de l’administration ou œuvrant dans la société civile tels que Lewis Libby, l’ex-chef de cabinet du vice-président américain Dick Cheney. En investissant les think tank, chantre de la réflexion américaine, l’Algérie marque sa présence et défend son image et ses intérêts.

L’ancien conseiller du président de la République, chargé des questions liées au terrorisme et à la sécurité internationale, a présenté et défendu l’expérience algérienne en matière de lutte antiterroriste ainsi que la réconciliation nationale et les réformes entamées en Algérie. “Nous avons dû faire face seuls à la menace terroriste, dans un climat d’isolement presque concerté. Nos avertissements quant au danger que représentait le terrorisme transnational pour le monde libre et l’humanité entière ont longtemps été ignorés. Il aurait fallu attendre le drame de septembre 2001 aux États-Unis et les séries d’attentats survenus dans plusieurs villes européennes pour réveiller les gouvernements occidentaux et leur faire prendre conscience des dangers qui guettent le monde”, a indiqué l’ambassadeur, regrettant que certains pays aient tout fait pour imposer à l’Algérie des perceptions et une philosophie des libertés et des droits de l’Homme qui ne servaient pas ses intérêts.
L’ambassadeur d’Algérie à Washington s’est livré à un rappel historique. L’Algérie avait été “mal préparée” à tenir des élections libres dans “un état faible”, dont les responsables avaient mal interprété les vraies intentions des groupes islamistes radicaux. Quatorze ans après l’arrêt du processus électoral, Amine Kherbi a écarté l’idée véhiculée par certains pour qui l'annulation du deuxième tour des élections a déclenché des actes terroristes. Il a rappelé à l’assistance que les groupes islamistes ont entamé leurs actions terroristes bien avant les législatives lorsqu’ils ont attaqué la caserne de Guemmar, à El-Oued.

Face à l’establishment américain, Amine Kherbi a également défendu la conception de l’Algérie sur le terrorisme et réaffirmé l’importance d’une politique de lutte impliquant l’ensemble de la communauté internationale, les États-Unis et l’Europe, en tête. “L’éradication du terrorisme doit être le produit d’un effort de concertation et de coordination permanent mû par une vision politique universelle partagée et considérée dans le cadre de la sécurité collective”, a-t-il fait remarquer. La victoire sur le terrorisme sera totale, selon Amine Kherbi, si elle permet l’éradication de la menace d’effondrement qui pèse sur nombre de pays et de sociétés, mais aussi arrive à mobiliser la communauté internationale, les grandes puissances, les organisations internationales avec à leur tête l’ONU, sur tous les fléaux qui existent actuellement tels que les inégalités sociales, le crime organisé, les trafics, la corruption, les violences armées, la torture et les désordres nés d’une globalisation à deux vitesses. “Aujourd’hui, on ne peut plus dissocier les défis à la paix, la sécurité et la stabilité de ceux du développement économique et social et de l’émancipation politique des peuples et des États”, a averti le diplomate. Amine Kherbi a plaidé pour plus d’aide et de compréhension de la part des grandes puissances qui n’ont plus à chercher à imposer leurs perceptions ou leurs modèles et standards, mais à soutenir les pays pour trouver leur propre voie.

C’est dans ce cadre qu’intervient cette conférence de l’ambassadeur qui vise à un rapprochement à la fois des cercles décisionnels, mais également des cercles d’opinion et de faiseurs d’opinions américains. Et ce, même si l’Algérie est devenue, pour l’administration américaine, un “partenaire stratégique et privilégié” depuis le 11 septembre 2001, particulièrement dans le cadre de la lutte globale contre le terrorisme. Si la vision stratégique au sein de l’establishment sécuritaire et diplomatique américain est unanime quant au rôle de l’Algérie, la vision et l’appui politique, eux, renforceront davantage le partenariat et les relations algéro-américaines en diversifiant leurs axes.

Samar Smati

 
Version imprimable
Offensive américaine en Algérie  
www.algeria-watch.org