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ROBERT S. FORD, AMBASSADEUR DES ETATS-UNIS, À L’EXPRESSION
«Nous réclamons des visas pour nos investisseurs!»
L'Expression, 31 Octobre 2007
Son Excellence l’ambassadeur lors de l’entretien accordé à notre journaliste
La collaboration sécuritaire, militaire, l’installation des bases
américaines au Sahara algérien, l’Africom, sont devenues des sujets
redondants dans les questions posées aux responsables américains. Et à
question redondante, réponse redondante.
Dans cet entretien, il a surtout été question des actions que mènent les
Américains en Algérie loin des feux de la rampe, dans les domaineséconomiques, de l’éducation, de la justice, des médias et de la formation.
Ecoutons Son Excellence l’ambassadeur des Etats-Unis, Robert S. Ford qui
a bien voulu réserver un entretien exclusif à L’Expression.
L’Expression: Dans les rapports algéro-américains, beaucoup de choses se
font en dehors des domaines militaire et sécuritaire. Ces rapports sont
passés du stade de relations diplomatiques à celui de relations
stratégiques exceptionnelles. Excellence peut-on en savoir davantage?
Robert S. Ford: Effectivement, la plupart de nos actions vont dans le
sens de l’élargissement des rapports hors des questions militaires et
sécuritaires. Environ trois quarts de ces efforts sont orientés vers les
rapports commerciaux, culturels et envers les médias. En matière
d’importations et d’exportations par exemple, les chiffres sont
importants. A titre illustratif, de janvier à août 2007, on a importé
d’Algérie près de 12,4 milliards de dollars, essentiellement des
hydrocarbures. Durant la même période de l’année, le montant des
importations algériennes des Etats-Unis a été estimé à 835,4 millions de
dollars. Par ailleurs, je vous informe que le mois prochain on aura,
pour la première fois, un attaché du ministère des Finances américain et
qui va travailler directement avec la Banque d’Algérie. Il s’agit en
fait, d’une assistance pour la réforme du système bancaire, qui nous a été demandée par la Banque d’Algérie. Au début des années 80, nous avons
eu les mêmes problèmes chez nous, on a vécu une crise et on a réformé
notre système bancaire et le système de contrôle. Ainsi, nous avons une
grande expérience dans ce domaine que nous désirons partager avec la
Banque d’Algérie, d’autant que votre ministère des Finances est en train
de mener la réforme bancaire. En même temps, il y a un autre programme
dans le secteur bancaire. Il s’agit d’une association d’anciens
banquiers américains qui sont en train de donner des cours de formation
aux banquiers algériens. La Banque nationale d’Algérie et le Crédit
agricole bénéficient de cette formation.
Quel type de formation exactement?
Le programme cible la capacité des banques algériennes à prendre les
risques, la capacité des banques à juger et évaluer les risques
commerciaux et être ainsi capables d’accorder des prêts aux demandeurs.
Aujourd’hui, pour avoir un prêt en Algérie, un homme d’affaires est
obligé de donner une contrepartie pour la banque, car justement les
banques ne veulent pas prendre de risque. Pour résumer donc, notre
intervention dans le système bancaire concerne le contrôle,
l’augmentation des capacités des banques à aider et à participer à
l’investissement. Permettez-moi d’ajouter qu’il y a enfin un programme
pour les investisseurs américains à l’étranger. C’est une association
qui donne des garanties à nos entreprises pour investir à l’étranger. La
société Ionics a reçu justement des garanties de cette association.
Ionics qui est une filiale de Général Electric, a investi 125 millions
de dollars pour la réalisation de l’usine de dessalement d’eau à El Hamma.
Puisque vous évoquez les investissements, vous convenez bien Excellence,
que mis à part le domaine des hydrocarbures, les sociétés américaines ne
se bousculent pas en Algérie. Concrètement, qu’est-ce qui empêche la
venue de vos entreprises?
En général, nous souhaitons que le climat des affaires s’améliore en
Algérie. Les organismes américains suivent avec beaucoup de soin
l’évolution du marché algérien. Cela étant, il y a encore de nombreuses
difficultés. Je peux citer, entre autres, les problèmes de dédouanement
au niveau du port, des problèmes de fiscalité puisqu’il y a des impôts
qui ne sont pas clairs, il y a le problème des visas: nos hommes
d’affaires trouvent d’énormes difficultés pour avoir un visa en Algérie.
Ce problème de visas se pose également pour les cadres, les experts et
les ingénieurs. Enfin, il y a toute une série de difficultés de laquelle
se plaignent nos entreprises dont celle du foncier, les droits d’auteur,
la propriété intellectuelle.
Peut-on connaître le nombre d’entreprises qui veulent s’installer en
Algérie?
