Driss Jazaïri au JI

«Les Etats-Unis ont bénéficié de l'expérience algérienne dans la lutte antiterroriste»


par Sihem H. , Le jeune Indépendant, 24 octobre 2004

D e passage en Algérie, en provenance de Washigton avant de rejoindre Genève pour y occuper ses nouvelles fonctions, Driss Jazaïri revient dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant sur les points phares qui ont marqué les relations algéro-américaines ces dernières années.

De la coopération en matière de lutte antiterroriste aux entraves empêchant le développement de la coopération économique entre les deux pays, le désormais ex-ambassadeur d'Algérie à Washington avance des détails jusque-là ignorés du grand public.

Le département de la Justice américain avait, affirme-t-il, empêché notre ambassade d'accéder à des informations concernant les détenus algériens.

Le Jeune Indépendant : Les Etats-unis qualifient l'Algérie de partenaire indispensable dans la lutte antiterroriste. Comment se fait-il qu'aucune convention n'ait été signée entre les deux pays dans ce sens ?

Driss Djazairi : Nous avons établi avec les Etats-Unis une coopération en matière de lutte contre le terrorisme qui a commencé déjà du temps de l'administration Clinton.

Suite à la prise de conscience par les Etats-Unis du danger terroriste après l'opération terroriste sur la côte ouest, le président Clinton a appelé le président Bouteflika en lui disant qu'on devait coopérer pour préserver la vie et les intérêts, d'une manière générale.

Cette demande était la bienvenue de notre côté mais elle n'a pas pu se concrétiser durant les années 90. Il faut dire qu'à l'époque, il n'y a avait pas une telle compréhension du danger que représentait la menace terroriste, aussi bien dans le cadre circonscrit à la réalité algérienne qu'au niveau mondial.

C'est donc essentiellement après le 11 septembre que la coopération entre les deux pays s'est véritablement renforcée, surtout que le président Bouteflika m'avait, immédiatement après ces attentats, chargé d'exprimer la sympathie du gouvernement algérien avec les Etats-Unis.

D'autant plus que nous avions, en Algérie, goûté à l'amertume du terrorisme avant qu'il ne se manifeste ailleurs. C'est donc avec beaucoup de détermination que nous avons participé au niveau des Etats-Unis, à l'organisation d'une action conjointe, multilatérale et internationale pour lutter contre le terrorisme côte à côte, avec un grand nombre d'autres pays.

Mais en l'absence de textes en bonne et due forme, cela est-il possible ?

Effectivement, il n'y a pas eu de convention bilatérale parce que le danger terroriste devrait être confronté au niveau multilatéral dans le cadre de nos activités.

Notre participation ne s'est pas limitée à la promotion de nos actions au sein des Nations unies. Nous avons pris des initiatives importantes aussi bien dans le cadre de la Ligue arabe que dans celui de l'Union africaine. Bien qu'elles soient à caractère régional, ces initiatives ont participé à la réalisation de la mobilisation de la communauté internationale contre ce danger.

La récente conférence africaine sur le terrorisme tenue à Alger était une expression concrète de la manière dont nous avons contribué au niveau africain à cette lutte. Cela dit, sur le plan bilatéral, nous travaillons étroitement avec les Etats-Unis pour l'échange d'informations, la lutte contre le blanchiment d'argent ainsi qu'une gamme d'opérations dont on peut mesurer l'efficacité en les abordant au cas par cas.

Il devait y avoir un élément déclencheur de cette dynamique ?

Dés les premières visites du président Bouteflika aux Etats-Unis, il a été exprimé une forte appréciation pour notre action dans ce domaine. Il y a quelque temps, le coordonnateur pour la lutte antiterroriste a eu des expressions positives et chaleureuses pour qualifier la coopération de l'Algérie avec les Etats-Unis.

Ce que nous souhaiterions en terme d'instruments juridiques, c'est qu'on parvienne à la conclusion d'une convention internationale globale sous l'égide des Nations unies. Jusqu'à présent, on a juste eu des conventions sectorielles.

Y aurait-il blocage ?