Je n’ai pas le chiffre exact mais je sais qu’il y a des entreprises qui
veulent investir le secteur du tourisme, celui du médicament et de
l’industrie, notamment dans les produits de l’acier. Mais comme je viens
de vous le dire, ces entreprises sont confrontées aux problèmes que je
viens d’énumérer. En fait, ce n’est pas que le climat des affaires n’a
pas évolué depuis ces quinze dernières années en Algérie. Mais c’est
relatif car il faut se comparer à ce qui se fait dans d’autres régions
du monde où les opportunités d’affaires avancent à grands pas. Les
entreprises américaines ne font pas de la charité, ne font pas de
politique, elles vont là où les opportunités sont les meilleures pour
faire du business.
En plus du secteur économique vous vous intéressez de plus en plus au
secteur de l’éducation en Algérie...
Nous faisons beaucoup de choses dans ce secteur, effectivement. A Oran,
Alger, Béjaïa et Constantine, on a ouvert des instituts qui aident des
lycéens à perfectionner leur anglais. Les cours sont dispensés par des
professeurs que nous avons formés à nos frais. Il y a 150 étudiants par
institut. On vient d’arracher les financements nécessaires pour ouvrir
des instituts dans d’autres régions comme Annaba, Ouargla, Béchar et
Sétif. De mon point de vue, le grand défi de l’Algérie consiste à
préparer sa jeunesse pour qu’elle puisse s’intégrer dans l’économie
mondiale. C’est d’offrir à cette jeunesse du travail, de bons salaires
et une vie digne et le système éducatif est capable de contribuer à la
réalisation de ce défi.
Et quel rôle peut jouer votre pays dans ce domaine d’aide à la jeunesse
algérienne?
Nous n’avons pas de réponse mais nous pouvons aider. Dans une économie
mondiale, on a besoin de savoir. Et pour ce faire, nous avons initié des
projets pilotes. On a fourni des ordinateurs et des logiciels pour
l’enseignement des mathématiques à trois écoles primaires à Ghardaïa et à trois autres à Alger. Pour ces enfants c’est un jeu. Pour nous, c’est
une façon de les familiariser aux nouvelles technologies. C’est un
projet pilote très réussi et nous menons une bataille pour arracher des
financements en vue de généraliser ce projet. Nous sommes également
impliqués dans la formation des enseignants en anglais à Blida et à
Sétif. Il y a aussi un programme de jumelage de 6 lycées à Alger, 6
autres à Blida qui sont en jumelage avec des lycées aux Etats-Unis. En
somme, ces projets pilotes ont touché quelque 5000 étudiants dans les
trois cycles confondus (primaire, moyen et secondaire) et 120
enseignants. Les résultats sont très satisfaisants. Finalement, il
suffit de donner des moyens à ces jeunes qui ont beaucoup de capacités.
S’agissant de l’enseignement supérieur, il y a le programme Full Bright
qui offre des bourses de deux années à environ six étudiants. Dans le
même cadre, trois enseignants boursiers américains sont actuellement en
Algérie pour enseigner la littérature américaine et assurer des cours
d’anglais basiques. Je citerai aussi un programme de perfectionnement
qui sera offert à une trentaine d’enseignants en anglais aux Etats-Unis.
Ces enseignants vont enseigner la langue arabe aux Américains durant les
heures creuses. Et enfin, on vient de recevoir des financements pour
l’ouverture de nouvelles bibliothèques à Oran et à Constantine.
Qu’en est-il du secteur de la justice?
On a déjà formé un groupe de 17 juges spécialisés dans les affaires
commerciales, les cas de faillites et comment traiter les contentieux
des PME. On a organisé un colloque à l’Ecole supérieure de la
magistrature et on a envoyé 17 juges à New York pour voir sur le terrain
le travail des juges américains. Encore une fois, nous ciblons le monde
des affaires. Il y a un autre programme qui va commencer et concernera
le barreau américain qui travaillera avec le barreau d’Alger. Il s’agit
de partager l’expérience éthique et professionnelle des avocats américains.
Et le monde des médias dans toutes ces formations? Au fait, qu’en est-il
du Mepi?
Je précise d’abord que le Mepi est une adresse bancaire, mais les
programmes diffèrent d’un pays à un autre car vous convenez que chaque
pays a sa propre spécificité. Il n’y a pas de modèle précis de Mepi. Le
but recherché est d’aider les pays qui cherchent à faire des réformes
politiques, économiques et financières.
En Algérie, on a mené quelques actions et des formations envers les
médias. Pour être honnête, les résultats sont modestes, mais nous
travaillons à moyen et long terme. Notre but n’est pas de décider de
l’avenir des pays, mais de partager des expériences.
Une dernière question: le fondateur de la plus violente organisation
terroriste, Hassan Hattab, sera jugé dan quelques jours, quel
commentaire faites-vous sur ce sujet?
Je n’ai aucun commentaire à faire, la justice algérienne est souveraine.
C’est à elle de décider de la suite à donner à ce dossier. Ce que je
peux dire par contre, c’est qu’on a soutenu depuis le début le projet de
Réconciliation nationale. C’est un projet bien mené, il y a quelques
problèmes, ce qui est tout à fait normal, mais nous soutenons le projet
de Réconciliation nationale.
Entretien réalisé par Brahim TAKHEROUBT
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Offensive américaine en Algérie |