Le problème, c'est que certains pays, surtout les Etats-Unis, ont une définition différente de ce qu'est le terrorisme. Nous, nous établissons une distinction claire et nette entre l'action terroriste, qui est une tentative d'imposer à un peuple le choix d'une solution politique refusée par les urnes, et l'action de résistance à l'occupation, qui ne saurait s'exprimer par les urnes.

C'est à propos de cette distinction entre les deux cas qu'il y a des sensibilités différentes. Une raison qui a entravé l'élaboration du cadre global d'intégration de lutte antiterroriste.

Quelle est l'aide apportée à l'Algérie dans le cadre de cette lutte par les Etats-unis ?

En toute humilité, je dirai que c'est l'Algérie qui a apporté aux Etats-Unis le fruit d'une expérience chèrement payée au cours des années 90.

En partageant la manière dont nous avons pu affronter ce phénomène, on a eu une contribution en démontrant qu'il était possible de lutter contre le terrorisme tout en promouvant les droits de l'homme. Peu de pays ont réussi à réaliser cet exploit.

Souvent les pays ont invoqué la lutte contre le terrorisme pour reléguer à plus tard la libération politique et sociale des pays. L'expérience de l'Algérie est intéressante pour les Etats-Unis puisque nous avons démontré qu'il était possible de lutter contre le terrorisme et, parallèlement, de promouvoir les droits de l'homme et la démocratie.

Nous ne sommes pas encore arrivés à notre but ultime. Les Etats-Unis parlent de démocratie comme moyen de désamorcer le terrorisme. Pour nous, ce n'est pas seulement une démocratie au plan interne qui permettrait de désamorcer le terrorisme mais plutôt une plus grande démocratie dans les institutions internationales et les processus de prise de décision au niveau mondial.

L'Algérie, contrairement à la plupart des pays arabes, n'a jamais manifesté d'hostilité au plan américain dit «du «Grand Moyen-Orient» Cette position était-elle bénéfique pour l'Algérie ?

L'initiative dont vous parlez est celle du Moyen-Orient élargi.

On peut poser cette question en terme de la poule et de l'ouf. L'Algérie n'a pas introduit des changements dans sa politique économique et sociale pour répondre aux objectifs du Moyen-Orient élargi. Il se trouve, toutefois, que l'initiative comprenait un certain nombre de choix que nous partagions.

Pour être logique avec nous-mêmes, nous avons souscrit à une démarche que nous avions déjà entreprise quelques années auparavant. Cette action n'a pas été appréciée par les commentaires d'autres pays. Une facilitation pour l'utilisation de nos bases militaires pour les Etats-Unis dans le sud du pays a été avancée à plusieurs reprises.

Qu'en est-il exactement ?

Je ne sais pas pourquoi, mais les ragots ont toujours entouré les relations algéro-américaines. Ce sujet en fait justement partie. Ce qui est certain, c'est que nous avons un plan de coopération avec les Etats-Unis et avec les pays du Maghreb, ainsi qu'avec tous les pays du Sahel.

C'est l'initiative transsahélienne. Un projet visant à arriver à pourchasser les terroristes dans les zones sud de notre pays et les zones limitrophes des pays voisins et de coopérer au maximum pour la poursuite de cette action. La Maison-Blanche a reconnu que l'Algérie aurait un rôle de leadership dans ce domaine.

L'Algérie occupe une bonne place dans le classement des pays d'accueil des investissements américains. L'on déplore toutefois l'absence d'un quelconque traité pour justement accroître ces investissements. C'est vrai que nous sommes le deuxième pays d'accueil en investissements américains dans le monde arabe.

Nous avons des perspectives importantes de développement de ces investissements, non seulement dans le domaine des hydrocarbures, qui prédomine actuellement, mais aussi dans d'autres secteurs d'activités. Nous avons demandé à plusieurs reprises que l'on procède à la conclusion d'un traité pour la promotion et la garantie des investissements.

L'argument qui nous a été avancé par les Etats-Unis pour reporter l'ouverture de ces négociations, c'est qu'ils s'affairaient eux-mêmes à revoir les dispositions législatives et réglementaires en matière de droits d'auteur et de droits de propriété intellectuelle.

Celui qui est chargé de ces négociations aux Etats-Unis, c'est le représentant du département chargé des négociations commerciales. Il nous a dit qu'il était disposé à entamer cette négociation et à conclure ce traité avec l'Algérie dans un proche avenir.

Un sujet que nous espérons pouvoir évoquer lors de la prochaine réunion de la TIFA (Conseil d'accord pour le commerce et l'investissement). Qu'est-ce que l'Algérie attend de cette réunion ? Ces négociations seront entreprises au début du mois de novembre sous la direction de M. Hamid Temmar, avec un ordre du jour divers et varié.

Elles devront aboutir à la conclusion d'un traité sur la promotion et la garantie des investissements. Il y aura aussi la discussion des états d'avancement en matière de négociation entre l'Algérie et les Etats-Unis en matière d'adhésion de l'Algérie à l'OMC et d'autres projets de coopération technique.

Un autre point important porte celui-là sur la concrétisation de la notion de système préférentiel généralisé au profit de l'Algérie. Ceci en attendant la conclusion d'un accord de libre-échange entre les deux pays, un accord que les Etas-Unis subordonnent à l'adhésion de l'Algérie à l'OMC.

Ce système préférentiel portera sur un certain nombre de produits d'exportation algériens à destination des Etats-Unis. Il faudrait bien sûr que cette liste soit dressée pour que les exportateurs algériens puissent se mobiliser pour en bénéficier.

En plus de la conclusion de l'accord aérien, j'espère qu'on va réussir à relancer d'autres accords qui sont en instance. L'Algérie va aussi proposer un accord des produits phytosanitaires puisque notre pays est un importateur de grandes quantités de céréales des USA.

Ce sont autant de sujets qui seront abordés à la réunion de la TIFA. J'avoue tout de même que la part du lion de cette rencontre ira à la coopération commerciale et économique. La conclusion de l'accord Open Sky est conditionnée par un certain nombre de paramètres émanant aussi bien de l'Algérie que des Etats-Unis.

Cet accord pourrait-il être conclu avant la fin de l'année ?

Il suffit d'un peu de volonté, et je pense que cela se fera. Les problèmes en suspens sont d'ordre technique. Il s'agit notamment de savoir quand exactement les sociétés américaines pourront transférer le produit de leurs activités en Algérie.

C'est-à-dire de savoir si le taux de change qui sera appliqué au moment du transfert sera celui de la demande de transfert du moment où le transfert est opéré. Savoir combien de temps il se sera écoulé entre la demande de transfert et le transfert lui-même.

Ce sont des problèmes de la Banque centrale d'Algérie, en voie d'être réglés. L'autre point en suspens, c'est une meilleure compréhension du système algérien en matière de transport transmodal et les règles qui s'appliquent pour les locaux chargés d'assurer, sur le plan interne, la distribution du courrier apporté par les courriers rapides comme Fedex et autres dans la capitale.

Ce ne sont pas des points de principe. En y mettant de l'énergie, on pourra régler cela dans les semaines à venir.

Et pour l'accord de libre-échange ?

Sur ce point, nous avons fait tout ce qu'il était possible de faire pour essayer de convaincre nos partenaires d'engager en parallèle à la négociation avec l'OMC une conclusion de l'accord de libre-échange.

Les Etats-Unis sont favorables, tout comme nous, à l'accélération de la construction maghrébine et à la création d'un marché. Le meilleur moyen d'encourager ce point de vue c'est de faire en sorte que les Etats-Unis s'attellent à conclure simultanément l'accord de libre-échange avec les pays membres de notre sous-région.

Mais ce qui s'est passé, c'est que les Etats-unis ont négocié avec chaque pays à part, le Maroc, le Bahreïn et la Jordanie. L'argument est que, encore une fois, l'adhésion à l'OMC est un point de départ pour les discussions de l'accord de libre-échange.

Ce qui nous pousse à nous hâter davantage dans ces négociations. La Tunisie va sans doute négocier avant nous. J'espère que cela ne va pas trop déstabiliser le processus d'intégration maghrébine.

Où en est la coopération judiciaire entre l'Algérie et les Etats-Unis ?

Il faut dire que, jusque-là, ce n'était pas la priorité des Etats-Unis. T outefois, je disais tout à l'heure qu'un accord de coopération judiciaire pourra être mis sur pied, notamment en ce qui concerne la coopération en matière d'extradition. Les Etats-Unis ont dit qu'ils donnaient la priorité dans le domaine de l'extradition aux pays qui acceptent d'extrader leurs propres ressortissants.

Je ne suis pas suffisamment informé en la matière pour savoir si nous acceptons d'extrader nos propres ressortissants à la demande d'un pays étranger.

Quel est le nombre des détenus algériens aux Etats-Unis ?

Les chiffres fluctuent d'un jour à l'autre. Ils sont actuellement entre 40 et 50 personnes. La plupart des incarcérés sont ceux qui sont restés au-delà des séjours touristiques ou qui ont commis des infractions à la législation en matière de séjour aux Etats-Unis. Il faut dire que le nombre a augmenté après le 11 septembre.

Une réaction paranoïaque a suivi les attentats. Toute personne arabe était suspectée. On a mis sous les verrous un groupe de gens pour des raisons diverses, et lorsque nous avons appris [leur situation] par leurs familles respectives, on a activé auprès du département de la Justice pour avoir des détails.

Malheureusement, il a refusé de communiquer les listes de ces personnes. On leur a pourtant signifié qu'une convention consulaire signée entre les deux parties les obligeaient à nous communiquer cette liste. Il aura fallu l'intervention du département d'Etat pour nousindiquer que 6 ou 8 Algériens ont été arrêtés après le 11 septembre.

Après quoi, le département d'Etat nous a transmis une lettre d'excuses qui remettait en cause le comportement du département de Justice. Les noms des personnes emprisonnées nous ont été communiqués. On avait fait le nécessaire pour parvenir à la libération de ces détenus et pour leur prise en charge.

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«La mission de l'ambassade est aussi humanitaire»


par Sihem H. , Le Jeune Indépendant, 25 octobre 2004

Dans cette deuxième partie de l'entretien accordé au Jeune Indépendant, Driss Jazaïri énumère avec beaucoup de fierté les pas franchis par notre pays en gagnant énormément de galons auprès de l'Administration américaine. Un mérite qui «revient aux efforts consentis dans ce sens par le président Bouteflika».

Il s'étale aussi sur la tâche qu'il devra assumer à Genève, ainsi que sur les nouvelles vocations d'une ambassade, à l'ère de la mondialisation. «De nouvelles vocations s'imposent», insiste-t-il. Est-ce qu'il y a eu des cas d'incarcération aux Etats-Unis jugés particuliers ? Il y avait les cas des Algéro-Bosniaques incarcérés à Guantanamo.

Le ministre des Affaires étrangères avait signifié à Colin Powel qu'il fallait les juger ou les libérer, mais non pas les maintenir en état de détention éternellement sans justification. Il y a un autre cas dont je voudrais parler.

Le cas d'un Algérien qui est en prison aux Etats-Unis depuis 18 ans pour une affaire passionnelle. Sa belle qu'il avait blessée avec une arme d'un calibre pas du tout important est complètement guérie aujourd'hui. Beaucoup de gens qui ont commis des meurtres sont en liberté, alors que lui n'a même pas bénéficié de la libération pour bonne conduite.

On a fait des pieds et des mains pour qu'il purge sa peine ici en Algérie, mais sans succès. On a pu obtenir du gouvernement algérien des fonds pour payer l'avocat et pouvoir espérer la réouverture de son procès. Je suis allé le voir moi-même dans sa prison.

Il vit dans des conditions extrêmement dures. C'est un pays qui met certes, en évidence les droits de l'homme, mais la loi de la mafia, qui régit la vie de certains prisonniers comme à la prison où se trouve notre compatriote, est extrêmement dure.

D'après votre expérience, qu'est-ce qui sera plus bénéfique pour l'Algérie la réélection de Bush ou l'élection de Kerry ? Nous n'avons pas à nous mêler du choix souverain de ce pays, tout comme nous n'aurions pas aimé que d'autres s'immiscent dans notre élection présidentielle.

Ce que je peux dire, c'est que notre président a établi une relation de confiance avec Bush. A l'exception d'une rencontre avec Clinton, lors des obsèques du roi Hassen II du Maroc, il n'y avait pas eu de visite officielle du président algérien aux Etats-Unis depuis 16 ans, avant les deux visites de Bouteflika à la Maison-Blanche en 2001.

Les rencontres et le partenariat qui ont suivi ont été dans l'intérêt de la coopération bilatérale et de la coopération entre les Etats-Unis et l'Afrique puisque le président Bouteflika était l'un des principaux initiateurs du Nepad.

Le président Bush a apporté un soutien à cette initiative. Ces rapports entre chefs d'Etat sont des rapports institutionnels. Nous espérons que cette coopération se poursuivra avec la personne que le peuple américain aura librement choisie en novembre prochain.

Quelle est la mission qui vous a été confiée à Genève ? Je pourrai en parler en détail une fois que je l'aurai assumée. Cela dit, je suis chargé de représenter l'Algérie auprès des organisations internationales situées essentiellement à Genève, mais aussi dans d'autres parties de la Suisse qui est un pays d'accueil important pour les institutions spécialisées des Nations unies et autres organisations internationales qui se trouvent dans ce pays, y compris par exemple la Fédération internationale des Croix-Rouges et Croissants-Rouges.

Je me retrouverai donc au centre de ces activités multilatérales. Une activité qui ne m'est pas étrangère puisque, pendant longtemps, j'étais le président du Fonds international du développement agricole. J'ai fait mes premiers pas aux Nations unies après l'indépendance, à la mission permanente à New York.

C'est avec plaisir que je retrouverai ce domaine d'activité multilatérale. Quel bilan faites-vous de votre passage à Washington ? Aux Etats-Unis, j'ai essayé de traduire dans la pratique la vision du président Bouteflika selon laquelle la diplomatie ce n'est pas seulement une affaire d'initier des opérations en circuit fermé entre les décideurs, mais c'est aussi une notion qui concerne la vie des citoyens au quotidien.

C'est pour cette raison que j'ai essayé de donner, en plus des activités diplomatiques, un contenu humain à la mission qui m'a été confiée. Nous avons travaillé en équipe soudée et tout ce qui a été obtenu pendant les 4 années et 9 mois n'était pas le travail d'un homme mais celui de toute l'équipe.

Nous avons essayé de faire ressortir la dimension humaine et personnelle de notre mission. Des exemples ? Quand il y a eu le tremblement de terre dans le centre du pays, l'ambassade s'est lancé un défi. Nous avons tout fait pour aider nos compatriotes à partir de Washington.

Nous avons réussi un véritable tour de force. Nous nous sommes mobilisés et nous avons récolté plus de 3 millions de dollars de dons du peuple américain. L'administration américaine avait aussi fait don de 1,6 million dont plus de 10.000 dollars en espèces.

500 chaises roulantes avaient été également distribuées ici aux handicapés moteurs. Cette opération de solidarité se poursuit encore. D'ailleurs, récemment, nous avons envoyé des conteneurs de jouets pour les écoles primaires et les jardins d'enfants de la région, ainsi que des kits de survie.

Les Américains ont énormément contribué à l'instauration de cette chaîne de solidarité entre les deux pays. Nous avons reçu l'accord du gouvernement pour construire à Dergana, dans la zone affectée par le séisme, un dispensaire auquel nous espérons donner le nom d'El Kader Ayowa.

C'est aussi la seule ville des Etats-Unis qui porte un nom arabe depuis 1845, d'après l'émir Abdelkader. Cette ville a contribué, en grande partie, à la collecte de fonds pour la construction. Une petite Algérienne avait été placée grâce à cette solidarité dans un hôpital spécialisé aux Etats-Unis.

Son cas était particulier puisqu'elle a eu le crâne fracassé au moment du séisme, ce qui a nécessité une prothèse. Par ailleurs, il y a eu l'organisation des spectacles du Ballet national algérien. Je tiens à rendre hommage à sa directrice.

C'étaient des moments mémorables. Je me souviens d'un Algérien qui sortait de l'un de ces spectacles à Washington et en s'adressant à moi, il s'était exclamé «à un certain moment, j'avais envie de déchirer mon passeport mais maintenant je me sens fier d'être Algérien».

Il faut se mettre à projeter notre rayonnement culturel à l'étranger. Nous avons beaucoup de choses à montrer même si nous sommes parfois modestes. Cela fait partie de la nouvelle vocation d'une ambassade dans le contexte de la mondialisation.

S. H.

 

   
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